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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305465

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305465

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantMERHOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 6 octobre 2023, enregistrée au greffe du tribunal le même jour, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal, en application de l'article R. 776-16 du code de justice administrative, la requête de M. A B.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Rouen le 4 octobre 2023, M. A B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Merhoum-Hammiche, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit, et lui a interdit tout retour sur le territoire national pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de de procéder au réexamen de sa situation administrative sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au profit de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que sa requête est recevable et que :

La décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision d'interdiction de retour sur le territoire national :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 6 octobre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Grondin, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grondin,

- et les observations orales de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 17 septembre 1997, est entré en France en mai 2014 alors qu'il était mineur, selon ses déclarations. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Il a été écroué à la maison d'arrêt de Rouen le 20 juillet 2023 pour y purger une peine de trois mois d'emprisonnement. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit, et lui a interdit tout retour sur le territoire national pour une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. B justifiant avoir présenté une demande d'aide juridictionnelle le 3 octobre 2023 sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions litigieuses :

4. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que les articles L. 411-1, L. 611-1, L. 613-1, L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6, L. 612-10, L. 612-12, L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et qui constituent la base légale des décisions qu'il contient. Par ailleurs, cet arrêté précise en quoi la situation de M. B justifie qu'il fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, en quoi il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, et en quoi il peut faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de trois ans. Dans ces conditions, les considérations de droit et de fait sont suffisamment développées pour permettre au requérant de saisir les motifs de l'arrêté et au juge d'exercer son contrôle en toute connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de la vie privée et familiale de M. B mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre son arrêté, aurait entaché ses décisions litigieuses d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Si le requérant se prévaut plus particulièrement que le préfet n'a pas fait état de ses liens privés et familiaux en France et de sa situation de concubinage avec une ressortissante française, l'arrêté mentionne toutefois que l'intéressé " se déclare en concubinage () sans aucunement le prouver ".

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision d'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B se prévaut de sa situation en concubinage avec une ressortissante française avec qui il partage une communauté de vie, ainsi que d'une promesse d'embauche qu'il n'a pu honorer compte tenu de son incarcération. Toutefois, la promesse d'embauche qu'il produit est datée du 4 octobre 2023. Elle est donc postérieure à son incarcération ainsi qu'à l'arrêté litigieux. Par ailleurs si le requérant et sa compagne, ressortissante française, font état d'une communauté de vie depuis 2021, la seule pièce produite qui n'est pas une déclaration des intéressés ne permet de l'établir qu'à compter de juillet 2023, date à laquelle il a été incarcéré. Dans ses conditions, il n'établit pas bénéficier d'une relation stable et ancienne. Par ailleurs, il ne démontre pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où résident ses parents. Ainsi, le préfet n'a pas porté au droit de M. B de mener une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts poursuivis par l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que l'ensemble des moyens dirigés contre la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français ne sont pas fondés. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

11. En l'espèce, il existe un risque que M. B se soustrait à la décision d'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il ne peut justifier d'une entrée régulière sur le territoire national où il n'a pas sollicité de titre de séjour, et qu'il ne présente pas les garanties de représentation suffisantes puisqu'il n'a pas présenté de justificatif d'identité. Il entre ainsi dans le champs d'application de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit s'asile permettant au préfet de ne pas octroyer un délai de départ volontaire. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

12. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, notamment parce que le requérant n'établit pas bénéficier d'une relation stable et ancienne avec une ressortissante française ainsi qu'il a été dit au point 7.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire national :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que l'ensemble des moyens dirigés à l'encontre de la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français ne sont pas fondés. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire national est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

15. Il ressort des pièces du dossier, que l'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée d'un an a été prise aux motifs que l'intéressé ne bénéficie pas d'un délai de départ volontaire et ne justifie pas de circonstances humanitaires dès lors qu'il est entré irrégulièrement en France, qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et qu'il représente une menace pour l'ordre public. Ces éléments, qui sont établis, justifient une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de trois ans. En se bornant à faire valoir que cette décision est disproportionnée au regard de sa situation personnelle et familiale, il n'établit pas bénéficier de circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour, alors qu'il n'établit pas l'ancienneté et la stabilité de sa relation avec une ressortissante française ainsi qu'il a été dit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, tout comme en tout état de cause celui tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision litigieuse d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 29 septembre 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions d'injonction sous astreinte :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter ses conclusions d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

19. M. B ayant été admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros que M. B sollicite au profit de son conseil.

DÉCIDE :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 10 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. GrondinLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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