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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305610

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305610

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantTHEBAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2023, le préfet du Finistère demande au juge des référés :

1°) d'ordonner à Mme A E et M. B D, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de libérer sans délai le logement qu'ils occupent irrégulièrement au centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) géré par le centre Hébergement d'Urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) Adoma à Brest (chambre n° 3) 6 rue du Commandant C ;

2°) de l'autoriser, en tant que de besoin, à procéder à l'expulsion de Mme E et M. D avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'HUDA Adoma de Brest afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme E et M. D à défaut de les avoir emportés.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour prononcer les mesures demandées, en application des articles L. 522-15 et R. 522-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa requête est recevable ;

- l'urgence est caractérisée par une atteinte à la continuité du fonctionnement du service public d'accueil des demandeurs d'asiles ; le maintien dans les lieux de Mme E et M. D fait obstacle au fonctionnement normal du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile ; le dispositif est saturé ;

- le maintien illégal des intéressés dans les lieux ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que Mme E et M. D se sont vus refuser le bénéfice du droit d'asile par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 24 novembre 2022, que leurs recours ont été rejetés par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) et qu'une mise en demeure de quitter les lieux leur a été adressée le 17 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 octobre 2023 :

- le rapport de M. Etienvre ;

- et les observations de Me Vaillant, substituant Me Thebault, qui produit un mémoire et soutient que l'état de santé de M. D s'oppose à l'expulsion des intéressés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". En outre, aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est manifestement pas insusceptible de se rattacher à un litige relevant de sa compétence, le juge des référés peut prescrire toutes mesures que l'urgence justifie à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. M. D, ressortissant géorgien, est hébergé avec sa compagne, Mme E, au centre d'hébergement pour demandeurs d'asile mentionné ci-dessus dans le cadre d'un contrat de séjour signé le 7 novembre 2022 avec l'HUBA Adoma de Brest. Leurs demandes d'asile ont été cependant définitivement rejetées par la CNDA. Malgré la mise en demeure de quitter les lieux, sous quinze jours, que le préfet du Morbihan a adressé aux intéressés le 17 juillet 2023 notifiée le 25 juillet 2023, M. D et Mme E se sont maintenus dans leur logement en méconnaissance des dispositions, rappelées plus haut, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'engagement pris dans le contrat de séjour.

5. Toutefois, il résulte de l'instruction et, en particulier, des pièces produites à l'audience, que l'état de santé de M. D qui souffre d'une cardiopathie pour lequel il a bénéficié le 12 novembre 2021 de l'implantation d'un défibrillateur, et doit bénéficier dans les prochains mois d'une nouvelle intervention chirurgicale afin de repositionner la sonde ventriculaire gauche qui s'est déplacée, s'oppose à ce qu'il quitte immédiatement le logement qu'il occupe avec sa compagne.

6. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence n'est pas remplie et que, par suite, les conclusions présentées par le préfet du Morbihan sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête du préfet du Finistère est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, à Mme A E et M. B D.

Copie sera transmise pour information au préfet du Finistère.

Fait à Rennes, le 25 octobre 2023.

Le juge des référés,

signé

F. EtienvreLa greffière,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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