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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305719

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305719

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE VERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 octobre 2023 et 29 janvier 2024, Mme C D, représentée par Me Le Verger, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juillet 2023 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté la demande regroupement familial qu'elle a déposée en faveur de ses enfants B, A et E respectivement nés les 18 mars 2006, 21 novembre 2007 et 7 septembre 2010 ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui accorder ce regroupement familial dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou subsidiairement, de réexaminer sa demande dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnait les dispositions des articles L. 434-1 et R. 431-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation concernant la prise en compte de ses ressources ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 19 décembre 2023 par laquelle le juge des référés a rejeté la demande de suspension de la décision du 24 juillet 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre ;

- et les observations de Me Zaegel, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 28 décembre 1980, réside en France depuis 2015, sous couvert d'une carte résident délivrée le 25 juillet 2022, valable jusqu'au 24 juillet 2032. Elle a sollicité, le 12 novembre 2021, un regroupement familial au bénéfice de ses trois enfants mineurs, respectivement nés les 18 mars 2006, 21 novembre 2007 et 7 septembre 2010. Cette demande a été rejetée par décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 24 juillet 2023 au motif que la condition de ressources n'était pas satisfaite dès lors que celles-ci est de 1 190 euros mensuellement alors que le minimum requis était pour un foyer de sept personnes de 1 474,80 euros. Mme D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, (), peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / () / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de son article L. 434-7 : " L'étranger qui en fait la demande est autorisée à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / () ". Aux termes de son article L. 434-8 : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / () ". Aux termes de son article R. 434-4 : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; / 3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus ".

3. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le niveau des ressources du demandeur doit être apprécié par référence à la moyenne du salaire minimum de croissance sur la période de douze mois précédent le dépôt de sa demande, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a perçu, au cours de la période de référence, soit du 1er novembre 2020 au 31 octobre 2021, 7 563,87 euros nets de salaire, 674,56 euros d'indemnités journalières de congé maternité, 3 642,12 euros d'allocation de retour à l'emploi et 1 442,74 euros de primes d'activité, soit une somme mensuelle moyenne de 1 110,30 euros. Ne peuvent être comptabilisés, au titre des ressources autonomes, les allocations familiales, les allocations logement ni le complément mode de garde dont elle justifie la perception. Par ailleurs, à supposer même que les pensions alimentaires que les pères de ses enfants lui versent, à hauteur cumulée de 250 euros mensuels, puissent être prises en considération, alors même qu'elles ne lui sont pas versées en application d'une décision de justice, Mme D ne justifie d'aucun engagement des intéressés à s'acquitter de cette contribution à l'entretien de leur enfant respectif, et que l'une de ces deux pensions ne lui a été versée qu'en novembre 2020 puis d'avril à octobre 2021, le montant moyen de ses ressources s'élèverait alors à 1 301 euros nets, soit toujours moins que le montant minimal exigé par les dispositions citées au point 3, s'élevant, compte tenu de la composition de son foyer, à la somme de 1 474,80 euros nets. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et une erreur de droit dans l'application des dispositions des articles L. 434-7 et L. 437-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. En second lieu, si l'autorité administrative peut légalement rejeter une demande de regroupement familial sur le fondement des dispositions des articles L. 434-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne peut le faire qu'après avoir procédé à un examen de l'ensemble des circonstances de l'espèce et ainsi vérifier qu'elle ne porte pas une atteinte excessive au droit du demandeur au respect à sa vie privée et familiale garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'à l'intérêt supérieur de l'enfant, eu égard aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est séparée de ses enfants depuis 2015, année de son entrée en France. Par ailleurs, si elle soutient que la décision attaquée empêcherait ses enfants de vivre auprès d'elle, elle n'établit pas qu'elle aurait conservé avec ses enfants des relations et liens particuliers, ni même qu'elle les aurait régulièrement vus depuis 2015. Enfin, elle n'établit pas qu'il lui est impossible de rendre visite régulièrement à ses enfants. Dans ces circonstances, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 juillet 2023 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de regroupement familial qu'elle a introduite au bénéfice de ses trois enfants.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de

Mme D à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de Mme D présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 19 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Terras

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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