vendredi 10 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2305815 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | TREMOUILLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 octobre 2023, Mme A C, représentée par Me Trémouilles, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 octobre 2023 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de renouveler son titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa demande de renouvellement de son titre de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros ar jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour et la décision porte une atteinte grave et immédiate à sa situation en l'empêchant de travailler et de bénéficier d'un logement social ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : elle justifie de ce que le père de son enfant français contribue à son entretien et son éducation ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant : elle réside régulièrement en France depuis plus de trois ans, elle est pacsée avec un ressortissant français depuis plus de deux ans, lequel est arrivée sur le territoire métropolitain depuis le mois d'août 2023 et bénéficie d'une perspective d'embauche en cas de régularisation de sa situation, son fils a vocation à vivre auprès de sa mère ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation : la vie commune avec son partenaire pourra se poursuivre une fois la situation stabilisée, le service instructeur a refusé d'ajouter à son dossier les justificatifs de travail, elle justifie de ce que la prise en charge par le centre communal d'action sociale de Brest se limite à la réception du courrier et la réalisation des démarches administratives et d'insertion ;
- à titre subsidiaire, elle est entachée d'incompétence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : elle n'est pas présumée dès lors que Mme C n'a jamais obtenu de titre de séjour en France métropolitaine, le titre qu'il lui a remis n'étant qu'une modification du titre délivré sept mois plus tôt par la préfecture de Mayotte pour une année ; la promesse d'embauche dont Mme C bénéficiait est caduque et aucune autorisation de travail ne lui a été accordée ; la demande de logement social de la requérante déposée le 8 juin 2022 est sans lien avec la décision en litige ; Mme C ne justifie pas davantage avoir créé de liens familiaux et personnels particulièrement intenses sur le territoire métropolitain ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas méconnus : les éléments produits sont insuffisants pour justifier de la participation réelle et régulière du père de l'enfant français de Mme C à son entretien et à son éducation et l'intérêt supérieur de cet enfant est de vivre après des autres membres de sa famille restés à Mayotte, la décision contestée n'ayant pas pour effet de le séparer de sa mère ; Mme C ne justifie pas de la réalité de la vie commune avec la personne avec laquelle elle s'est pacsée ;
- le moyen tiré d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de Mme C n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et, en tout état de cause, cet examen a été réalisé ;
- le moyen tiré de l'incompétence manque en fait.
Vu :
- la requête au fond n° 2305821 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2023 :
- le rapport de Mme Plumerault,
- les observations de Me Berthaut, substituant Me Trémouilles, représentant Mme C, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur le fait que la demande de la requérante est bien une demande de renouvellement d'un titre de séjour, souligne l'urgence de sa situation dès lors qu'elle ne peut plus travailler ni prétendre à un logement social, fait valoir que le père de l'enfant français de la requérante contribue à son entretien et que l'éloignement géographique de son compagnon est temporaire, que la sécurité de son enfant ne serait pas assurée à Mayotte.
Le préfet du Finistère n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, de nationalité comorienne, née le 2 février 1986, a obtenu le 29 juillet 2019, à Mayotte, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, renouvelé jusqu'au 2 décembre 2021. Elle est entrée sur le territoire métropolitain le 11 avril 2022, accompagnée de son fils né le 16 décembre 2017, et s'est vu délivrer par le préfet du Finistère un titre de séjour valable du 2 décembre 2021 au 1er décembre 2022. Elle en a sollicité le renouvellement le 28 novembre 2022, lequel a été refusé par décision du préfet du Finistère du 2 février 2023. Par une nouvelle décision du 5 octobre 2023, le préfet du Finistère a de nouveau refusé le renouvellement du titre de séjour de Mme C. Elle demande au juge des référés la suspension de l'exécution de cette dernière décision.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Mme C justifiant avoir déposé le 26 octobre 2023 une demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". L'article L. 423-8 du même code dispose que : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Il résulte de ces dispositions que lorsque le demandeur est le parent d'un enfant reconnu par un ressortissant français, il doit démontrer, conformément aux prescriptions de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'auteur de cette reconnaissance de paternité contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant à la date de la décision attaquée, sans que la condition de durée posée par l'article L. 423-7 du même code ne trouve à s'appliquer.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. Mme C est la mère de deux enfants, l'aîné resté aux Comores né le 22 novembre 2012, le second né le 16 décembre 2017, reconnu par un ressortissant français, M. B. Le préfet du Finistère a refusé le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfants français, aux motifs qu'elle ne justifiait pas d'une contribution effective du père de son enfant français à l'entretien et à l'éducation de celui-ci, et que la mesure prise ne portait pas une atteinte disproportionnée au respect de son droit à sa vie privée et familiale.
8. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le père de l'enfant français de Mme C contribue effectivement à son éducation et à son entretien. Mme C, qui ne produit que deux factures, deux tickets de caisse et ne justifie que d'un seul virement de 50 euros, a indiqué elle-même, le 9 octobre 2022, lors de sa demande d'allocation de soutien familial, n'avoir aucun moyen de rentrer en contact avec le père de son fils. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la requérante ne justifie pas, par les éléments qu'elle produit, entretenir des liens intenses, stables et anciens sur le territoire métropolitain. Ainsi, si elle a conclu, le 3 septembre 2021, à Mayotte, un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français, il ressort des pièces du dossier que celui-ci n'est arrivé sur le territoire métropolitain que le 3 août 2023 et elle ne justifie d'aucune vie commune avec lui. Enfin, outre que Mme C est, ainsi qu'il a été dit, mère d'un enfant resté aux Comores, la décision attaquée n'a pas pour objet ni pour effet de la séparer de son fils français ni de porter une atteinte à son intérêt supérieur. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
10. En second lieu, aucun des autres moyens invoqués susvisés n'est davantage propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
11. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête de Mme C.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête de Mme C n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressée doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme C doivent, dès lors, être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1 : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Finistère.
Fait à Rennes, le 10 novembre 2023.
Le juge des référés,
signé
F. Plumerault La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026