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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305922

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305922

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS CLAISSE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2023, M. C B, placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2023 par lequel la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret ou au préfet territorialement compétent à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de l'auteur de cette décision n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respectée ;

- cette décision a été prise au terme d'une procédure méconnaissant le droit d'être entendu, garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire elle-même entachée d'illégalité ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève ainsi que les dispositions de l'article 2 d) de la directive 2011/95/UE du parlement européen et du conseil du 13 décembre 2011 ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire elle-même entachée d'illégalité ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, la préfète du Loiret, représentée par la SELARL Centaure avocats conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 3 novembre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. C B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2011/95 UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pellerin, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- et les observations orales de Me Chauvel, avocat commis d'office, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qui précise que M. B n'a pas été mis à même de faire valoir ses observations sur son état de santé préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué et que l'absence d'un suivi de sa rééducation l'expose à des infirmités permanentes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant syrien, né le 14 septembre 1996, est entré en France en 2011 selon ses déclarations. Interpellé le 1er novembre 2023 par les services de police, la préfète du Loiret, par un arrêté du 1er novembre 2023, a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. A D, sous-préfet, directeur de cabinet de la préfète de la région Centre-Val de Loire, préfète du Loiret. Il disposait d'une délégation de signature de la préfète du Loiret du 23 octobre 2023 régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs, aux fins de signer notamment les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, notamment l'article L. 611-1, 1° et 5°. Elle précise notamment que le requérant est entré de manière irrégulière sur le territoire français, qu'il n'a pas effectué de démarches pour régulariser sa situation administrative et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Enfin, la décision attaquée fait état du caractère récent de la situation de concubinage en France du requérant et de la résidence de sa famille en Syrie. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par le requérant à l'encontre de l'arrêté attaqué.

5. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par les services de police du 1er novembre 2023, M. B a été entendu au sujet de la circonstance qu'il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il a notamment formulé des observations sur son état de santé résultant d'un accident de circulation dont il aurait été victime. À cet égard, l'intéressé a décrit les pathologies dont il souffrait et a indiqué suivre un traitement médical pour ses blessures ainsi que des séances de rééducation. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne.

7. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. B n'ait été dûment prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B soutient être présent en France depuis 2011, vivre en concubinage depuis 2023, avoir tissé des liens personnels en France et y avoir ses intérêts. Toutefois, le requérant n'établit l'ancienneté de sa présence en France par aucune pièce versée au dossier alors qu'il ressort du procès-verbal d'audition du 1er novembre 2023 qu'il a déclaré être en France depuis quatre ou cinq ans. En outre, il est constant que l'intéressé n'a exécuté ni la peine complémentaire d'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de cinq ans à laquelle il a été condamné par jugement du tribunal correctionnel d'Orléans du 10 juillet 2018, confirmé par arrêt de la cour d'appel d'Orléans du 20 novembre 2018, ni les trois mesures d'éloignement dont il a fait l'objet les 8 août 2017, 28 juillet 2019 et 18 mai 2022. Par ailleurs, à la supposer établie, la relation de concubinage avec une ressortissante française dont se prévaut M. B est très récente en ce qu'elle a débuté en juin 2023 selon les termes de la requête. En outre, il ressort du procès-verbal d'audition du 1er novembre 2023 que le requérant a confirmé avoir toute sa famille en Syrie ainsi que l'indique l'arrêté attaqué. Enfin, M. B ne conteste pas avoir fait l'objet de cinq interpellations entre 2014 et 2020 notamment pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité ainsi que d'acquisition, détention, offre ou cession, transport et usage illicite de stupéfiants et il est constant que l'intéressé a été condamné à une peine d'emprisonnement de quatre mois par un jugement du tribunal correctionnel d'Orléans du 9 octobre 2015, à une peine d'emprisonnement de dix-huit mois assortie notamment d'une peine complémentaire d'interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans par un jugement du tribunal correctionnel d'Orléans du 10 juillet 2018, confirmé par un arrêt du 20 novembre 2018 de la cour d'appel d'Orléans ainsi qu'à une peine d'emprisonnement de trente-six mois par un jugement du tribunal judiciaire d'Orléans du 5 mai 2021. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète du Loiret aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

11. M. B soutient qu'il bénéficie d'une prise en charge médicale en France à la suite d'un accident dont il a été victime et qu'il ne pourra pas bénéficier en Syrie des traitements et soins appropriés à son état de santé. Toutefois, le requérant n'établit ses allégations par aucune pièce versée au dossier et n'allègue pas davantage avoir sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par ailleurs, le requérant ne peut utilement invoquer les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour soutenir que son maintien sur le territoire français lui permettra de faire valoir ses droits dans le cadre de la plainte qu'il a déposée contre l'auteur de l'accident qu'il a subi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour le même motif, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

13. En deuxième lieu, la décision attaquée cite les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public, qu'il ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire français et n'a pas demandé de titre de séjour, qu'il s'est soustrait à l'exécution de trois précédentes mesures d'éloignement et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en ce qu'il ne justifie pas d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité, ni de ressources suffisantes, ni d'un logement personnel stable et conclut que le risque de soustraction à une mesure d'éloignement peut être regardé comme établi. La décision attaquée précise que M. B se trouve dans les cas prévus aux 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

15. Pour refuser d'assortir la décision obligeant M. B à quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire, la préfète du Loiret a retenu les circonstances que le comportement de ce dernier constituait une menace pour l'ordre public, qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français ni avoir sollicité la régularisation de sa situation administrative et qu'il s'est soustrait à l'exécution de trois précédentes mesures d'éloignement. M. B ne conteste pas ces circonstances. Ainsi, si le requérant se prévaut de la stabilité de l'adresse à laquelle il réside pour contester l'existence d'un risque de fuite, les éléments précités suffisaient à établir la réalité du risque de soustraction à une mesure d'éloignement. Par suite, l'autorité préfectorale pouvait légalement prendre une décision de refus de délai de départ volontaire en application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

17. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et précise que les pays à destination desquels l'intéressé est susceptible d'être éloigné sont celui dont il a la nationalité, en l'espèce la Syrie, ou tout autre pays susceptible de l'admettre légalement. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Il suit de là que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de cette décision doit être écarté.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes du 1 de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des États Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ".

19. Si M. B soutient qu'il craint de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Syrie compte tenu du contexte sécuritaire dans ce pays, il ne démontre pas que sa vie ou sa liberté y serait menacée ou qu'il y serait actuellement et personnellement exposé à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour alors au demeurant qu'il a déclaré, lors de son audition par les services de police du 1er novembre 2023, ne pas avoir déposé de demande d'asile depuis son entrée sur le territoire français. Ainsi le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 2 d) de la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

21. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. B est entré sur le territoire français en 2013 selon ses déclarations, qu'il est dépourvu d'attaches familiales en France en ce qu'il a déclaré être en situation de concubinage depuis moins d'un an, que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas exécuté trois précédentes mesures d'éloignement. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

22. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

23. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète du Loiret a considéré que les circonstances portant sur l'absence d'attaches familiales en France, l'existence d'un comportement constitutif d'une menace pour l'ordre public et la soustraction de l'intéressé à une précédente mesure d'éloignement ne lui permettaient pas de retenir l'existence de circonstances humanitaires qui auraient justifié qu'elle s'abstienne d'édicter une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 9, M. B, qui déclare être entré en France depuis 2011, ne justifie pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour depuis son entrée sur le territoire français, a été condamné à trois reprises pour des peines d'emprisonnement dont l'une a été assortie d'une interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de cinq ans, ne conteste pas les faits pour lesquels il a été entendu par les services de police entre 2014 et 2020 ni n'avoir pas déféré aux trois précédentes mesures d'éloignement et sa situation de concubinage, à la supposer établie, est récente. Ainsi, ces circonstances suffisaient à justifier l'édiction de la mesure en litige. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er novembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Loiret.

Lu en audience publique le 6 novembre 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. PellerinLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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