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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305932

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305932

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantSALIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2023, M. B A, placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le droit d'être entendu garanti par les stipulations du point 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023 le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 4 novembre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B A pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pellerin, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- et les observations orales de Me Salin, avocat commis d'office, représentant M. A et en présence de M. A, assisté d'un interprète en langue arabe, qui indique renoncer à tous les moyens dirigés contre les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi, aux moyens tirés des vices d'incompétence et de l'insuffisante motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, aux moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation invoqués contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et au moyen tiré de l'erreur de droit invoqué contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ; au titre du moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, il a précisé que l'audition du 1er novembre 2023 avait été sommaire en ce qu'elle n'a pas porté sur la mesure d'éloignement en litige ni sur la situation familiale de M. A et son état de santé ; au titre du moyen tiré du défaut d'examen de sa situation, il a indiqué que l'arrêté attaqué n'évoquait pas la relation de couple du requérant avec une ressortissante française depuis un an ; au titre des moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, il a fait valoir que la situation de couple du requérant n'avait pas été prise en compte et que la matérialité des faits pour lesquels le comportement du requérant a été qualifié de menace pour l'ordre public n'était pas établie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 12 décembre 2001, est entré de manière irrégulière en France en 2021. Par un arrêté du 8 juillet 2022, la préfète d'Indre-et- Loire a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Interpellé le 31 octobre 2023 par les services de police, le préfet d'Indre-et-Loire, par un arrêté du 1er novembre 2023, a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de même valeur juridique que le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et le Traité sur l'Union européenne, en vertu de l'article 6 de ce dernier : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

3. Il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal des services de police du 7 juillet 2022 qui a précédé l'édiction de la mesure d'éloignement du 8 juillet 2022, que M. A a été entendu au sujet de la circonstance qu'il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement ainsi que sur sa situation familiale et n'a pas fait d'observations sur son état de santé. Dans le cadre d'une deuxième audition du 16 décembre 2022, qui a précédé son placement en rétention administrative du même jour, l'intéressé a été entendu sur sa situation familiale et administrative ainsi que sur l'exécution de la mesure d'éloignement du 8 juillet 2022. A la suite de son interpellation le 31 octobre 2023 qui a précédé l'arrêté attaqué, le procès-verbal d'audition du 1er novembre 2023 indique que M. A a été entendu sur l'exécution de la mesure d'éloignement du 8 juillet 2022, sur sa situation administrative et qu'il a indiqué être célibataire, sans enfant à charge, résider chez sa tante et ne pas avoir de problèmes de santé. Le requérant ne fait valoir aucun élément précis qu'il n'aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision attaquée et qui aurait été susceptible d'en affecter le contenu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

4. En second lieu, M. A a soutenu à l'audience que le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas examiné sa situation familiale avant de prononcer la mesure d'éloignement en litige, et en particulier, il n'a pas fait état de sa situation de couple avec une ressortissante française depuis un an. À l'appui de son allégation, le requérant a versé une attestation établie, le 3 novembre 2023, par sa compagne mentionnant qu'elle l'héberge à son domicile depuis le 24 octobre sans préciser l'année. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant avait indiqué être célibataire et résider chez sa tante lors de son audition par les services de police du 1er novembre 2023 ainsi que cela ressort du procès-verbal. Ainsi, l'attestation établie par sa compagne le 3 novembre 2023, au demeurant sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué en ce qu'elle lui est postérieure, est dépourvue de valeur probante. Dans ces conditions, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. A n'ait été dument prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2021, qu'il ne justifie pas de la réalité de la situation de couple depuis plus d'un an dont il se prévaut par la seule attestation du 3 novembre 2023 cité au point 4 et qu'il ne se prévaut d'aucun autre lien en France. Par ailleurs, la décision attaqué fait état, sans que cela soit contesté par le requérant, de ce que dernier n'a pas exécuté la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 8 juillet 2022. Enfin, à supposer établie que la décision serait entachée d'inexactitude matérielle des faits pour lesquels son comportement a été qualifié de menace pour l'ordre public au motif qu'aucune condamnation n'a été prononcée ainsi que l'a fait valoir M. A à l'audience, il résulte en tout état de cause de l'arrêté attaqué que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est justifiée par son entrée récente en France, par l'inexécution de la mesure d'éloignement du 8 juillet 2022 précitée ainsi que par l'absence de liens anciens et intenses en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour le même motif, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er novembre 2023 doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Lu en audience publique le 7 novembre 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. Pellerin

La greffière,

signé

P. LecompteLa République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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