jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2305968 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | DUPAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2023, M. C A, placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2023 par lequel la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret ou au préfet territorialement compétent à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de lui remettre un dossier de demande d'asile ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la compétence de l'auteur de cette décision n'est pas établie ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L.122-1 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respectée ;
- cette décision a été prise au terme d'une procédure méconnaissant le droit d'être entendu, garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle en ce qu'il ne mentionne pas la présence en France de son père, ni sa domiciliation chez ce dernier ni ses craintes en cas de retour en République démocratique du Congo ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles des articles 31-2 et 33 de la Convention de Genève dès lors qu'il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement compte tenu de sa qualité de demandeur d'asile ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur le risque de fuite dès lors qu'il justifie d'une adresse stable et a respecté ses obligations de pointage de l'assignation à résidence dont il a fait l'objet à la suite de l'arrêté de transfert aux autorités portugaises ;
- pour le même motif, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire elle-même entachée d'illégalité ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève ainsi que les dispositions de l'article 2 d de la directive 2011/95/UE du parlement européen et du conseil du 13 décembre 2011 ;
- pour le même motif, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est fondée sur une décision d'obligation de quitter le territoire elle-même entachée d'illégalité ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 7 novembre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. C A pour un délai maximum de vingt-huit jours ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2011/95 UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pellerin, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin ;
- les observations orales de Me Dupas, avocate commise d'office, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. A, assisté de Mme B, interprète en langue Lingala, qui a précisé ne pas connaître son enfant qui réside en République démocratique du Congo.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 30 mars 1994, est entré en France le 23 janvier 2020 selon ses déclarations après avoir sollicité l'asile auprès des autorités portugaises. Ces dernières ont accepté de traiter sa demande d'asile et un arrêté de transfert lui a été notifié le 3 septembre 2020. L'intéressé ayant été déclaré en fuite le 11 janvier 2021, cet arrêté n'a pas été exécuté avant l'expiration du délai de transfert intervenu le 9 mars 2022. Par un arrêté du 5 novembre 2023, dont M. A demande l'annulation, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Florence Gouache, secrétaire générale pour les affaires régionales. Elle disposait d'une délégation de signature de la préfète du Loiret du 11 septembre 2023 régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs, aux fins de signer notamment les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, notamment l'article L. 611-1, 1°. Elle précise notamment qu'à la suite de sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, M. A a fait l'objet d'une remise aux autorités portugaises par un arrêté préfectoral notifié le 3 septembre 2020. Elle indique que l'intéressé a été déclaré en fuite le 11 janvier 2021 et qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans effectuer de démarches administratives pour régulariser sa situation en dépit de l'expiration du délai de transfert survenue le 9 mars 2022. Elle fait également état de sa situation familiale en indiquant qu'il est célibataire et sans charge de famille. Dès lors, la décision en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde avec une précision suffisante pour permettre au requérant d'en comprendre les motifs et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écartée.
4. En troisième lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par le requérant à l'encontre de la décision attaquée.
5. Toutefois, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de même valeur juridique que le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et le Traité sur l'Union européenne, en vertu de l'article 6 de ce dernier : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par les services de police du 4 novembre 2023, M. A a été entendu au sujet de la circonstance qu'il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Le requérant n'établit pas plus qu'il n'allègue avoir été privé de la possibilité de faire valoir ses observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu.
7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que la préfète du Loiret n'aurait pas pris en compte tout ou partie des éléments de la situation de la famille M. A ainsi que ses craintes en cas de retour en République démocratique du Congo et aurait ainsi entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de celle-ci.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. A fait valoir qu'il est en France depuis quatre ans, qu'il est proche de son père, de nationalité française, qui réside en France et qu'il aide ce dernier à gérer ses problèmes de santé. Il fait également valoir que sa sœur et sa tante, de nationalité française, résident en France et que sa mère et son oncle, qui résidaient en République démocratique du Congo, ont été assassinés et qu'il n'a plus d'attaches familiales dans ce pays. Toutefois, le requérant n'établit la présence en France de sa famille par aucune pièce versée au dossier. À l'inverse, l'intéressé a déclaré avoir une concubine et un enfant en République démocratique du Congo ainsi que cela ressort des termes de l'arrêté du 27 août 2020 par lequel le préfet du Loiret a prononcé son transfert aux autorités portugaises. Si M. A a indiqué à l'audience ne pas connaître son enfant, cette circonstance ne remet pas en cause l'existence d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que la présence en France de M. A est récente, ce dernier n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète du Loiret aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation
10. En sixième lieu, d'une part, aux termes de l'article 31-2 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés : " Les Etats contractants n'appliqueront aux déplacements de ces réfugiés d'autres restrictions que celles qui sont nécessaires ; ces restrictions seront appliquées seulement en attendant que le statut de ces réfugiés dans le pays d'accueil ait été régularisé ou qu'ils aient réussi à se faire admettre dans un autre pays. En vue de cette dernière admission, les Etats contractants accorderont à ces réfugiés un délai raisonnable ainsi que toutes facilités nécessaires ". Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui a manifesté son intention de demander l'asile ne peut, dans le cas où l'examen d'une telle demande relève de la compétence de la France, faire l'objet d'une mesure d'éloignement avant qu'il ait été mis en mesure de déposer sa demande et que celle-ci ait été examinée.
11. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a demandé l'asile en France le 11 mars 2020, a fait l'objet, le 27 août 2020, d'un arrêté de transfert aux autorités portugaises. Il est constant que le délai de ce transfert a expiré le 9 mars 2022, de sorte que la France est devenue responsable de l'examen de la demande d'asile de l'intéressé à cette date. M. A, qui est demeuré sur le territoire français, soutient qu'il n'a pas été mis à même de solliciter l'enregistrement de sa demande d'asile auprès des autorités compétentes. Toutefois, l'intéressé n'établit cette allégation par aucune pièce versée au dossier, de sorte que c'est à bon droit que la préfète du Loiret a considéré qu'il n'avait effectué aucune démarche administrative pour régulariser sa situation depuis l'expiration du délai de son transfert aux autorités portugaises. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a manifesté son intention de demander l'asile en France depuis l'expiration du délai précité. À cet égard, contrairement à ce que soutient M. A, ce dernier n'a pas manifesté sa volonté de demander l'asile lors de son audition du 4 novembre 2023 par les services de police et a indiqué ne pas se sentir en danger en République démocratique du Congo. Ainsi, le requérant, qui n'établit pas sa qualité de demandeur d'asile, ne justifie ni d'une entrée régulière en France ni s'y être maintenu de manière régulière en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement méconnaît sa qualité de demandeur d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
14. En deuxième lieu, la décision attaquée cite les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que le requérant n'a pas effectué de démarches administratives pour régulariser sa situation après l'expiration du délai de transfert, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français lors de son audition du 4 novembre 2023, qu'il s'est soustrait à l'exécution de l'arrêté de transfert aux autorités portugaises du 27 août 2020 dont il a fait l'objet et a été déclaré en fuite le 11 janvier 2021, qu'il ne présente pas de garanties de représentation en ce qu'il ne justifie pas d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité, ni de ressources suffisantes, et conclut que le risque de soustraction à une mesure d'éloignement peut être regardé comme établi. La décision attaquée précise que M. A se trouve dans le cas prévu au 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
16. Pour refuser d'assortir la décision obligeant M. A à quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire, la préfète du Loiret a notamment retenu les circonstances que le requérant n'a pas effectué de démarches administratives pour régulariser sa situation après l'expiration du délai de transfert, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas de conformer à son obligation de quitter le territoire français lors de son audition du 4 novembre 2023 et qu'il ne présente pas de garanties de représentation. Ainsi, si le requérant conteste avoir adopté un comportement de fuite dans le cadre de l'exécution de son transfert aux autorités portugaises, les éléments précités, qui sont établis, suffisaient à établir la réalité du risque de sa soustraction à une mesure d'éloignement. Par ailleurs, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir d'une adresse stable dès lors que ce motif ne constitue pas le fondement de la décision attaquée. Par suite, l'autorité préfectorale pouvait légalement prendre une décision de refus de délai de départ volontaire en application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
17. En premier lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire doit être écarté.
18. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et précise que les pays à destination desquels l'intéressé est susceptible d'être éloigné sont celui dont il a la nationalité, en l'espèce la République démocratique du Congo, ou tout autre pays susceptible de l'accueillir. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Il suit de là que le moyen tiré d'une motivation insuffisante de cette décision doit être écarté.
19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des États Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ".
20. Si M. A soutient qu'il craint de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en République démocratique du Congo, il a indiqué ne pas se sentir en danger dans ce pays lors de son audition du 4 novembre 2023 par les services de police et ne justifie pas avoir renouvelé sa demande d'asile en France depuis l'expiration du délai de son transfert aux autorités portugaises ainsi qu'il a été dit au point 12. Ainsi le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et de l'article 2 d de la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
21. En premier lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire doit être écarté.
22. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. A est entré sur le territoire français le 23 janvier 2020 selon ses déclarations, qu'il est dépourvu d'une vie familiale en France, qu'il est célibataire et sans charge de famille, que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.
23. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
24. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète du Loiret a considéré que les circonstances portant sur la date d'entrée en France du requérant, l'absence d'une vie familiale en France et sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement ne lui permettaient pas de retenir l'existence de circonstances humanitaires qui auraient justifier qu'il s'abstienne d'édicter une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que de telles circonstances existent. Si le requérant conteste avoir été en situation de fuite et avoir empêché l'exécution de son transfert vers le Portugal, son entrée récente en France et l'absence de liens avec la France suffisaient à justifier l'édiction de la mesure en litige. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être écarté.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 novembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Loiret.
Lu en audience publique le 9 novembre 2023.
La magistrate désignée,
signé
C. PellerinLa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026