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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306039

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306039

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantMAZOUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2023, M. D B, représenté par Me Mazouin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de son transfert aux autorités espagnoles ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence avec obligation de pointage et interdiction de quitter le département d'Ille-et-Vilaine ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté de transfert vers les autorités espagnoles :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- il n'est pas justifié de la délivrance des informations prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il n'est pas justifié du respect des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la situation de M. B ;

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

- l'annulation de l'arrêté de transfert entraînera l'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence ;

- l'auteur de l'acte était incompétent.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anaïs Le Berre, conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Mazouin qui s'en remet à ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 6 avril 1999, est entré irrégulièrement en France le 22 septembre 2023 et a présenté une demande d'asile le 5 octobre 2023. La consultation du fichier Eurodac a permis d'établir qu'il avait sollicité l'asile auprès des autorités espagnoles lesquelles ont alors été saisies, le 6 octobre 2023, d'une demande de reprise en charge sur le fondement du b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le 16 octobre 2023, les autorités espagnoles ont fait connaître leur accord. Par arrêté du 10 novembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé du transfert de M. B aux autorités espagnoles. Par un second arrêté du même jour, également attaqué, il a assigné l'intéressé à résidence.

Sur les conclusions d'annulation

En ce qui concerne le moyen commun aux deux arrêtés attaqués

2. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par un arrêté du 9 octobre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ce département, donné délégation de signature à M. A C, en sa qualité de chef de l'unité régionale Dublin au bureau de l'asile, pour signer notamment les arrêtés de transfert et d'assignation à résidence. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doivent être écartés.

En ce qui concerne l'arrêté de transfert aux autorités espagnoles

3. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les Etats membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux Etats membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement ".

4. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que le document A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne -quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et le document B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", prévus par les dispositions de l'article 4 précité et rédigés en langue française que M. B a déclaré parler couramment, ont été remis le 5 octobre 2023 à l'intéressé au moment de son entretien individuel réalisé à la préfecture d'Ille-et-Vilaine, dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile, soit avant l'arrêté attaqué. Les pages de garde de ces brochures, comportant la signature manuscrite de M. B, sont produites en défense. Les documents A et B, qui constituent la " brochure commune " prévue par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, comprennent l'ensemble des informations nécessaires aux demandeurs d'une protection internationale en vertu de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation d'information prévue par l'article 4 précité du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. 2. L'entretien individuel peut ne pas avoir lieu lorsque : a) le demandeur a pris la fuite; ou b) après avoir reçu les informations visées à l'article 4, le demandeur a déjà fourni par d'autres moyens les informations pertinentes pour déterminer l'État membre responsable. L'État membre qui se dispense de mener cet entretien donne au demandeur la possibilité de fournir toutes les autres informations pertinentes pour déterminer correctement l'État membre responsable avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été reçu en entretien, le 5 octobre 2023, par un agent de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, en langue française que M. B a déclaré comprendre. Le procès-verbal d'entretien mentionne que l'entretien a été mené par un agent de la préfecture, ce qui est suffisant pour établir qu'il a été assuré par une personne qualifiée au sens du droit national. Ce procès-verbal révèle que M. B a bien été entendu sur son parcours migratoire, sa situation familiale, ses documents personnels et son état de santé. Il a été clairement informé que sa demande était traitée conformément au règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dit règlement " Dublin ", et a déclaré comprendre la procédure engagée à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

8. En troisième lieu, l'arrêté attaqué a seulement pour objet de renvoyer M. B en Espagne et non dans son pays d'origine. En outre, si le requérant dont il est établi par les mentions du fichier Eurodac et l'accord de reprise en charge par les autorités espagnoles, qu'il a présenté dans ce pays une demande d'asile, soutient qu'il n'a pas eu connaissance que son dossier était en cours d'instruction, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les autorités espagnoles ne procéderont pas à un examen de sa situation. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités espagnoles doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence

10. Aucun des moyens présentés à l'appui des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant transfert de M. B aux autorités espagnoles n'étant de nature à justifier l'annulation de cette décision, le moyen tiré de ce que la décision l'assignant à résidence devrait être annulée par voie de conséquence d'une telle annulation ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante et son conseil demandent au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

La magistrate désignée,

signé

A. ELa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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