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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306347

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306347

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306347
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantSEMINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 24 et 28 novembre 2023, M. A E, représenté par Me Semino, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, ne lui a pas accordé de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a édicté une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence du signataire n'est pas établie ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles souffrent d'un défaut d'examen ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise en violation de son droit à être entendu ;

- en exposant que l'intéressé serait " très défavorablement connu des services de polices " sur la base d'interpellations, l'autorité préfectorale s'est fondée sur le fichier TAJ en amont des décisions querellées et a pris en compte les inscriptions pour édicter la mesure d'éloignement ; or, le préfet n'a pas démontré que l'agent ayant effectué cette vérification détenait une habilitation spécifique et encadrée par une liste exhaustive et limitative des motifs susceptibles de permettre la consultation et l'utilisation du fichier du Traitement des antécédents judiciaires (TAJ) ; cette vérification ne pouvait intervenir sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle souffre d'un défaut d'examen ;

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision sera annulée par voie de conséquence ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- cette décision sera annulée par voie de conséquence.

Le préfet d'Indre-et-Loire a produit des pièces enregistrées le 25 novembre 2023.

Vu :

- l'ordonnance du 25 novembre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. E pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- et les observations de Me Semino, représentant M. E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

1. Par un arrêté du 16 janvier 2023, publié au recueil des actes de la préfecture d'Indre-et-Loire du 17 janvier 2023, M. C B, préfet, a donné délégation à Mme Nadia Seghier, secrétaire générale, " à l'effet de signer tous arrêtés, décisions circulaires, rapports et correspondances relevant de l'Etat dans le département ou de l'exercice des pouvoirs de police administrative, générale ou spéciale, du préfet, y compris : / - les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". En vertu de l'article 2 de ce même arrêté, la délégation consentie à Mme D, en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci, sera exercée par M. Guillaume Saint-Cricq, secrétaire général adjoint. Il n'est ni établi, ni même allégué, pas davantage qu'il ne ressort des pièces du dossier - alors au demeurant que l'arrêté en cause vise expressément l'arrêté précité, et notamment son article 2 - que Mme D n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de ce que M. F n'aurait pas été compétent pour signer l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé et satisfait aux exigences de motivation.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant, ressortissant égyptien né en 1995.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E a été auditionné le 29 septembre 2023 par un officier de police judiciaire, lequel lui a précisément demandé s'il serait d'accord pour retourner dans son pays. M. E a ainsi eu à cette occasion la possibilité de présenter des observations sur un éventuel éloignement à destination de son pays d'origine. M. E n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision attaquée est intervenue en violation de son droit à être entendu.

5. En quatrième lieu, si M. E reproche au préfet de s'être fondé, pour décider de l'éloigner, sur ce que son comportement constituait un trouble à l'ordre public dès lors qu'il avait fait l'objet de trois signalements sans avoir saisi les services compétents de la police nationale ou de la gendarmerie nationale pour complément d'information, ou le procureur de la République compétent aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, conformément aux dispositions du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, les dispositions de l'article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité ne prévoient cette consultation que pour l'instruction des demandes d'acquisition de la nationalité française et de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers et des demandes de visa ou d'autorisation de voyage prévus aux articles L. 312-1, L. 312-2 et L. 312-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que pour la nomination et la promotion dans les ordres nationaux et non l'édiction de mesures d'éloignement. En tout état de cause, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet s'est également fondé sur ce que M. E avait été condamné le 11 janvier 2022 par le tribunal correctionnel d'Orléans à 30 mois d'emprisonnement pour vol en réunion. Or, le préfet pouvait légalement se fonder sur ce seul délit pour estimer que la présence en France constituait une menace pour l'ordre public.

6. En cinquième lieu, si M. E se prévaut de ce qu'il vit en France depuis 2014, qu'il dispose d'une promesse d'embauche, qu'il a travaillé dans le passé et a tissé des liens intenses en France, l'intéressé a déclaré au cours de son audition être célibataire, sans enfants à charge et ne disposer d'aucune ressource. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

7. En sixième et dernier lieu, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation est insuffisamment articulé et doit être dès lors écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

8. Le préfet a relevé, dans les motifs de son arrêté, que M. E n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Le préfet a dès lors satisfait aux exigences de motivation. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. M. E n'est pas fondé compte-tenu de ce qui a été dit précédemment à demander que ces décisions soient annulées par voie de conséquence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction de M. E ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, le versement au conseil de M. E d'une somme titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet d'Indre-et-Loire.

Lu en audience publique le 29 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. EtienvreLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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