mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2306473 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LE VERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Le Verger, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 24 juillet 2023, notifiée le 22 août suivant, portant rejet de sa demande de regroupement familial au profit de ses trois enfants mineurs ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocate contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision porte atteinte de manière grave et immédiate à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants ; elle est séparée de ses enfants, respectivement nés en 2006, 2007 et 2010 depuis 2015 ; elle a déposé une demande de regroupement familial dès que sa situation professionnelle et financière le lui a permis ; ses enfants sont victimes de maltraitance de la part de la nouvelle compagne de leur père, ainsi que de délaissement régulier de la part de leur père ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
* elle méconnaît les dispositions des articles L. 434-1 et R. 434-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ; elle justifie d'un revenu moyen de 1 321 euros mensuels, sur les douze mois précédent sa demande, auquel s'ajoutent les pensions alimentaires perçues, à hauteur de 250 euros mensuels, et l'allocation personnalisée au logement, d'un montant de 306 à 392 euros, de sorte que ses revenus sont supérieurs au minimum requis, de 1 474,80 euros nets mensuels ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les ressources de Mme B sont insuffisantes et, pour certaines d'entre elles, instables, de sorte qu'il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de refus de regroupement familial opposé.
Vu :
- la requête au fond n° 2305719, enregistrée le 20 octobre 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 décembre 2023 :
- le rapport de Mme Thielen ;
- les observations de Me Zaegel, substituant Me Le Verger, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens qu'elle développe, et précise notamment que s'agissant des pensions alimentaires, les textes n'exigent pas qu'elles soient versées en exécution d'une décision de justice pour être prises en considération, dès lors que leur stabilité et leur régularité sont établies, ce qui est le cas en l'espèce.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née le 28 décembre 1980, réside en France depuis 2015, sous couvert d'une carte de résident délivrée le 25 juillet 2022, valable jusqu'au 24 juillet 2032. Elle a sollicité, le 12 novembre 2021, un regroupement familial au bénéfice de ses trois enfants mineurs, respectivement nés les 18 mars 2006, 21 novembre 2007 et 10 juillet 2010, rejeté par décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 24 juillet 2023. Mme B a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cette décision et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Mme B justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il y a par suite lieu, en application des dispositions précitées, de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. Pour refuser de faire droit à la demande de regroupement familial déposée par Mme B au bénéfice de ses trois enfants, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur l'insuffisance de ses revenus au regard de la composition de son foyer et sur l'absence d'atteinte, tant à son droit au respect de sa vie privée et familiale qu'à l'intérêt supérieur de ses enfants.
5. D'une part, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, (), peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / () / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de son article L. 434-7 : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / () ". Aux termes de son article L. 434-8 : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / () ". Aux termes de son article R. 434-4 : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; / 3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le niveau des ressources du demandeur doit être apprécié par référence à la moyenne du salaire minimum de croissance sur la période de douze mois précédant le dépôt de sa demande, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande. Il en résulte également que si l'autorité administrative peut légalement rejeter une demande de regroupement familial au motif que l'intéressé ne remplirait pas l'une ou l'autre des conditions légales requises, notamment celle tenant à des ressources stables et suffisantes, elle ne peut le faire qu'après avoir vérifié que, ce faisant, elle ne porte pas une atteinte excessive au droit du demandeur au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, le cas échéant, qu'elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a perçu, au cours de la période de référence, soit du 1er novembre 2020 au 31 octobre 2021, 7 563,87 euros nets de salaire, 674,56 euros d'indemnités journalières de congé maternité, 3 642,12 euros d'allocation de retour à l'emploi et 1 442,74 euros de primes d'activité, soit une somme mensuelle moyenne de 1 110,30 euros. Ne peuvent être comptabilisés, au titre des ressources autonomes, les allocations familiales, les allocations logement ni le complément mode de garde dont elle justifie la perception. À supposer même que les pensions alimentaires que les pères de deux de ses enfants lui versent, à hauteur cumulée de 250 euros mensuels, doivent être prises en considération, alors même qu'elles ne lui sont pas versées en application d'une décision de justice, que Mme B ne justifie d'aucun engagement des intéressés à s'acquitter de cette contribution à l'entretien de leur enfant respectif, et que l'une de ces pensions ne lui a été versée qu'en novembre 2020 puis d'avril à octobre 2021, le montant moyen de ses ressources mensuelles s'élèverait alors à 1 301 euros nets, soit moins que le montant minimal exigé par les dispositions citées au point 5, s'élevant, compte tenu de la composition de son foyer, à la somme de 1 474,80 euros nets (moyenne mensuelle du SMIC net, sur la période de référence, majoré d'un cinquième). Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'apparaît pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
9. Si, par ailleurs, Mme B justifie procéder à des virements réguliers à destination du père de ses enfants résidant en République démocratique du Congo, dont rien ne laisse supposer qu'ils ne sont pas utilisés pour satisfaire ou à tout le moins contribuer aux besoins des intéressés, les seuls extraits de conversations SMS produits, dont il est soutenu qu'elles dateraient de mai 2023, s'agissant d'une discussion avec sa sœur, d'octobre 2023, s'agissant d'une discussion entre ses deux filles aînées, et de juin 2023, s'agissant d'une discussion avec sa fille âgée de 17 ans, ne suffisent pas à prouver que Mme B aurait conservé avec ses enfants des relations et liens particuliers, n'établissant pas et n'alléguant pas même les avoir régulièrement vus depuis 2015, année de leur séparation. En se bornant par ailleurs à faire valoir qu'elle n'a pas vocation à retourner en République démocratique du Congo au motif qu'elle est également mère de trois enfants français, elle n'établit pas qu'il lui est impossible de rendre visite régulièrement à ses enfants plus âgés. La seule attestation produite au dossier n'établit enfin pas que ceux-ci seraient victimes de maltraitance ou de délaissement de la part de leur père. Dans ces circonstances, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant n'apparaissent pas non plus propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
10. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 24 juillet 2023 portant rejet de sa demande de regroupement familial ne peuvent, par suite et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
11. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieure et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 19 décembre 2023.
Le juge des référés,
signé
O. ThielenLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026