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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306576

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306576

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBERTHAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Berthaut, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ainsi que l'arrêté du même jour par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence à Gévezé (Ille-et-Vilaine), lui a interdit de quitter son lieu d'hébergement situé 1, hôtel Morel, à Gévezé, entre 18 heures et 21 heures et l'a astreint à remettre l'original de son passeport ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Berthaut d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ; les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ; une erreur manifeste d'appréciation a été commise ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- il en va de même de la décision fixant le pays de renvoi ; cette dernière décision viole par ailleurs l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'assignation à résidence repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen ; elle souffre d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jouno, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jouno,

- et les observations de Me Berthaut représentant M. A, présent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

1. En premier lieu, les décisions comprises dans le premier arrêté attaqué comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, ainsi que l'exigent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

2. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale a adopté cet arrêté après un examen complet de la situation du requérant. Par suite le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été mené doit être écarté.

3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France, selon ses déclarations en novembre 2021, où il vit à ce jour aux côtés de la famille de son frère, laquelle se maintient en situation irrégulière sur le territoire. Or, il a vécu la majeure partie de son existence en Géorgie, où il n'est pas dépourvu d'attaches et ne dispose d'aucune attache personnelle ou familiale stable en France, d'une particulière intensité. Dès lors, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit qu'il tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée de l'erreur manifeste d'appréciation alléguée.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

4. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi :

5. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, dont la demande de réexamen de sa demande d'asile a d'ailleurs été clôturée, courrait le risque de subir de quelconques traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Géorgie. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

8. En deuxième lieu, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté par les motifs énoncés ci-dessus.

9. En troisième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les motifs retenus ci-dessus.

10. En quatrième lieu, dès lors que le requérant, qui a légalement été obligé de quitter le territoire, ne mène légalement sur le territoire aucune activité professionnelle, l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an dont il fait l'objet est justifiée tant dans son principe que dans sa durée. Ainsi, les moyens tirés d'une violation de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'assignation à résidence :

11. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

12. En deuxième lieu, l'arrêté d'assignation à résidence comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, ainsi que l'exigent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

13. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale a adopté cet arrêté après un examen complet de la situation du requérant. Par suite le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été mené doit être écarté.

14. En quatrième lieu, dès lors que le requérant ne justifie d'aucun besoin de déplacement particulier, la décision par laquelle le préfet l'a assigné à résidence à Gévezé, lui a interdit de quitter son lieu d'hébergement dans cette commune entre 18 heures et 21 heures, l'a obligé à se présenter une fois par jour à la gendarmerie d'Hédé-Bazouges, distante de 8,7 kilomètres de son lieu d'hébergement, et l'a astreint à remettre l'original de son passeport ne saurait être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens présentées par M. A, qu'il convient néanmoins d'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. JounoLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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