lundi 18 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2306784 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CIMADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 18 décembre 2023, M. A B, placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Berthaut, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'il renonce dans ce cas à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il a droit à un recours effectif contre la décision fixant le pays de destinations en vertu de l'article 13 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- le recours contre la décision fixant le pays de destination a un effet suspensif de l'éloignement ;
- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- le caractère contradictoire de la procédure a été méconnu, ce qui entache la procédure d'irrégularité ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il craint pour sa vie ou sa liberté en cas de retour en Irak.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Me Berthaut, commis d'office, bénéficie de la rétribution mentionnée à l'article 19-1 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, au titre de l'aide juridictionnelle.
Vu :
- l'ordonnance du 16 décembre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et notamment son article 19-1 ;;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grenier, présidente, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grenier,
- les observations de Me Berthaut, avocat commis d'office, représentant M. B, qui a repris et développé les éléments exposés dans les écritures,
- et les explications de M. B, assisté d'un interprète.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant irakien né le 2 janvier 2001, a fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire français prononcée par un jugement du 18 octobre 2022 du tribunal correctionnel de Rennes. Par un arrêté du 14 décembre 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture, qui a reçu délégation de signature par arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 13 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, les décisions fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 14 décembre 2023 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué rappelle que M. B a fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire français prononcée par un jugement du 18 octobre 2022 du tribunal correctionnel de Rennes. Il mentionne également les observations de l'intéressé formulées le 4 décembre 2023 et précise qu'il n'a pas demandé son admission au titre de l'asile en France et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 14 décembre 2023 doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire-Atlantique a examiné les craintes pour la vie ou la liberté en cas de retour de M. B dans son pays d'origine. L'arrêté attaqué relève notamment qu'en dépit des craintes alléguées, M. B n'a pas sollicité son admission au titre de l'asile en France et que les craintes dont il fait état ne sont pas établies. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen suffisamment sérieux de la situation de M. B.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été en mesure de faire valoir ses observations avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Il ressort de ses observations écrites du 4 décembre 2023, qu'il a signées, qu'il a bénéficié de l'assistance téléphonique d'un interprète en langue kurde, dont les nom et prénom sont mentionnés sur ce document. Il a ainsi pu faire valoir ses observations et a notamment précisé qu'il ne souhaitait pas retourner en Irak mais aller en Belgique ou en Espagne et qu'il avait de la famille en Belgique et en Grande-Bretagne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi / : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible.
Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
7. Les dispositions combinées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.
8. Alors même que M. B soutient qu'il a reçu des menaces de mort de la part de la famille de la personne qu'il souhaitait épouser et que sa vie est menacée en cas de retour en Irak, il n'assortit ses allégations d'aucun commencement de preuve. Il ressort, en outre, des motifs du jugement du 18 octobre 2022 du tribunal correctionnel de Rennes ayant prononcé une interdiction définitive du territoire français à son encontre, qu'il avait alors invoqué des dettes pour expliquer son départ d'Irak. Il n'allègue pas même avoir sollicité son admission au titre de l'asile en France ou dans un autre État membre de l'Union européenne. En invoquant la situation d'instabilité générale en Irak, il ne fait pas davantage état de craintes réelles, précises et actuelles pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation en raison des risques de traitement inhumains ou dégradants auxquels M. B serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine ne peuvent qu'être écartés.
9. En dernier lieu, M. B a disposé d'un recours effectif contre l'arrêté attaqué. Il ne saurait, en tout état de cause, utilement invoquer l'effet suspensif de l'éloignement découlant du présent recours pour contester la légalité de l'arrêté attaqué.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées pour M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, le versement au conseil de M. B d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire-Atlantique.
Lu en audience publique le 18 décembre 2023.
La magistrate désignée,
signé
C. GrenierLa greffière,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026