lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400659 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | VERVENNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 6 février et 2 avril 2024, M. C A, représenté par Me Vervenne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à ce préfet, à titre principal, de lui délivrer dans un délai d'un mois, un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " au regard des motifs exceptionnels, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation privée et familiale et de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours, le temps de cet examen ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas prévu que celle-ci intervienne sur proposition du secrétaire général de la préfecture ;
- la décision attaquée n'est pas motivée et souffre d'un défaut d'examen ;
- le préfet a commis une erreur de droit en n'examinant pas la demande d'autorisation de travail produite ;
- le préfet a commis une erreur manifeste en ne l'admettant pas exceptionnellement au séjour au regard de sa vie privée et familiale ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il devait se voir délivrer la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision a été prise par une personne n'ayant pas compétence ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité du refus de séjour ;
- il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision a été prise par une personne n'ayant pas compétente ;
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de l'enfant.
Par un mémoire, enregistré le 28 mars 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Etienvre a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est un ressortissant ivoirien né en 1996. Arrivé régulièrement en France, selon ses déclarations, en juillet 2015, en possession d'un passeport en cours de validité, muni d'un visa C, il a sollicité l'asile. Sa demande a cependant été rejetée le 29 juillet 2016 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 9 février 2017. Le 9 octobre 2018, le préfet de police a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée. Le 5 janvier 2023, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié " et a demandé à être admis exceptionnellement au séjour. Par arrêté du 30 juin 2023, le préfet du Finistère a rejeté sa demande et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français et d'une décision fixant le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
2. En premier lieu, la circonstance que l'arrêté attaqué comporte la mention " sur proposition du secrétaire général " ne révèle aucun vice de procédure et ne peut davantage être regardée, s'agissant de l'exercice de ses compétences par le préfet, comme une méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce que le requérant soutient, l'arrêté attaqué énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé et satisfait dès lors aux exigences de motivation.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".
5. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention vie privée et familiale répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention salarié ou travailleur temporaire. Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
6. En se bornant à indiquer qu'il a produit, à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle, une promesse d'embauche établie par l'entreprise MH Automobiles comme carrossier-tôlier pour un salaire mensuel de 2 000 euros, à faire état de ce que le métier de carrossier automobile est caractérisé par des difficultés de recrutement, alors que l'intéressé ne produit, comme l'a relevé le préfet dans son arrêté, aucun document justifiant de sa qualification professionnelle ni de la réalité des activités professionnelles alléguées, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que M. A ne faisait état d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte-tenu des conditions de séjour de M. A en France, et dans la mesure où l'épouse de M. A réside irrégulièrement en France, le préfet a porté, en prenant la décision contestée, une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. M. A n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision attaquée est intervenue en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En cinquième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 26 mai 2023, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet du Finistère a donné délégation à M. D B, sous-préfet de l'arrondissement de Brest chargé de l'intérim des fonctions de secrétaire général, signataire des arrêtés attaqués, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans les arrêtés en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
10. En deuxième lieu, M. A n'est pas fondé, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour.
11. En troisième et dernier lieu et, en tout état de cause, contrairement à ce que le requérant soutient, la lecture des motifs de l'arrêté attaqué révèle que le préfet a bien examiné si celui-ci apportait des éléments permettant de considérer qu'il pourrait être exposé à des peines ou des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, la Côte-d'Ivoire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. En premier lieu, le moyen de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.
13. En deuxième lieu, en exposant que la décision contestée ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que M. A n'apportait aucun élément permettant de considérer qu'il était exposé à des peines ou des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a satisfait aux exigences de motivation.
14. En troisième lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.
15. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
16. Si M. A et son épouse ont eu un enfant qui est né le 22 mai 2021, celui-ci est malheureusement décédé le même jour. Aucune autre pièce du dossier révélant que le couple aurait eu un autre enfant, vivant à la date de l'arrêté attaqué, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
19. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
F. Etienvre
L'assesseur le plus ancien,
Signé
F. Terras
La greffière,
Signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet du Finistère, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026