vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400686 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | BERTHAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 février 2024, M. D A, représenté par Me Berthaut, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut, de procéder à un nouvel examen et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision d'éloignement :
- elle est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- elle est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- elle est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bozzi, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bozzi,
- les observations de Me Berthaut, représentant M. A, qui indique que la décision d'éloignement est entachée d'un défaut de motivation et d'examen dès lors qu'il n'est jamais fait référence à l'existence du fils de Mme B dont M. A a pourtant déclaré s'occuper, que les salaires produits justifient d'une vie commune, qu'il entretient des liens forts avec la cellule familiale de Mme B, que M. A n'avait pas engagé de démarches auparavant, étant certain du refus qui lui aurait été opposé ;
- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui s'en rapporte à ses écritures et ajoute que la motivation est suffisante dès lors que la participation à l'éducation de l'enfant, qui n'est pas celui de M. A, ne résulte que des propos tenus par l'intéressé et non justifiés lors de l'audition du 5 février 2024, alors que M. A disposait du temps nécessaire pour rassembler des pièces probantes, que la décision d'éloignement est exclusivement fondée sur l'absence de toute démarche tendant à la régularisation de la situation administrative et sur les activités professionnelles de l'intéressé exercées dans des conditions irrégulières.
- et les déclarations de M. A, qui explique ne pas avoir tenté de régulariser sa situation par crainte d'un refus, qu'il a effectivement utilisé une fausse pièce d'identité mais uniquement dans le but de travailler afin d'aider Mme B et qu'il entend être auprès du fils de Mme B afin de lui donner un " modèle masculin ", qu'il a ses parents et des frères et sœurs en Tunisie.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien, est entré en France le 11 mars 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Il s'est ensuite maintenu sur le territoire français sans engager aucune démarche de régularisation de sa situation. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a dès lors pris le 5 février 2024 à l'encontre de M. A un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire assorti d'une interdiction de retour d'un an. Le 5 février 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a également décidé d'assigner à résidence M. A. Ce sont les décisions attaquées.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle le 5 février 2024, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. ". L'article L. 613-1 du même code dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / (). ".
4. En l'espèce, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions précitées comme par celles des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La circonstance que Mme B, avec laquelle l'intéressé déclare vivre, soit qualifiée d'" amie ", est sans incidence dès lors que M. A n'établit pas avoir porté à la connaissance du préfet d'Ille-et-Vilaine des éléments tenant à l'évolution récente de sa situation conjugale, notamment la constitution d'un dossier de pacte civil de solidarité le 1er février 2024. Il ressort au demeurant de l'arrêté, en date du même jour que la décision d'éloignement, l'assignant à résidence que Mme B est désignée comme la " petite amie " de M. A, attestant ainsi des relations intimes nouées avec le requérant. Cette motivation révèle en outre que contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui n'était pas tenu de faire référence de manière exhaustive à l'ensemble des éléments portés oralement à sa connaissance lors de l'audition, a procédé à un examen particulier de sa situation. En particulier, malgré une convocation en date du 30 janvier 2024, M. A n'a pas produit lors de son audition sur sa situation administrative quelques jours plus tard le 5 février 2024, de pièces justifiant susceptibles de justifier de la véracité de ses propos concernant sa participation à l'éducation de l'enfant de Mme B. Ces moyens doivent dès lors être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. En outre, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
7. M. A fait valoir une présence de six années sur le territoire français, ses activités professionnelles, sa maitrise du Français et le foyer qu'il a constitué avec Mme B et son fils, à l'éducation duquel il participerait activement.
8. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré en France le 11 mars 2018 au bénéfice d'un visa de court séjour pour ensuite se maintenir irrégulièrement pendant plusieurs années sur le territoire français. M. A n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans et où résident selon ses déclarations à l'audience ses parents notamment.
9. S'agissant de sa relation avec Mme B, cette dernière indique dans sa déclaration héberger M. A depuis moins de deux années, et les seules attestations des fournisseurs d'énergie et de la caisse des allocations familiales en date du mois de février 2024, établies pour les besoins de l'instance, ni même encore l'adressage des bulletins de salaire, ne sont pas de nature à justifier d'une vie commune plus ancienne. Par ailleurs, les témoignages que l'intéressé verse aux débats, dont le nombre et le contenu sont très limités, n'attestent pas d'une insertion particulière sur le territoire français et de l'existence d'un réseau amical constitué par M. A. De plus, le requérant n'apporte aucun élément tangible de nature à établir qu'il participerait activement à l'éducation et à l'entretien de l'enfant de Mme B, les différentes photos produites, non datées pour l'essentiel, et ses propos peu circonstanciés ne pouvant caractériser une telle participation.
10. En outre, en se bornant à se prévaloir de différentes activités professionnelles exercées illégalement sans autorisation de travail et de son apprentissage de la langue française, M. A, qui ne réside en France que depuis moins de six ans, ne peut être regardé comme établissant avoir créé, dans ce pays, des liens suffisamment intenses et durables.
11. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de Mme B.
12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ".
14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
15. M. A, qui est resté sur le territoire français malgré l'expiration de son visa qui lui avait été accordé, reconnaît à l'audience ne pas avoir engagé de démarches pour régulariser sa situation, avoir travaillé en intérim à l'aide de faux documents et s'opposer à son retour en Tunisie, ainsi qu'il l'a au demeurant indiqué lors de son audition en date du 5 février 2024. Enfin, aucun passeport ni document d'identité n'a été remis aux services de police par M. A. L'intéressé se trouve ainsi dans la situation où le risque qu'il se soustrait à une décision d'éloignement peut être regardé comme établi et où, donc, en application des dispositions des articles L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 2°, 4°, 7° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, un étranger peut être obligé de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire.
16. En outre, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors que cette décision, ainsi qu'il a été dit précédemment, n'est pas illégale.
17. Par suite, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
18. En premier lieu, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors que cette décision, ainsi qu'il a été dit précédemment, n'est pas illégale.
19. En second lieu, dès lors que M. A n'a pas fait valoir lors de son audition du 5 février 2024 ou bien même à l'audience, des éléments concernant les menaces ou violence dont il pourrait être victime en Tunisie, le préfet a pu, dans les motifs de sa décision, se limiter à indiquer que l'intéressé ne démontre pas être actuellement, personnellement et directement exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme, visé dans l'arrêté en litige.
20. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () " Aux termes de l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Ils sont motivés. ".
22. Les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile posent le principe d'une interdiction de retour sur le territoire français assortissant la décision portant obligation de quitter le territoire français lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, ce qui est le cas en l'espèce. M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire. D'autre part, il ressort des termes mêmes des décisions litigieuses que, pour déterminer la durée de l'interdiction de retour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a tenu compte de la durée et des conditions du séjour de M. A sur le territoire depuis son entrée irrégulière en 2018, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Il a donc examiné l'ensemble des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
23. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le préfet d'Ille-et-Vilaine, en décidant d'assortir son arrêté portant obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour et en fixant la durée de celle-ci à un an, aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou commis une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
24. En outre, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 6 à 11, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 doivent être écartés.
25. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence du 5 février 2024 :
26. M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté l'assignant à résidence par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors que cette décision, ainsi qu'il a été dit précédemment, n'est pas illégale.
27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation des arrêtés du 5 février 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français et l'a assigné à résidence doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
28. L'État n'étant pas la partie perdante, il n'y a pas lieu, de faire droit aux conclusions de M. A tendant à la mise en œuvre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F. BozziLa greffière,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026