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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2400708

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2400708

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2400708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBALLOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 et 14 février 2024, M. A C, représenté par Me Balloul demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 31 janvier 2024 par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et d'effacer son nom du fichier Système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, à lui verser directement en application et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

Sur les décisions dans leur ensemble :

- elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle car aucune pièce au dossier ne vient confirmer qu'il représente une menace pour l'ordre public et il n'a pas été procédé à l'audition de sa conjointe ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, d'une part, au regard de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est parent d'enfant français, il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, et, d'autre part, il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant interdiction de retour de trois ans :

- elle est manifestement disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes,

- les observations de Me Balloul, représentant M. C, qui reprend les écritures et demande qu'une audition de Mme D puisse être faite à l'audience par téléphone. Cette audition n'a cependant pas été jugée utile dès lors que Me Balloul a fait part de l'intégralité des éléments qu'elle aurait pu apporter au cours de l'audience ;

- les explications de M. C ;

- et les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité algérienne est entré en France en juillet 2016, à l'âge de quinze ans, muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour, a bénéficié d'une prise en charge par l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur non accompagné et s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la période de validité du 27 février 2017 au 26 octobre 2019 du document de circulation dont il bénéficiait à ce titre, sans avoir effectué aucune démarche de régularisation au regard de son droit au séjour. Le 10 mai 2021 le préfet du Rhône a édicté à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire de deux ans qui a été confirmée par le tribunal administratif de Lyon le 17 mai 2021 puis par la cour administrative d'appel de Lyon le 29 septembre 2022. Entre temps, le 10 juillet 2021, il a fait l'objet d'une décision d'assignation à résidence qu'il n'a pas respectée puis, le 9 février 2023, d'un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai édicté par le préfet de la Mayenne. Sur la base de cette mesure, il a été placé en rétention administrative à Oissel, d'où il se serait évadé. Il ressort de sa fiche pénale qu'il a été condamné, d'une part, par jugement du 9 décembre 2022 du tribunal correctionnel de Laval, pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, récidive et menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et menace de mort avec ordre de remplir une condition et menace de mort avec ordre de remplir une condition, commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et dégradation ou détérioration de bien destiné à l'utilité ou la décoration publique, à une peine de 10 mois d'emprisonnement dont 5 mois avec sursis probatoire de 2 ans révoqué en totalité par jugement du juge d'application des peines du tribunal judiciaire de Laval du 22 mai 2023, d'autre part, par jugement en date du 17 juin 2022 du tribunal correctionnel de Laval, pour vol, à une peine de 35 heures de travaux d'intérêt général (TIG) à faire dans un délai de 18 mois ou à défaut à une peine de 2 mois d'emprisonnement qui a été mise en exécution avec maintien en détention par jugement du juge d'application des peines du tribunal judiciaire de Laval du 22 mai 2023 pour inexécution du TIG et enfin par jugement du 21 juillet 2023 du tribunal correctionnel de Laval pour soustraction en réunion à une rétention administrative d'un étranger à peine de 3 mois d'emprisonnement délictuel avec maintien en détention. Par un arrêté du 31 janvier 2024 dont M. C demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions contestées, qui visent l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et indiquent notamment que M. C s'est maintenu sur le territoire national sans être titulaire d'un titre de séjour et qu'il ne peut justifier ni d'un hébergement ni d'attaches stables et établies sur le territoire national, et que suite au jugement du tribunal correctionnel de Laval du 9 décembre 2022, contrairement à ses déclarations, il est interdit de paraître au logement de sa conjointe victime de ses agissements violents et ne justifie pas d'une quelconque participation à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Elles précisent que la présence de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public, dès lors qu'il a fait l'objet de plusieurs condamnations et qu'il n'a pas respecté les obligations mises à sa charge par l'autorité judiciaire à titre de peine et que le risque de récidive et de réitération demeure important. Dans ces conditions, les décisions attaquées comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

3. En second lieu, alors même qu'il n'a pas procédé à l'audition de la compagne de M. C, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine se soit abstenu de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle du requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ()5°) Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche pénale de l'intéressé, comme exposé au point 1 que M. C a été condamné à trois reprises à des peines finalement commuées à des peines d'emprisonnement fermes de 10, 2 et 3 mois. Dès lors le préfet n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant en faisant application de la disposition précitée de l'article L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / ()5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

7. Si M. C soutient contribuer à l'entretien et l'éducation de la fille qu'il a eu avec Mme D, ressortissante française, le 16 septembre 2022, toutefois, il ne justifie pas d'une quelconque participation à l'entretien ou à l'éducation de son enfant. Par ailleurs, suite au jugement du tribunal correctionnel de Laval du 9 décembre 2022, il a été interdit de paraître au logement de sa conjointe victime de ses agissements violents et ne justifie d'aucune visite ni d'aucun appel de sa fille en prison. S'il soutient que cette interdiction aurait été levée par une décision de la Cour d'appel d'Angers, en tout état de cause, il n'en justifie pas. Par suite, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas, en obligeant M. C à quitter le territoire français, méconnu les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. C déclare vivre en concubinage avec une ressortissante française, toutefois, comme exposé au point 7, il ne justifie pas qu'il ne serait plus interdit de paraître au logement de sa conjointe, ni qu'il aurait des échanges de courriers avec cette dernière comme il le prétend, ni qu'il participerait à l'entretien ou à l'éducation de son enfant. Par ailleurs il ne déclare pas avoir d'autre famille en France et ne démontre pas être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine où résiderait le reste de sa famille. Enfin, il ressort des pièces du dossier, que M. C a fait l'objet de trois condamnations à des peines finalement commuées à des peines d'emprisonnement fermes. Dans ces conditions, la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, le requérant, qui ne vit pas avec sa fille et qui est séparé de sa mère, n'établit pas contribuer à son entretien et son éducation, ni entretenir avec elle des liens réguliers. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant.

Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour de trois ans :

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7, 9 et 11 du présent jugement, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni pris une décision disproportionnée en interdisant à M. C de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 31 janvier 2024 par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

Le magistrat désigné,

G. Descombes La greffière,

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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