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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2400735

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2400735

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2400735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantTOUCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 février 2024, M. B E, représenté par Me Touchard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 700 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision l'assignant à résidence attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des droits de la défense dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations préalablement à son intervention ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- les observations de M. C, représentant le préfet du Morbihan.

M. E n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant guinéen né le 4 janvier 1987, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. M. E justifiant avoir déposé une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle le 14 février 2024, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Morbihan du 31 août 2022, le préfet de ce département a donné délégation à M. F I, directeur de la citoyenneté et de la légalité et à Mme H G, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité, à l'effet de signer notamment les décisions d'assignation à résidence. Ce même arrêté prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. I et de Mme G, la délégation de signature qui leur est accordée sera exercée notamment par Mme A D, attachée d'administration et signataire de l'arrêté attaqué, dans le cadre exclusif des attributions du bureau des étrangers et de la nationalité. Dès lors qu'il n'est pas allégué et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. I et Mme G n'étaient ni absents ni empêchés lorsque l'arrêté litigieux a été signé, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision d'assignation à résidence contestée comporte l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions précitées de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition de M. E à la gendarmerie de Ploërmel du 9 février 2024, que l'intéressé a été entendu ce jour et qu'il a été spécifiquement interrogé sur les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français, ainsi que sur sa situation personnelle et familiale en France et dans son pays d'origine. M. E a alors eu la possibilité, au cours de cette audition, de faire connaître ses observations utiles et pertinentes de nature à influer sur la décision attaquée. En outre, il n'est pas établi que l'intéressé aurait disposé d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la décision contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure. Dans ces conditions, la procédure suivie par le préfet du Morbihan, qui n'a pas privé M. E de son droit d'être entendu, n'a pas porté atteinte aux droits de la défense. Par suite, ce moyen doit en tout état de cause être écarté.

7. En quatrième lieu, si M. E soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son parcours, de sa composition familiale et de son état de santé, il ne se prévaut d'aucun élément circonstancié de nature à démontrer ses allégations. Les pièces qu'il produit ne permettent pas davantage d'établir une telle erreur manifeste d'appréciation, tant s'agissant de la mesure d'assignation que des modalités de contrôle de cette dernière. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I.- L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. E, a fait l'objet le 11 décembre 2023 d'un arrêté du préfet du Morbihan, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été contesté, lui portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il est constant qu'il n'a pas exécuté cette mesure d'éloignement alors que le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré. Dès lors, en application des dispositions citées au point précédent, le préfet du Morbihan avait la faculté de prononcer à l'encontre de M. E une assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'une erreur de droit au motif qu'aucun risque de fuite n'est établi ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet du Morbihan a prononcé son assignation à résidence doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. E demande au profit de son conseil au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Les conclusions de la requête présentées à ce titre doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. RenéLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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