lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2401478 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | COHADON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2024, M. B A, représenté par Me Cohadon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine portant assignation à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'attente du réexamen de sa situation ;
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués sont entachés d'un vice d'incompétence ;
- les arrêtés attaqués sont entachés d'insuffisance de motivation ;
- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- le refus de lui accorder un délai de départ de volontaire méconnaît les 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté portant assignation à résidence est disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Le Roux, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Roux,
- les observations de Me Perès, avocate commise d'office, représentant M. A, qui reprend ses écritures en les développant et ajoute que la décision est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen complet de sa situation notamment en ce que le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est abstenu de prendre en compte son souhait de terminer son master 2 qui ne nécessite plus que trois mois de présence en France, et que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée,
- les explication de M. A,
- et les observations de M. D, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né en 1983 et de nationalité algérienne, est entré régulièrement sur le territoire français le 7 août 2022. Il a sollicité le 14 août 2022 auprès du préfet du Tarn la délivrance d'un titre de séjour étudiant. Par un arrêté du 12 septembre 2022, ce préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par jugement du 17 mai 2023, dont il a fait appel, le tribunal administratif de Toulouse a confirmé la légalité de cet arrêté. Par deux arrêtés du 14 mars 2024 dont M. A demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an, et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
2. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation, selon arrêté du 11 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme E C, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, référente régionale, et signataire des arrêtés attaqués, aux fins de signer, notamment, les décisions d'éloignement et d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.
Sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, pour fixer le pays de renvoi et pour l'interdire de retour pour une durée d'un an. Cet arrêté rappelle notamment que M. A n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre le 12 septembre 2022 et qu'il travaillait illégalement au moyen d'une fausse carte d'identité italienne. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de ce que le préfet n'a pas tenu compte de son parcours universitaire et de la circonstance qu'une durée supplémentaire de trois à six mois de présence en France lui permettrait de terminer sa deuxième année de master, toutefois l'acte en cause mentionne que le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant. Dès lors, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ainsi que du défaut d'examen complet de la situation du requérant ne peuvent qu'être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ()4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement sur le territoire français, qu'il est en possession d'un passeport algérien en cours de validité et qu'il a seulement déclaré lors de son audition le 14 mars 2024 par la police nationale qu'il contesterait l'obligation de quitter le territoire français qui pourrait être prise à son encontre. Par conséquent, la décision qu'il attaque repose sur des faits matériellement inexacts et il ne rentre pas dans les prévisions du 1°, du 4° ou du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le préfet d'Ille-et-Vilaine fait également valoir en défense lors de l'audience publique que M. A s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Or le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur ce motif, lequel pouvait, compte tenu du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, légalement fonder la mesure en litige. Par suite, et dès lors que le requérant n'a été privé d'aucune garantie procédurale, il y a lieu d'accueillir la demande de substitution de motifs. Il s'ensuit que le moyen invoqué doit être écarté.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 621-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ".
7. En l'espèce, le déroulement des études de M. A sur le territoire français ne saurait constituer des circonstances humanitaires permettant l'absence d'édiction d'une interdiction de retour. Dans ces conditions, au regard des circonstances relatives aux conditions de séjour de M. A rappelées aux points 3 et 5, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu prendre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'arrêté portant assignation à résidence :
8. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
9. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et rappelle notamment que M. A fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire du même jour, que l'intéressé n'a pas remis son passeport ou tout autre document de voyage aux services de police ou de gendarmerie, que la mise à exécution de la mesure d'éloignement, demeure une perspective raisonnable et que l'intéressé entre ainsi dans les prévisions du 1° de I article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent son assignation à résidence. Si le requérant se prévaut de ce que le préfet n'a pas tenu compte de son parcours universitaire et de son souhait de terminer sa deuxième année de master, toutefois, en ne regardant pas ces éléments que l'intéressé a indiqué lors de son audition par la police le 14 mars 2024 comme étant de nature à faire obstacle à la décision d'assignation à résidence prise à l'encontre de M. A, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressé. Eu égard, à ce qui vient d'être dit, il y a également lieu d'écarter le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et du caractère disproportionné de cette mesure.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P. Le Roux La greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026