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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2401881

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2401881

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2401881
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 avril 2024, M. A B, représenté par Me Rochard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé l'Algérie comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Rochard d'une somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) comporte l'ensemble des informations visées à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ; le collège ne s'est pas prononcé sur la durée des soins dont il doit bénéficier et sur la possibilité pour lui de bénéficier de façon effective d'un traitement approprié dans son pays d'origine ; l'arrêté ne permet pas de s'assurer de la régularité de l'avis du collège de médecins et notamment de ce que cet avis comporte les signatures de ses trois membres ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne peut pas bénéficier de façon effective d'un traitement approprié à son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine ; il est inscrit sur la liste nationale des malades en attente d'une greffe de rein, opération qui n'est pas possible en Algérie ; une complication a été constatée, en mars 2024, au niveau de la fistule artério-veineuse utilisée pour l'hémodialyse et une nouvelle fistule doit être créée à son poignet gauche en avril 2024 ;

- la décision lui refusant un titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de son état de santé et de la présence en France de membres de sa famille, dont son frère de nationalité française ;

- la décision fixant l'Algérie comme pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de l'absence de traitement adapté à son état de santé dans ce pays ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée par rapport à sa situation personnelle ; il s'est uniquement maintenu sur le territoire français le temps nécessaire à l'examen de sa demande de titre de séjour ; il dispose d'attaches personnelles en France, n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision de la présidente du bureau d'aide juridictionnelle du 25 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus à l'audience :

- le rapport de M. Albouy, rapporteur.

- les observations de Me Rochard représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B ressortissant algérien né en 1981, est entré régulièrement en France le 24 juin 2022, muni d'un visa de court séjour. Il s'est maintenu sur le territoire français postérieurement à son expiration et a déposé, le 26 septembre 2023, une demande de titre de séjour sur le fondement du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en invoquant son état de santé. Par l'arrêté attaqué du 27 février 2024, le préfet du Finistère a décidé de ne pas faire droit à sa demande, de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé l'Algérie comme pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de délivrance d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ".

3. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence sollicité sur le fondement des stipulations précitées de l'accord du 27 décembre 1968, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer sur sa situation.

4. Par son avis du 31 décembre 2023, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie et voyager sans risque à destination de ce pays. Le préfet du Finistère a repris à son compte cette appréciation dans l'arrêté attaqué. Le requérant conteste cet avis et fait valoir qu'il souffre d'une insuffisance rénale chronique terminale qui le contraint à subir depuis 2017 des séances d'hémodialyse rénale, à raison de trois séances par semaine. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été victime à plusieurs reprises, aussi bien en Algérie qu'en France, de complications causées par les procédés d'hémodialyse mis en œuvre. Il produit un certificat médical établi par le chef d'unité " transplantation rénale " du centre hospitalo-universitaire de Tizi-Ouzou, le 12 mars 2024, indiquant qu'une transplantation rénale à partir d'un donneur vivant apparenté est souhaitable, mais qu'il n'y a pas de donneur vivant dans la famille du requérant et qu'une transplantation à partir d'un donneur décédé n'est pas praticable en Algérie, ainsi qu'un courrier de l'agence de la biomédecine, du 12 janvier 2024, antérieur à la décision attaquée et postérieur à l'avis du collège des médecins de l'OFII, l'informant de son inscription sur la liste nationale des malades en attente de greffe. M. B établit par la production de ce dernier document que son état de santé nécessite le recours rapide à une greffe de rein et par les autres documents produits que la réalisation de cette intervention, en Algérie, dans un délai compatible avec son état de santé, présente un caractère hypothétique dès lors qu'elle nécessiterait de trouver préalablement, en dehors de sa famille, un donneur vivant volontaire compatible. Par suite, il est fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un certificat de résidence méconnaît le 7 de l'article 6 de l'accord du 27 décembre 1968 et, pour ce motif, à en obtenir l'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celle des autres décisions comprises dans l'arrêté attaqué du 27 février 2024.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :

5. Le motif pour lequel le tribunal annule l'arrêté du 27 février 2024 implique que le préfet du Finistère délivre à M. B un certificat de résidence lui permettant de séjourner en France le temps nécessaire à la transplantation rénale dont il doit faire l'objet et à son suivi immédiat. Il est enjoint au préfet du Finistère de délivrer à M. B, dans un délai d'un mois, un tel certificat.

Sur les frais de l'instance :

6. M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par la décision du 25 avril 2024 visée ci-dessus, son conseil peut valablement invoquer les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Rochard, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rochard de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet du Finistère a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé l'Algérie comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère de délivrer à M. B un certificat de résidence lui permettant de séjourner en France le temps nécessaire à la transplantation rénale dont il doit faire l'objet et à son suivi immédiat dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Rochard la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de cet avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Finistère et à Me Rochard.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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