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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2401887

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2401887

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2401887
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 avril 2024, M. A B, représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de territoire à son encontre d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre à cette autorité, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Buors d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- cet arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît les articles L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- le jugement n° 2000912 du 18 septembre 2020 du tribunal ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Ambert a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien déclarant être né le 7 mars 2001 et être entré irrégulièrement en France en 2018, a été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance du 15 janvier 2018 du procureur de la République près le tribunal de grande instance d'Auch. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 14 février 2020 qui n'a pas été exécutée. Le 21 septembre 2023, M. B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 5 mars 2024, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de territoire à son encontre d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, le signataire de l'arrêté litigieux, secrétaire général de la préfecture du Finistère, a reçu, par arrêté du 26 février 2024 publié au recueil des actes administratifs du département du Finistère du 1er mars 2024, délégation du préfet à l'effet de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exclusion de la réquisition du comptable public. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet du Finistère a pris la décision attaquée. Le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.

5. En troisième lieu, l'arrêté attaqué mentionne que M. B déclare être né le 7 mars 2001 et être entré irrégulièrement en France en 2018, que M. B a été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance du 15 janvier 2018 du procureur de la République près le tribunal de grande instance d'Auch et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 14 février 2020 qui n'a pas été exécutée. Il mentionne également que le passeport que M. B a présenté à l'occasion d'une demande de visa en 2016 afin de rendre visite à son père indique comme date de naissance le 11 juin 1996. Si M. B soutient que le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors qu'il se trompe sur son identité, l'arrêté attaqué s'est borné à rappeler ces éléments, qui ont été relevés par le jugement n° 2000912 du 18 septembre 2020 du tribunal, ainsi d'ailleurs que cela est rappelé dans l'arrêté attaqué. Au regard de ces éléments, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement en France en 2018, est célibataire et sans enfant à charge. Il a été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance du 15 janvier 2018 du procureur de la République près le tribunal de grande instance d'Auch et a bénéficié d'un contrat jeune majeur. Il a obtenu le 9 juillet 2021 un certificat d'aptitude professionnelle de carreleur mosaïste délivré par le recteur de l'académie de Rennes. M. B soutient être titulaire d'une promesse d'embauche en contrat de travail à durée indéterminée d'une entreprise de maçonnerie. Ces seuls éléments ne constituent néanmoins pas des motifs exceptionnels ou humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit ainsi être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " d'une durée d'un an. () ".

9. M. B soutient qu'un titre de séjour aurait dû lui être délivré dès lors qu'il justifie d'un emploi dans un métier en tension, la maçonnerie. Il ne ressort toutefois d'aucune pièce du dossier que M. B ait exercé un emploi de maçon pendant une durée d'au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant à charge. S'il soutient être entré en France en 2018 et avoir démontré sa volonté de s'insérer à travers sa scolarisation, son obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle de carreleur mosaïste le 9 juillet 2021 et sa prise en charge au titre d'un contrat de jeune majeur, ces seuls éléments ne sont pas de nature à démontrer de fortes attaches en France. L'éloignement du requérant ainsi que l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux années ne portent ainsi pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement en France en 2018 et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 14 février 2020 qui n'a pas été exécutée. Pour les motifs énoncés au point 11, il ne justifie pas d'attaches importantes en France. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que le requérant et son conseil demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à A B, au préfet du Finistère et à Me Buors.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

A. AmbertLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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