jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402072 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | RAYMOND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 avril 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 15 avril 2024, M. B A, représenté par Me Raymond, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 avril 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre à cette autorité de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, au besoin sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Raymond d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle n'est pas motivée et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il encourt des risques en cas de retour contraint dans son pays et qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- il conteste avoir reçu l'arrêté du 8 février 2024 cité par le préfet auquel l'arrêté litigieux est adossé ;
- la durée de deux ans est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Terras, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Terras,
- les observations de M. A assisté de M. F, interprète en langue kurde,
- les observations de M. C, représentant le préfet des Côtes-d'Armor.
La clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant turc né le 23 avril 2002, interpellé le 9 avril 2024 lors d'un contrôle routier, fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an prise par le préfet des Côtes-d'Armor le 8 février 2024. Constatant qu'il ne justifiait pas avoir déféré à cette mesure d'éloignement, le même préfet a pris à son encontre l'arrêté litigieux du 10 avril 2024 par lequel il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par sa requête, M. A en demande l'annulation.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes du 1er alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions en annulation :
3. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
4. En premier lieu, la décision est signée par Mme D E, directrice de cabinet du préfet qui avait reçu délégation du préfet des Côtes-d'Armor, selon arrêté du 12 juin 2023, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, aux fins, notamment, de signer durant les permanences du corps préfectoral, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et ne révèle aucun défaut d'examen particulier de la situation du requérant. Le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, si le requérant soutient ne jamais avoir reçu la précédente obligation de quitter le territoire français du 8 février 2024, le préfet verse au dossier l'accusé de réception qui montre que le pli a été " avisé et non réclamé " le 17 février 2024.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. En l'espèce, M. A allègue qu'en cas de retour en Turquie, il sera exposé à des traitements inhumains ou dégradants, notamment parce qu'il a n'a pas rempli ses obligations militaires en Turquie. Toutefois, il ne démontre par aucune pièce la réalité des risques qu'il soutient encourir et n'est donc pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".
10. Si M. A se prévaut d'avoir une majorité de sa famille en France, il n'en justifie pas alors qu'il n'évoque dans ses écritures comme dans ses observations orales à l'audience que la présence d'un oncle qui l'hébergerait et qu'il s'est déclaré célibataire et sans enfant auprès des services de police qui l'ont interrogé. Le moyen doit être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France en novembre 2021, a déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français par arrêté du 5 décembre 2022 dont le tribunal a confirmé la légalité. Ses demandes d'asile ont été rejetées trois fois par la Cour nationale du droit d'asile. Il a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français le 8 février 2024 à laquelle il n'a pas déféré. Il est entré récemment en France et ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Dans ces conditions, l'intéressé n'établit pas que le préfet aurait méconnu les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Côtes-d'Armor.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F. TerrasLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026