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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2402371

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2402371

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2402371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantVAILLANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, M. B A, placé en centre de rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français à son encontre pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu

- l'ordonnance du 27 avril 2024 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. A pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ambert, conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ambert,

- les observations de Me Oueslati, représentant M. A, qui expose les moyens développés dans la requête ; elle soutient également que l'arrêté méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 28 de la directive n 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ; elle soutient en outre que l'arrêté méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle conclut, à titre subsidiaire, à l'annulation de l'arrêté attaqué en tant seulement qu'il prononce une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ; elle demande enfin d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'État le versement à son profit d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

- et les explications de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

1. Il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le signataire de l'arrêté litigieux, M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe, a reçu, par arrêté du 9 avril 2024 publié au recueil des actes administratifs du département de la Sarthe du même jour, délégation du préfet à l'effet de signer tous arrêtés, décisions et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe, à l'exception des propositions à la Légion d'honneur et à l'ordre national du Mérite. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet de la Sarthe a pris la décision attaquée. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 28 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres : " 1. Avant de prendre une décision d'éloignement du territoire pour des raisons d'ordre public ou de sécurité publique, l'État membre d'accueil tient compte notamment de la durée du séjour de l'intéressé sur son territoire, de son âge, de son état de santé, de sa situation familiale et économique, de son intégration sociale et culturelle dans l'État membre d'accueil et de l'intensité de ses liens avec son pays d'origine. () 3. Une décision d'éloignement ne peut être prise à l'encontre des citoyens de l'Union, quelle que soit leur nationalité, à moins que la décision ne se fonde sur des motifs graves de sécurité publique définis par les États membres, si ceux-ci : / a) ont séjourné dans l'État membre d'accueil pendant les dix années précédentes () ". Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant roumain, séjourne en France depuis plus de trois mois à la date de l'arrêté attaqué. Il ne justifie remplir aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'établit pas, par des pièces jointes au dossier, en remplir les conditions. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a fait l'objet de cinq condamnations pénales entre 2007 et 2023. Il a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 5 octobre 2007 à une peine d'un an d'emprisonnement assortie d'une amende de 3 000 euros à titre de peine principale et à une interdiction judiciaire du territoire pendant une durée de trois ans à titre de peine complémentaire pour des faits de faux : altération frauduleuse de la vérité dans un écrit, obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation et aide à l'entrée ou au séjour irrégulier d'étrangers en France ou dans un État partie à la convention de Schengen en bande organisée. Il a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 26 juin 2015, à une peine de huit mois d'emprisonnement assortie d'une amende de 10 000 euros pour des faits d'exécution d'un travail dissimulé. Il a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 30 juin 2016 à une peine d'interdiction de diriger, gérer, administrer ou contrôler toute entreprise commerciale, artisanale, agricole et toute personne morale pendant une durée de quinze ans. Il a été condamné, par un jugement du 15 mai 2023 du tribunal correctionnel de Lyon, à une peine de huit mois d'emprisonnement, aménagée sous la forme d'une détention à domicile sous surveillance électronique, pour des faits de direction, gestion ou contrôle d'une entreprise commerciale, artisanale, d'une exploitation agricole ou d'une personne morale, malgré l'interdiction judiciaire, abus de biens ou de crédit d'une SARL par un gérant à des fins personnelles et banqueroute : détournement ou dissimulation de tout ou partie de l'actif. Il a été condamné, par un jugement du 5 septembre 2023 du tribunal judiciaire de Lyon, à une amende de 500 euros assortie d'une interdiction de conduire un véhicule à moteur pendant une durée de trois mois pour des faits de délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre. Au regard de ce qui précède, le préfet de la Sarthe n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni l'article 28 de la directive n° 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, ni commis une erreur manifeste d'appréciation en édictant l'arrêté attaqué. Le moyen doit ainsi être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A soutient être en situation de concubinage depuis une vingtaine d'années avec une ressortissante de nationalité française. Il indique également avoir un état de santé fragile et être hébergé, dans le cadre de sa détention à domicile sous surveillance électronique, par sa cousine médecin. Il joint au dossier une attestation datée du 26 avril 2024 de la personne avec laquelle il soutient être en situation de concubinage et plusieurs documents médicaux relatifs à son état de santé. Toutefois, par ces seuls éléments, M. A n'établit pas justifier de liens intenses, stables et durables en France. Ainsi qu'il a été dit au point 4, M. A a fait l'objet de cinq condamnations pénales entre 2007 et 2023. Au regard de ce qui précède, l'éloignement du requérant ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". M. A soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de son état de santé et de ses problèmes cardiaques. Il joint au dossier sa carte de mobilité inclusion et diverses pièces médicales. Toutefois, par les seules pièces produites, M. A n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants dès lors qu'il ne démontre pas que son état de santé serait incompatible avec un éloignement vers son pays d'origine et qu'il ne pourrait bénéficier de soins appropriés à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que le requérant et son conseil demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Sarthe.

Lu en audience publique le 30 avril 2024.

Le magistrat désigné,

signé

A. AmbertLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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