vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2402700 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mai 2024, Mme C A, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'elle renonce dans ce cas à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la compétence de l'auteur de l'arrêté portant assignation à résidence n'est pas établie ;
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- les modalités de l'assignation à résidence sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle souffre de problèmes au genou qui rendent difficile tout déplacement tel que ceux imposés par l'obligation de pointage mise à sa charge deux fois par semaine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grenier, vice-présidente, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grenier,
- les observations de Me Berthaut, substituant Me Le Strat, représentant Mme A, qui relève que Mme A a des problèmes de santé qui sont connus de la préfecture. Elle a des difficultés de déplacement qui sont justifiées par les pièces médicales produites. Les modalités de l'assignation à résidence ne sont pas adaptées à ses difficultés. Il y a une montée pour accéder à la direction zonale de la police aux frontières. Mme A renonce au moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui relève qu'il n'a pas été saisi des difficultés médicales de Mme A pour l'assignation à résidence. Le déplacement en transport en commun est possible. Mme A peut solliciter un aménagement des modalités de présentation en produisant les certificats médicaux. Aucun certificat médical n'interdit la marche. La mesure contestée n'est pas destinée à prévenir un risque de fuite mais à préparer l'éloignement de Mme A ;
- les observations de Mme A, assistée d'un interprète, qui fait valoir qu'elle veut rester en France pour travailler. Elle pensait que l'opération au genou lui ferait du bien mais tel n'a pas été le cas. Elle a été interpellée alors qu'elle quittait l'hôpital.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 30 mars 2023 devenu définitif, le préfet de police de Paris a obligé Mme A, ressortissante nigériane née le 10 mai 1989, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté du 13 mai 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Mme A demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). ". Selon l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
4. L'arrêté portant assignation à résidence vise l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle la mesure d'éloignement édictée à l'encontre de Mme A. Il précise que son éloignement demeure une perspective raisonnable, mais qu'elle ne justifie d'aucun domicile en France et qu'il y a ainsi lieu de l'assigner à résidence dans un hôtel dont une chambre est mise à la disposition de l'administration. Il mentionne également les obligations de présentation de Mme A aux services de la direction zonale de la police aux frontières et les heures auxquelles elle est contrainte de rester sur son lieu de résidence. Cet arrêté, qui a pour seul objet d'organiser l'éloignement de Mme A à destination du Nigéria, n'avait pas à mentionner sa situation privée et familiale ou les problèmes de santé dont elle souffre au genou. L'arrêté attaqué énonce, par conséquent, les considérations de droit et de fait qui le fonde et est suffisamment motivé.
5. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen suffisant de la situation de Mme A. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait informé les services préfectoraux, avant son édiction, de ses problèmes au genou et de leur incidence sur sa faculté à se déplacer. Le moyen d'erreur de droit entachant l'arrêté attaqué en l'absence d'examen suffisant de la situation de Mme A doit, en conséquence, être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en vertu d'un arrêté du 30 mars 2023 du préfet de police de Paris qu'elle n'a pas exécutée. Elle est titulaire d'un passeport valide, qu'elle a d'ailleurs remis aux autorités françaises. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que son éloignement ne constituerait pas une perspective raisonnable. En outre, justifiant de garanties de représentation propres à prévenir qu'elle se soustraie à l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire française, Mme A a été assignée à résidence, mesure moins contraignante qu'un placement en centre de rétention.
7. En dernier lieu, si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.
8. Il ressort des pièces du dossier et notamment des pièces médicales produites par la requérante, que Mme A souffre de problèmes au genou gauche. Selon un compte-rendu de consultation du service orthopédie traumatologie du centre hospitalier universitaire de Rennes du 19 mars 2024, la rotule ne bouge pas et les mobilités sont nulles. Un certificat du 23 avril 2024 d'un médecin du service de chirurgie orthopédique de l'assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) qui assure son suivi indique qu'elle souffre de limitations fonctionnelles importantes notamment pour la flexion. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A doit se présenter, deux fois par semaine, en dehors des jours fériés ou chômés, aux services de la direction zonale de la police aux frontières de Saint-Jacques-de-la-Lande, alors qu'elle est assignée à résidence dans un hôtel de Rennes, situé 24 rue Antoine Joly, soit, depuis son lieu d'assignation à résidence, un trajet de cinquante minutes environ par les transports en commun avec de la marche. Dans ces conditions, les modalités de l'assignation à résidence en litige portant obligation de pointage à la direction zonale de la police aux frontières de Saint-Jacques-de-la-Lande les mardi et jeudi à dix-sept heures sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des problèmes de mobilité particulièrement importants dont souffre Mme A.
9. Il résulte de tout ce qui précède que l'article 2 de l'arrêté attaqué du 13 mai 2024, qui astreint Mme A à se présenter les mardi et jeudi à dix-sept heures à la direction zonale de la police aux frontières de Saint-Jacques-de-la-Lande doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Strat, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Strat de la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'article 2 de l'arrêté attaqué du 13 mai 2024 est annulé.
Article 3 : L'État versera à Me Le Strat, avocate de Mme A, la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Gaëlle Le Strat et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 17 mai 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. GrenierLa greffière,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026