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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2402935

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2402935

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2402935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS CLAISSE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2024, Mme D C, représentée par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou la mention " étudiant " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans ce même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cissé d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le signataire du refus de séjour est incompétent ; le refus de séjour est insuffisamment motivé ; le droit d'être entendu, tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ; en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'elle avait obtenu une promesse d'embauche avant l'expiration de sa carte de séjour temporaire portant la mention " création d'entreprise ou recherche d'emploi ", le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ; dès lors qu'elle a obtenu un diplôme d'expert digital le 22 décembre 2023 et qu'elle dispose de revenus suffisants, le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiante, d'autant qu'il a fondé sa décision uniquement sur l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée ; le droit d'être entendu, tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'incompétence ; elle viole les articles L. 211-1 à L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que son droit d'être entendue n'a pas été respecté ; cette décision repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Jouno et les explications de Mme C ont été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'annulation du refus de séjour :

1. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A B, attaché principal d'administration de l'Etat, adjoint à la cheffe de la division de la rédaction et des examens spécialisés, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté du 18 mars 2024 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

2. En deuxième lieu, les décisions comprises dans l'arrêté litigieux comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En troisième lieu, il résulte de l'arrêt Mukarubega (C-166/13) du 5 novembre 2014 de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui ne s'adresse qu'aux institutions, organes et organismes de l'Union européenne et non pas à ses Etats membres, ne peut être utilement invoqué à l'appui de conclusions dirigées contre les décisions comprises dans l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel que garanti par cet article, est donc inopérant.

4. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " autorise l'étranger à exercer une activité professionnelle salariée jusqu'à la conclusion de son contrat ou l'immatriculation de son entreprise. ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, la requérante n'était détentrice que d'une promesse d'embauche, consentie par un agent public, pour l'exercice de missions devant être exécutées sous sa responsabilité au sein de la structure publique qui l'emploie, alors d'ailleurs qu'aucun élément ne tend à révéler que cette promesse d'embauche aurait été approuvée par l'autorité compétente au sein de cette structure publique. Dans ces circonstances, et en l'absence de tout élément de nature à caractériser une recherche effective d'emploi ou une démarche de création d'entreprise, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation, lui refuser la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ".

6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante a terminé son cursus académique et n'entreprend plus d'études. Par conséquent, c'est, en tout état de cause, sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante, sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour, à la supposer invoquée, doit être écartée.

8. En deuxième lieu, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français, de l'insuffisance de motivation et de la violation du droit d'être entendu, protégé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés par les motifs énoncés respectivement aux points 1, 2 et 3 ci-dessus.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France en 2020 pour y poursuivre ses études. Il n'est pas établi que, depuis lors, elle ait noué en France des attaches personnelles d'une particulière intensité. Ainsi, c'est sans méconnaître l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet a décidé de l'éloigner du territoire.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

11. En deuxième lieu, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français et de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés par les motifs énoncés respectivement aux points 1 et 9 ci-dessus.

12. En troisième lieu, la requérante soutient que la décision fixant le pays de destination viole les articles L. 211-1 à L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, relatifs à la motivation des actes administratifs, dès lors que son droit d'être entendue n'a pas été respecté. Toutefois, faute d'être intelligible, un tel moyen ne saurait être regardé comme étant assorti des précisions nécessaires à l'examen de son bien-fondé.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Cissé et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. JounoL'assesseur le plus ancien,

signé

E. Albouy

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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