mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2403082 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juin 2024 Mme C A, représentée par Me Béguin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 du préfet du Morbihan portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 € par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour ou à tout le moins de réexaminer sa situation et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Tronel,
- les observations de Me Béguin, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
1. Le préfet du Morbihan a donné délégation, selon arrêté du 29 août 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 31 août suivant, à Mme B cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
2. S'agissant du refus de délivrance d'un titre de séjour, il ressort des motivations de l'arrêté contesté que le préfet du Morbihan mentionne les considérations de droit fondant ses décisions. Le préfet précise par ailleurs que Mme A, de nationalité congolaise, est irrégulièrement entrée en France le 26 juillet 2019 et que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par les instances d'asile le 15 mars 2022. Il indique que sa demande de titre de séjour pour motif médical a été refusée par un arrêté pris par ses soins le 29 mars 2022, faisant par ailleurs obligation à l'intéressée de quitter le territoire français dans le délai d'un mois et que les recours déposés par Mme A contre cet arrêté ont été rejetés par le tribunal administratif de Rennes le 3 juin 2022 puis pour la Cour administrative d'appel de Nantes le 6 mars 2023. L'arrêté ajoute que Mme A s'est soustraite à cette mesure d'éloignement. Le préfet indique que Mme A a déposé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais que l'intéressée, qui a conclu un pacte civil de solidarité le 19 mai 2022 avec un ressortissant français, ne démontre pas, par un avenant au contrat de location daté du 26 décembre 2023, de l'ancienneté de sa communauté de vie avec son partenaire. Le préfet ajoute que Mme A ne justifie pas davantage de son insertion dans la société française dès lors qu'elle est sans emploi et sans ressource et n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent ses cinq enfants nés d'une précédente union. Le préfet précise qu'eu égard à l'ancienneté de son séjour, la requérante ne justifie pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires permettant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, il indique que Mme A entre dans les prévisions du 1° de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permet le refus de la délivrance d'un titre de séjour à tout étranger n'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et délais prescrits par l'autorité administrative. S'agissant de l'obligation faite à Mme A de quitter le territoire français, le préfet rappelle les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressée ne fait état d'aucune circonstance particulière justifiant l'octroi d'un délai supérieur de 30 jours ou l'exposant à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Morbihan mentionne précisément les éléments de fait et de droit sur lesquels il se fonde pour prendre l'arrêté contesté. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
3. Il résulte de la motivation précédemment exposée que contrairement à ce que soutient Mme A, le préfet a procédé à un examen suffisant de sa situation particulière.
4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui () dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /
L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Mme A fait valoir qu'elle a conclu un pacte civil de solidarité le 19 mai 2022 avec un ressortissant français, qu'elle s'investit dans le monde associatif et bénéficie d'une promesse d'embauche dans une association. Cependant, ainsi qu'il a été précédemment exposé, Mme A, qui n'a pas satisfait à une précédente mesure d'éloignement, séjourne irrégulièrement en France où elle est entrée en 2019. En outre, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 46 ans et où résident ses cinq enfants. Par suite, en refusant le titre de séjour sollicité par Mme A sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit doit être écarté.
6. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de Mme A doivent également être écartés.
7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
8. En présence d'une demande de régularisation, présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
9. D'une part, ni la situation familiale de Mme A telle que précédemment décrite, ni son état de santé dont il ressort des pièces du dossier qu'il ne s'est pas aggravé depuis le refus de titre séjour qui lui a été opposé le 29 mars 2022, ni la promesse d'embauche versée à l'instance qui ne précise pas le poste que l'intéressée a vocation à occuper, ne permettent d'établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen présenté en ce sens doit, dès lors, être écarté.
10. Aux termes de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issu de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative () ".
11. Mme A soutient que le préfet a commis une erreur de droit en faisant application de cet article pour une obligation de quitter le territoire français édictée antérieurement à son entrée en vigueur. Toutefois, à supposer ce motif erroné, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur les seuls autres motifs de sa décision.
Sur les conclusions d'injonction sous astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions d'injonction sous astreinte doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. L'État n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, les conclusions tendant à ce que soit mis à sa charge à hauteur de 1 800 € les frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, où siégeaient :
M. Tronel, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le président rapporteur,
Signé
N. Tronel L'assesseur le plus ancien,
Signé
F. Terras
La greffière,
Signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026