mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2403122 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | METAIS-MOURIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 19 juin 2024, la société Aluminium Menuiserie Chaudronnerie Pliage (AMCP), représentée par la Selarl Arès, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) avant-dire-droit, d'enjoindre au centre communal d'action sociale (CCAS) de Pontivy de lui communiquer les informations manquantes relatives au rejet de son offre et de différer la signature du marché de onze jours, à compter de la réception de ces informations ;
2°) d'annuler la procédure de publicité et de mise en concurrence afférente au lot n° 6 " menuiseries extérieures alu et PVC " de l'opération de construction d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ;
3°) de mettre à la charge du CCAS de Pontivy la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la lettre de rejet de son offre ne respecte pas les exigences de motivation, résultant des dispositions des articles R. 2181-1, R. 2181-3 et R. 2181-4 du code de la commande publique ; elle ne précise notamment pas le prix global de l'offre de la société attributaire, pas davantage que les caractéristiques et avantages de cette offre, au titre du critère de la valeur technique ; le tableau d'analyse des offres transmis par le CCAS de Pontivy en cours d'instance est totalement occulté, s'agissant des parties relatives à l'analyse de la valeur technique de l'offre de la société attributaire ; aucune information relative aux caractéristiques et avantages de l'offre retenue ne lui a donc été communiquée ;
- la méthode de notation mise en œuvre est illégale ; les documents de la consultation définissent deux méthodes de notation contradictoires ; l'article 5 du règlement de la consultation annonce une échelle de notation de quatre niveaux, qui n'est pas linéaire (les niveaux deux et trois allant respectivement de 1 à 5 et de 6 à 10, quand le niveau quatre va de 11 à 20, pour les sous-critères notés sur 20 points), et qui n'est pas cohérente, selon le nombre de points sur lequel chaque sous-critère est évalué ; le cadre de mémoire technique, indiqué comme constituant un support pour le pouvoir adjudicateur pour juger de la qualité de l'offre, prévoit une grille d'évaluation très différente, constituée de cinq niveaux de notation, dont la mise en œuvre n'aboutit pas aux mêmes notes ni au même classement ; le pouvoir adjudicateur ne peut légalement prévoir deux méthodes de notation différentes ; ce manquement aux principe de transparence est susceptible de l'avoir lésée ;
- la méthode de notation prévue à l'article 5 du règlement de la consultation est irrégulière ; l'absence de linéarité dans l'échelle de notation implique une décorrélation manifeste entre les appréciations littérales et les notes retenues ; l'attribution de la note de 11/20 au sous-critère technique " qualité des moyens humains " implique que son offre a été considérée comme " très pertinente " ; la note est en contradiction avec l'appréciation littérale ; l'échelle de notation prive de portée le sous-critère ou neutralise sa pondération, conduisant à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2024, le CCAS de Pontivy, représenté par Me Manhes, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société AMCP la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la lettre de rejet de l'offre de la société AMCP et les éléments d'information transmis satisfont aux exigences des dispositions du code de la commande publique ;
- le pouvoir adjudicateur peut librement fixer une méthode de notation, étant seulement astreinte à respecter la méthode ainsi fixée, ce qui a été fait, en l'espèce ; il pouvait légalement établir des plages ou fourchettes de notation sur la base d'une appréciation qualitative des offres ; la méthode permettait bien d'attribuer la meilleure note à la meilleure offre ; le cadre du mémoire technique constitue une simple grille d'évaluation, portée à titre indicatif ; seule la méthode de notation indiquée dans le règlement de consultation était à prendre en considération ; en tout état de cause, l'évaluation des offres selon cette grille lui reste défavorable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, la société Fraboulet, représentée par la Selarl ACM, conclut au rejet de la requête et ce que soit mise à la charge de la société AMCP de la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors que la candidature de la société AMCP est irrecevable ; la société AMCP n'a que trois années d'existence et ne peut donc a priori justifier des références exigées par le règlement de la consultation, au cours des trois dernières années ; en outre l'attestation de vigilance URSSAF n'a pas été transmise ;
- les motifs de rejet de son offre ont été transmis à la société AMCP, ainsi que les caractéristiques et avantages de l'offre retenue ;
- la méthode de notation, dont la communication aux candidats est facultative, ne doit pas être discriminatoire et ne doit pas mettre en œuvre des éléments d'appréciation sans lien avec les critères évalués ; elle doit en outre ne pas conduire à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre ; elle peut ne pas être linéaire, dès lors qu'elle n'a pas pour effet de priver de porter les critères ou de neutraliser leur pondération ; ces principes ont été respectés ;
- le règlement de la consultation prévoit la méthode de notation qui a été seule mise en œuvre ; le cadre de mémoire technique prévoit une simple méthode d'appréciation des sous-critères, qui ne constitue pas en soi une méthode de notation ; en tout état de cause, elle n'a pas été mise en œuvre ; cette information n'a donc pas pu léser la société AMCP.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 20 juin 2024 :
- le rapport de Mme Thielen ;
- les observations de Me Collet, représentant la société AMCP, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes moyens développés et soutient notamment que :
* il maintient le moyen tiré de l'insuffisante information quant aux caractéristiques et avantages de l'offre retenue ;
* l'appréciation des mérites respectifs des offres n'est pas critiquée, pas davantage que ne l'est le choix de mettre en œuvre une notation par plage de notes ;
* est en revanche irrégulier et contraire au principe de transparence le fait d'annoncer deux méthodes de notation différentes, contradictoires entre elles ;
* la mise en œuvre de la seconde méthode de notation annoncée aurait eu une incidence sur les notes attribuées : s'agissant notamment du sous-critère technique noté sur 20 points, l'écart aurait été de cinq points et non seulement de un, avec l'appréciation littérale attribuée de " très pertinente " ;
* la méthode de notation mise en œuvre l'a été irrégulièrement, dès lors que les notes et les appréciations littérales sont dissociées ; l'appréciation " très pertinente " permet d'attribuer une note de 11 à 20/20, ce qui laisse une marge de manœuvre trop importante au pouvoir adjudicateur, sur le sous-critère le plus important ; l'absence de linéarité affecte la pondération des sous-critères ;
* la société AMCP a été lésée, dès lors que les notes auraient été différentes, à son avantage, si la seconde méthode de notation avait été mise en œuvre ; la présentation de son offre n'en aurait en revanche pas été modifiée ;
* le pouvoir adjudicateur a contrôlé les candidatures et n'a pas estimé celle de la société AMCP irrecevable ; la circonstance qu'elle soit de création récente n'est pas rédhibitoire ; en toute hypothèse, la société existe en réalité depuis une trentaine d'années, ayant été racheté il y a trois ans à la barre du tribunal ; elle emploie 15 salariés et fait un chiffre d'affaires d'environ 2,8 millions d'euros ;
- les observations de Me Manhes, représentant le CCAS de Pontivy, qui persiste dans ses conclusions écrites, par la même argumentation et fait également valoir que :
* le rejet de l'offre de la société AMCP est motivé et les éléments d'information communiqués comportent ceux requis, s'agissant des caractéristiques et avantages de l'offre retenue ;
* la méthode de notation est régulière ; a été mise en œuvre celle publiée dans le règlement de la consultation ;
* la méthode mise en œuvre, par paliers, permet d'attribuer la meilleure note à la meilleure offre ; la méthode par paliers n'exclut pas des notes intermédiaires, en fonction de l'appréciation fine des mérites des offres ;
* la deuxième méthode publiée dans le mémoire technique n'en est pas une ; aucune ambiguïté ne pouvait exister dans l'esprit des sociétés candidates et aucune n'a d'ailleurs posé de question ;
* la reconstitution proposée par la société AMCP raisonne par palier brut, sans notes intermédiaires, qui ont pourtant été attribuées ;
* il n'est pas établi, ni même allégué par la société AMCP, que la présentation de son offre aurait été différente ;
* l'annulation de la procédure ne pourrait être prononcée qu'au stade de l'analyse des offres ;
- les observations de Me Metais-Mouriès, représentant la société Fraboulet, qui persiste dans ses conclusions écrites, par la même argumentation et fait également valoir que :
* la candidature de la société AMCP est irrecevable ; elle ne justifie pas des capacités professionnelles pour assurer l'exécution du marché ; elle requiert la mobilisation de dix salariés, soit l'effectif total de la société ; le montant du marché représente presque la moitié de son chiffre d'affaires ; les références déclarées sont identiques sur les trois dernières années ;
* son offre était peut-être non conforme, s'agissant de la question des joints ;
* l'information des candidats est suffisante au regard des exigences du code des marchés publics ;
* une seule méthode de notation a été publiée et mise en œuvre ; la seconde annoncée n'en est pas une et n'a pas été mise en œuvre, de sorte que l'information n'a été source d'aucune ambiguïté et n'a pas davantage influencé la procédure ; aucune question n'a été posée en cours de procédure ;
* la mention de cette méthodologie d'appréciation de la valeur des offres n'a pas influé sur la manière dont les offres ont été présentées ; à supposer qu'il faille en faire application, les notes attribuées auraient été identiques ;
* au surplus, l'offre de la société Fraboulet aurait dû obtenir la note de 41 et non 39 sur le critère technique ;
* l'argumentation vise en réalité à contester l'appréciation portée sur les mérites des offres ; le commentaire " très pertinent " n'implique pas la note maximale.
La clôture de l'instruction a été différée en dernier lieu au vendredi 28 juin 2024 à 16 h 00.
Par un mémoire enregistré le 21 juin 2024 à 15 h 36, la société AMCP produit une version complète des éléments constitutifs de son dossier de candidature, pièce non soumise au contradictoire en application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 21 juin 2024 à 15 h 39, la société AMCP persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes moyens et soutient également que :
- l'absence de références relatives à l'exécution d'un marché ne peut justifier à elle-seule l'élimination d'une candidature à l'attribution d'un marché public ;
- la régularité de sa candidature a été contrôlée par le pouvoir adjudicateur ; son offre a au demeurant obtenu une meilleure note que celle de l'attributaire sur les moyens humains ;
- la société AMCP n'est pas nouvelle, malgré une constitution juridique récente ; elle poursuit l'activité d'une société cédée dans le cadre d'une liquidation judiciaire ; ses nouveaux dirigeants ont une expérience très ancienne dans le domaine du bâtiment et travaux publics ; elle justifie d'un chiffre d'affaires pour son dernier exercice comptable représentant cinq fois le montant estimé du marché ; elle a transmis l'ensemble des pièces requises à l'appui d'une candidature à l'attribution d'un tel marché, dont ne fait au demeurant pas partie l'attestation de vigilance URSSAF.
Par un mémoire enregistré le 28 juin 2024 à 13 h 54, non communiqué, la société Fraboulet persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux avis publiés les 20 et 21 février 2024 au bulletin officiel des annonces de marchés publics et au journal officiel de l'Union européenne, le centre communal d'action sociale (CCAS) de Pontivy a lancé la passation, en procédure d'appel d'offres formalisée, d'un marché public de travaux pour la construction d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes. La société AMCP a été informée, le 29 mai 2024, d'une part, du rejet de son offre pour l'attribution du lot n° 6 de ce marché " Menuiseries extérieures ALU et PVC " et, d'autre part, de ce que ce lot serait attribué à la société Fraboulet. Par la présente requête, la société AMCP demande au juge des référés précontractuels l'annulation de la procédure de passation afférente au lot n° 6 de ce marché de construction.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". Selon l'article L. 551-2 du même code : " I.- Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations () ".
3. En vertu des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte, en avantageant une entreprise concurrente.
4. Le règlement de la consultation du marché en litige précise que l'offre économiquement la plus avantageuse sera choisie selon deux critères, prix et valeur technique, pondérés à, respectivement 40 % et 60 %. Ce règlement précise également, en son article 5, que le critère prix, noté sur 40, est apprécié par application d'une formule prenant comme référence le prix global et forfaitaire le moins-disant et que le critère technique, noté sur 60, est subdivisé en cinq sous-critères : qualité des moyens humains au regard des spécificités du chantier et du volume des travaux, noté sur 20, qualité des moyens matériels au regard des spécificités du chantier et du volume des travaux, noté sur 10, méthodologie, noté sur 15, qualité de traitement et limitations des nuisances, noté sur 10, et qualité de gestion des déchets, noté sur 5.
En ce qui concerne la motivation du rejet de l'offre de la société AMCP :
5. Aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". Aux termes de son article R. 2181-3, applicable aux marchés passés selon une procédure formalisée : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. / Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : / 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; / 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1 ". Aux termes de son article R. 2181-4 : " À la demande de tout soumissionnaire ayant fait une offre qui n'a pas été rejetée au motif qu'elle était irrégulière, inacceptable ou inappropriée, l'acheteur communique dans les meilleurs délais et au plus tard quinze jours à compter de la réception de cette demande : [] / 2° Lorsque le marché a été attribué, les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue ".
6. L'information sur les motifs du rejet de son offre dont est destinataire l'entreprise en application des dispositions précitées a, notamment, pour objet de permettre à la société non retenue de contester utilement le rejet qui lui est opposé devant le juge du référé précontractuel saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative. Par suite, l'absence de respect de ces dispositions constitue un manquement aux obligations de transparence et de mise en concurrence. Cependant, un tel manquement n'est plus constitué si l'ensemble des informations, mentionnées aux articles du code de la commande publique précités, a été communiqué au candidat évincé à la date à laquelle le juge des référés statue sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, et si le délai qui s'est écoulé entre cette communication et la date à laquelle le juge des référés statue a été suffisant pour permettre à ce candidat de contester utilement son éviction.
7. Par courrier du 29 mai 2024, le CCAS de Pontivy a informé la société AMCP du rejet de son offre, en lui indiquant le nom de la société attributaire ainsi que les notes attribuées, à son offre et à celle de l'attributaire, sur les deux critères et chacun des sous-critères techniques. Il a complété cette information en transmettant à la société AMCP, le 13 juin 2024, un courrier détaillant les appréciations de son offre sur chaque sous-critère technique, les extraits du rapport d'analyse des offres concernant son offre et celle de l'attributaire, ainsi que son mémoire technique annoté par le pouvoir adjudicateur. S'il est constant que les extraits du rapport d'analyse des offres étaient occultés s'agissant des commentaires portés sur l'offre de la société attributaire, ce document a permis à la société AMCP de prendre connaissance du prix global et forfaitaire proposé par la société attributaire, ainsi que de l'appréciation générale littérale portée par le pouvoir adjudicateur, sur ces deux offres, pour chacun des sous-critères techniques. Ces éléments combinés d'information ont permis à la société AMCP de connaître tant les motifs du rejet de son offre et du choix de l'attributaire que les caractéristiques et avantages relatifs de l'offre retenue. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles R. 2181-3 et R. 2181-4 du code de la commande publique doit, par suite, être écarté et les conclusions avant-dire-droit être rejetées.
En ce qui concerne la régularité de la méthode de notation :
8. Aux termes de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : " Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base d'un ou plusieurs critères objectifs, précis et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution () ". Aux termes de son article L. 2152-8 : " Les critères d'attribution n'ont pas pour effet de conférer une liberté de choix illimitée à l'acheteur et garantissent la possibilité d'une véritable concurrence. Ils sont rendus publics dans les conditions prévues par décret en Conseil d'État ". Aux termes de son article R. 2152-11 : " Les critères d'attribution ainsi que les modalités de leur mise en œuvre sont indiqués dans les documents de la consultation ". Enfin, aux termes de son article R. 2152-12 : " Pour les marchés passés selon une procédure formalisée, les critères d'attribution font l'objet d'une pondération ou, lorsque la pondération n'est pas possible pour des raisons objectives, sont indiqués par ordre décroissant d'importance. La pondération peut être exprimée sous forme d'une fourchette avec un écart maximum approprié ".
9. Pour assurer le respect des principes de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, l'information appropriée des candidats sur les critères d'attribution d'un marché public est nécessaire, dès l'engagement de la procédure d'attribution du marché, dans l'avis d'appel public à concurrence ou le cahier des charges tenu à la disposition des candidats. Dans le cas où le pouvoir adjudicateur souhaite retenir d'autres critères que celui du prix, il doit porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation de ces critères. Il doit également porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation des sous-critères dès lors que, eu égard à leur nature et à l'importance de cette pondération ou hiérarchisation, ils sont susceptibles d'exercer une influence sur la présentation des offres par les candidats ainsi que sur leur sélection et doivent en conséquence être eux-mêmes regardés comme des critères de sélection.
10. Par ailleurs, le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation.
11. Le règlement de la consultation dispose, en son article 5, que le critère technique, noté sur 60, est subdivisé en cinq sous-critères : qualité des moyens humains au regard des spécificités du chantier et du volume des travaux, noté sur 20, qualité des moyens matériels au regard des spécificités du chantier et du volume des travaux, noté sur 10, méthodologie, noté sur 15, qualité de traitement et limitations des nuisances, noté sur 10, et qualité de gestion des déchets, noté sur 5. Il dispose également que " Chacun des sous-critères () sera évalué en tenant compte de leur contenu (pertinence, mise en évidence des particularités du projet, qualités des documents) à l'aide de l'échelle de notation suivante : o Absence de réponse --) 0 / o Réponse très peu pertinente --) 1 à 2 pour les notes sur 5 / 1 à 3 pour les notes sur 10 / 1 à 5 pour les notes sur 15 à 20 / o Réponse classique --) 2 à 3 pour les notes sur 5 / 4 à 7 pour les notes sur 10 / 6 à 10 pour les notes sur 15 ou 20 / o Réponse très pertinente --) 4 à 5 pour les notes sur 5 / 8 à 10 pour les notes sur 10 / 11 à 20 pour les notes sur 15 ou 20. / Les points de chaque sous-critère technique seront ensuite additionnés afin d'obtenir la note technique sur 100 de l'offre de l'entreprise. / Cette note technique sera alors pondérée par un coefficient 0.6, afin d'obtenir la note technique de l'offre sur 60 points ".
12. Le règlement de la consultation dispose par ailleurs en son article 3, portant sur la présentation des offres, que les sociétés devaient présenter leur offre, à peine d'irrégularité, en renseignant obligatoirement le mémoire méthodologique et technique dédié, joint en annexe, ce document étant utilisé par le pouvoir adjudicateur pour juger de la qualité de l'offre.
13. En premier lieu, si le cadre de ce mémoire technique comporte une mention : " grille d'évaluation : 0 % - très insuffisant - absence de réponse ou réponse très incomplète / 25 % - insuffisant - le contenu de l'offre ne répond pas aux attentes / 50 % - moyennement suffisant - l'offre ne répond que partiellement aux attente / 75 % - satisfaisant - l'offre répond aux attentes minimales, mais ne présente aucun avantage particulier / 100 % - très satisfaisant - l'offre répond aux attentes et présente des avantages particuliers ", il résulte de l'instruction qu'il s'agissait là de la grille d'évaluation mise en œuvre pour chaque élément d'appréciation décomposant les sous-critères techniques, sans constituer une méthode de notation alternative et différente de celle publiée dans le règlement de consultation, et effectivement mise en œuvre par le pouvoir adjudicateur pour procéder à l'appréciation de la valeur globale de chaque offre présentée. Il ne résulte ainsi pas de l'instruction que le pouvoir adjudicateur aurait méconnu ses obligations de publicité et de transparence en publiant deux méthodes de notation contradictoires entre elles et en se réservant la possibilité d'appliquer l'une ou l'autre de ces deux méthodes au stade de l'analyse des offres, celui-ci ayant bien mis en œuvre, pour la valorisation finale et globale des offres, la seule méthode de notation publiée dans le règlement de la consultation, ainsi que le confirment les mentions du rapport d'analyse des offres. Il ne résulte au surplus pas davantage de l'instruction, contrairement à ce que soutient la société AMCP, que l'évaluation et le classement des offres auraient été différents, à son avantage, si avait été mise en œuvre, comme méthode de notation, la grille d'évaluation indiquée dans le cadre du mémoire technique, la note globale de la société Fraboulet restant meilleure, sur le critère technique, une fois rectifiée l'erreur matérielle de report de note de cette société, sur le sous-critère technique " qualité de gestion des déchets ". Le moyen tiré de l'irrégularité de la méthode de notation, pris en sa première branche, doit, par suite, être écarté.
14. En second lieu, une méthode de notation ne saurait être irrégulière au seul motif qu'elle n'est pas linéaire s'agissant des différents paliers de notation, entre eux pour un même sous-critère, ou au regard et en fonction du nombre de points sur lequel sont notés les différents sous-critères. À cet égard, et contrairement à ce qui est soutenu par la société AMCP, la non-linéarité des seuils et paliers de notation ne saurait nécessairement impliquer une décorrélation manifeste entre les appréciations littérales et les notes attribuées, dès lors qu'aucun document de la consultation n'exclut que soient attribuées des notes intermédiaires, au regard de l'appréciation portée par le pouvoir adjudicateur sur la valeur des offres, sur chaque sous-critère et, plus précisément, sur chaque point d'appréciation examiné au sein de chaque sous-critère. En particulier, le fait de prévoir qu'un sous-critère noté sur 20 peut être noté de 11 à 20/20 dès lors que l'offre est considérée comme " très pertinente " ne saurait être de nature à neutraliser sa portée, pas davantage qu'à avoir pour conséquence que la meilleure note puisse ne pas être attribuée à la meilleure offre, quand bien même une offre jugée " classique " sur ce point pourrait se voir attribuer la note juste inférieure de 10/20, l'échelle de notation en cause permettant précisément au pouvoir adjudicateur, en présence de différentes offres jugées " très pertinentes ", mais d'inégale valeur entre elles, de moduler les notes attribuées en fonction de leurs mérites respectifs. Enfin, l'argument développé par la société AMCP selon lequel l'attribution à son offre de la note de 11/20 sur le sous-critère technique " qualité des moyens humains " procède d'une nécessaire dénaturation et que son offre, qualifiée de très pertinente sur ce point, aurait nécessairement dû se voir attribuer la note de 15/20 tend, en définitive, à contester l'appréciation portée par le pouvoir adjudicateur sur les mérites de son offre, ce qui ne relève pas de l'office du juge des référés précontractuels. Le moyen tiré de l'irrégularité de la méthode de notation, pris en sa seconde branche, doit, par suite, être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de manquement du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence, les conclusions de la société AMCP tendant à l'annulation de la procédure de passation du lot n° 6 du marché public de travaux pour la construction d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes lancé par le CCAS de Pontivy doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la candidature de la société requérante à la passation d'un tel marché.
Sur les frais liés au litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chaque partie les frais d'instance exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société AMCP est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du CCAS de Pontivy et de la société Fraboulet, présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Aluminium menuiserie chaudronnerie pliage, au centre communal d'action sociale de Pontivy et à la société Fraboulet.
Fait à Rennes, le 16 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
O. ThielenLa greffière d'audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
4
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026