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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403327

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403327

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTHEBAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2024, M. A B, représenté par Me Thébault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter du jugement ou, à défaut, dans le même délai, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de retirer les informations le concernant du système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Thébault d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de séjour est entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière ; le préfet, qui a repris les termes employés par l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, s'est estimé à tort en situation de compétence liée ; il a violé l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade ; il a violé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ; elle repose sur un refus de séjour illégal ; elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée ; elle n'est ni justifiée ni proportionnée et viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Jouno et les observations de Me Vaillant, substituant Me Thébault, représentant M. B, ont été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'annulation du refus de séjour :

1. En premier lieu, les décisions comprises dans l'arrêté litigieux comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

2. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a repris à son compte l'appréciation retenue par le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans l'avis qu'il a émis le 23 janvier 2023, sans pour autant s'estimer lié par cet avis. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence négative ne peut qu'être écarté.

3. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

4. Par l'avis mentionné au point 2, le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a retenu que la pathologie dont souffrait le requérant nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, il a estimé que, eu égard à l'offre de soin en Géorgie et aux caractéristiques du système de santé de ce pays, le requérant pouvait y bénéficier effectivement d'une telle prise en charge médicale. Or, aucun élément versé au dossier ne tend même à suggérer que cette dernière appréciation collégiale, que le préfet a d'ailleurs repris à son compte, serait inexacte. Le moyen tiré de ce que, en reprenant à son compte l'appréciation retenue dans l'avis du collège médical, le préfet aurait violé l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur d'appréciation ne peut donc qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui s'est vu refuser l'octroi d'une protection internationale en France, n'y est entré qu'en 2022 et n'y a jamais travaillé. S'il est accompagné de son épouse, celle-ci y séjourne, comme lui, irrégulièrement. Tous deux, qui ne disposent d'aucun lien personnel ou familial en France d'une particulière intensité, peuvent se réinstaller dans leur pays d'origine, où, ainsi qu'il a été dit au point 3, le requérant a vocation à recevoir les soins adaptés à son état de santé. Dès lors, c'est sans porter atteinte aux droits que le requérant tire de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet lui a refusé le séjour.

6. En cinquième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet s'est livré à un examen complet de la situation du requérant avant de lui refuser le séjour, de l'éloigner à destination de la Géorgie et de lui interdire le retour.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écartée.

8. En deuxième lieu, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté par les motifs énoncés au point 1.

9. En troisième lieu, les moyens tirés du défaut d'examen de la situation particulière du requérant, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés respectivement par les motifs retenus aux points 6, 5 et 4 ci-dessus.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé précis des circonstances de fait qui constituent le fondement de l'interdiction de retour sur le territoire français. De même, les dispositions sur lesquelles cette interdiction repose sont mentionnées de manière univoque. Ainsi, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut de " justification " de cette interdiction doivent être écartés.

11. En second lieu, compte tenu, d'une part, des motifs retenus au point 5, et notamment de l'absence de toute attache en France du requérant à l'exception de son épouse, dont aucun élément ne révèle qu'elle puisse disposer d'un droit au séjour, et, d'autre part, de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, à savoir un an, il n'est pas établi que, dans son principe et son quantum, cette mesure porte au droit que le requérant tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Thébault et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. JounoL'assesseur le plus ancien,

signé

E. Albouy

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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