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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403811

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403811

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2024, M. C A, représenté par Me le Bourhis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet du d'Ille-et-Vilaine a prononcé son transfert aux autorités islandaises responsables de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de l'autoriser à solliciter l'asile en France en procédure normale et de lui délivrer un titre provisoire de séjour dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au profit de son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté litigieux :

- méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- est entaché d'erreur de droit au regard de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'à la date de demande d'asile, il n'avait pas de visa en cours de validité ; le préfet aurait dû faire application de l'article 3-2 du règlement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Grondin, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grondin,

- les observations orales de Me Le Bourhis, représentant M. A, qui se désiste du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013,

- les observations orales de M. A, assisté d'un interprète par téléphone en langue bengali ;

- et les observations orales de M. B, pour le préfet d'Ille-et-Vilaine.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 7 novembre 2003, est entré irrégulièrement en France le 12 février 2024 selon ses déclarations. Le 29 février 2024, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a prononcé son transfert aux autorités islandaises responsables de sa demande d'asile.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. A justifiant avoir présenté une demande d'aide juridictionnelle le 17 juillet 2024 sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions d'annulation :

4. En vertu du paragraphe 1 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, lorsqu'une demande de protection internationale est présentée, un seul Etat, parmi ceux auxquels s'applique ce règlement, est responsable de son examen. Par ailleurs, le chapitre III de ce même règlement comprend les articles 7 à 15 qui fixent, de manière hiérarchisée, les critères de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile. À ce titre, son article 7 précise que la détermination de l'État membre responsable est effectuée sur le fondement de la situation qui existait à la date de l'enregistrement de la première demande de protection internationale introduite par le demandeur auprès d'un État membre, alors que son l'article 12 dispose en son point 2 que " () si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale () ". Enfin, lorsqu'aucun État membre ne peut être désigné sur la base de ces critères, le premier alinéa du paragraphe 2 de l'article 3 prévoit que le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen de cette demande.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, pour estimer que l'Islande était responsable de la demande d'asile de M. A, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur la circonstance selon laquelle ces autorités lui ont délivré un visa de court séjour de type C, en cours de validité. Toutefois, il est constant que si ce visa a été délivré le 22 janvier 2024, soit préalablement à la première demande d'asile du requérant, effectuée en France le 29 février suivant, il n'est en revanche valable qu'à compter du 29 mars 2024. Il en résulte que, à la date de la première demande d'asile de l'intéressé, il ne bénéficiait pas d'un passeport en cours de validité. Dans ces conditions, et alors que le paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dispose que le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen de cette demande, la France est responsable du traitement de la demande d'asile de M. A. Par suite, en prononçant son transfert aux autorités islandaises sur le fondement du 2) de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, le préfet a entaché son arrêté litigieux d'une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui vient d'être dit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 25 juin 2024.

Sur les conclusions d'injonction :

7. Compte tenu du motif d'annulation retenu et en exécution du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'autoriser M. A à solliciter l'asile en France dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés à l'instance :

8. M. A ayant été admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 300 euros au profit de Me Le Bourhis, conseil de M. A, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

DÉCIDE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 25 juin 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine d'autoriser M. A à solliciter l'asile en France dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 4 : L'État versera une somme de 1300 euros à Me Le Bourhis, conseil de M. A, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle reononce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Le Bourhis et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

T. GrondinLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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