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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2403892

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2403892

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2403892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantNESSAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 8 juillet 2024, enregistrée le 8 juillet 2024 au greffe du tribunal, le magistrat désigné du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B.

Par cette requête, enregistrée le 12 juin 2024, M. A B, représenté par Me Nessah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle en l'absence de menace à l'ordre public ;

- le préfet a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il ne participe pas à l'entretien et l'éducation de son enfant ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la légalité de l'arrêté :

1. M. B, de nationalité algérienne, est entré régulièrement en France en 2019 sous couvert d'un visa de court séjour et s'est maintenu en situation irrégulière. Constatant que l'intéressé n'était pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait légalement prendre, par décision du 10 juin 2024 et sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français et fixer le pays de destination de M. B.

2. L'arrêté vise notamment le 2° de l'article L. 611-1 et les articles L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6, L. 612-10 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressé, notamment qu'il s'est maintenu en situation irrégulière après l'expiration de son visa sans être titulaire ou demander un titre de séjour. Le préfet indique que l'intéressé présente un risque de fuite du fait de son maintien en situation irrégulière justifiant l'absence de délai de départ. Il indique également le caractère récent de son séjour, l'absence de lien avec la France, caractérisé par son interpellation pour des faits de violence envers sa compagne et pour usage de stupéfiant, en l'absence de précédente obligation de quitter le territoire français et la menace à l'ordre public qu'il représente et l'absence de circonstance humanitaire. L'arrêté, dans son ensemble, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

3. En se bornant à indiquer que le préfet s'est contenté de reprendre les éléments de son casier judiciaire, M. B ne conteste pas valablement avoir été interpellé pour usage illicite de stupéfiants, conduite en état d'ivresse manifeste, refus d'obtempérer, violence sur conjoint entre 2019 et 2024. Il n'apporte aucun élément sur ces délits et doit être regardé comme constituant une menace actuelle et réelle pour l'ordre public compte tenu de la gravité et de la répétition de son comportement délictueux dans un faible laps de temps. Dans ces conditions, M. B n'établit pas que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

4. En se bornant à produire quelques tickets de caisse et bon d'achats qui ne mentionnent pas les modalités de paiement et quelques photographies le montrant avec son enfant, M. B n'établit pas participer à l'entretien et l'éducation de son enfant dans les conditions prévues par le code civil. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet des Hauts-de-Seine sur ce point doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2019 et s'y est maintenu en situation irrégulière sans chercher à régulariser sa situation. Il est marié et le couple vient d'avoir une enfant. Il n'établit pas cependant participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant et a fait l'objet d'une interpellation pour violences sur conjoint sur laquelle il n'apporte aucun élément. Par ailleurs, ainsi qu'il vient d'être dit, le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, si le préfet des Hauts-de-Seine a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une certaine atteinte, cette mesure doit être regardée comme nécessaire à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, ainsi qu'à la protection des droits et libertés d'autrui. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'établit pas participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant et a fait l'objet d'une interpellation pour violence sur conjoint. Il n'établit pas ne pas pouvoir obtenir une régularisation de sa situation ou des visas pour voir son enfant. Dans ces conditions et au regard de l'ensemble de la situation telle qu'elle vient d'être exposée, M. B n'établit pas que le préfet aurait porté une attention insuffisante à l'intérêt supérieur de son enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. B à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

O. CLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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