mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404518 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LE VERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juillet et 18 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Le Verger, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retourner en France pendant une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- elles n'ont pas été précédées d'un examen complet de sa situation ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entends au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Terras,
- les observations de Me Zaegel représentant M. A,
- et les explications de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant malien né le 25 décembre 1975, a déclaré être entré en France le 18 septembre 2012 sans visa. En 2013, sa demande d'asile ayant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée par un jugement de la Cour nationale du droit d'asile du 4 septembre 2013, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français en date du 4 septembre 2013. Alors qu'il s'est maintenu sur le territoire français, il a, depuis, fait l'objet de deux autres obligations de quitter le territoire français en 2016 et en 2021. Le 15 février 2023, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 avril 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner en France pendant une durée de trois ans.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
2. L'arrêté du 11 avril 2024 mentionne les textes dont il fait application. S'agissant du refus de séjour, il rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. A en France, en septembre 2012 sans visa selon ses déclarations, et les précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre en 2013, 2016 et 2021, qu'il n'a pas exécutées alors que leur légalité a, chaque fois, été confirmée. L'arrêté indique les éléments que M. A fait valoir au titre de son insertion professionnelle, notamment des attestations de l'AFP France Handicap, de la Croix Rouge française et de l'Établissement français du sang, que le préfet a jugées insuffisantes pour caractériser une insertion d'une particulière intensité. Il précise que M. A a produit un contrat saisonnier d'ouvrier agricole qui expirait en juin 2020, une promesse d'embauche dans la même société en 2021 et un contrat de travail à durée indéterminée signé en qualité d'agent de service auprès de la société Net Plus en juillet 2023 qui ne suffisent pas à établir l'existence de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires. Le préfet précise également que, s'il se déclare marié, sa femme et ses trois enfants ne vivent pas en France. Ainsi, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet précise que les craintes invoquées par M. A en cas de retour dans son pays paraissent infondées. La décision de refus de titre de séjour étant suffisamment motivée, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions permettant au préfet d'édicter une telle décision, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, par application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit, en conséquence, être écarté.
3. Il résulte de la motivation précédemment exposée que, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet a procédé à un examen suffisant de sa situation particulière.
4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".
5. M. A fait état de sa présence en France depuis plus de dix ans et soutient qu'il met tout en œuvre pour s'intégrer. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette durée de présence résulte notamment du délai d'instruction de ses différentes demandes au titre de l'asile et du séjour et de la non-exécution des mesures d'éloignement dont il a fait l'objet en 2013, 2016 et 2021. En outre, M. A ne produit aucune pièce justifiant d'une quelconque insertion sociale et n'apporte aucun élément probant permettant d'établir qu'il serait dépourvu d'attaches familiales au Mali, nonobstant la présence en Algérie de sa femme, de nationalité algérienne, et de ses enfants. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit, par suite, être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
7. En se bornant à se prévaloir de sa présence en France depuis 2012, d'une " très bonne intégration sociale " et d'une " insertion professionnelle ", alors qu'il n'a pas exécuté les trois précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et ne peut se prévaloir que d'un contrat à durée indéterminée obtenu en juillet 2023, soit dix mois avant la date de la décision en litige, M. A ne fait état d'aucune circonstance humanitaire ou motif exceptionnel inhérent à sa situation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, en refusant de délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que ces décisions emportent sur la situation personnelle de l'intéressé. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
10. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
12. En se fondant uniquement sur la " succession de décisions non respectées ", il ne ressort pas des termes de la décision en litige que le préfet d'Ille-et-Vilaine ait pris en compte l'ensemble des critères imposés par la loi. Il s'ensuit, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français, que cette dernière décision doit être annulée.
Sur les conclusions d'injonction sous astreinte :
13. L'exécution du présent jugement n'implique ni la délivrance d'un titre de séjour, ni le réexamen de la situation de M. A. Les conclusions d'injonction sous astreinte présentées en ce sens doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de L'État qui n'est pas, dans la présence instance, la partie essentiellement perdante, la somme de 1 500 euros que demande M. A au titre des frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 11 avril 2024 est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une année.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. TerrasLe président,
Signé
N. Tronel
La greffière,
Signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026