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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2404887

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2404887

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2404887
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 août 2024, Mme D E, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État, le versement à Me Le Strat d'une somme de 1 800 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- cette décision est uniquement fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le rejet de sa demande d'asile et en déduisant de son absence de droit au séjour au titre de l'asile qu'il est possible de l'obliger à quitter le territoire le préfet a commis une erreur de droit ; le préfet a commis une seconde erreur de droit dès lors que ni l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ni la Cour nationale du droit d'asile ne se prononcent sur l'application des dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy, rapporteur,

- et les observations de Me Louis, substituant Me Le Strat, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante gabonaise née en 2001, est entrée régulièrement en France le 23 décembre 2019 et s'y est maintenue postérieurement à l'expiration de son visa. Elle a sollicité l'asile le 29 novembre 2021, mais sa demande a été rejetée d'abord par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 22 juin 2022, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 12 juillet 2023. Le 31 juillet 2023, Mme E a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'accompagnante d'un enfant étranger malade, dont l'enregistrement a été refusé au guichet de la préfecture, le 5 décembre 2023, au motif que le dossier de demande était incomplet en l'absence de document établissant la nationalité de l'enfant. Par un arrêté du 23 novembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a assorti cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un jugement du 24 janvier 2024, le tribunal a annulé cet arrêté et enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder au réexamen de la demande F dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour. Par l'arrêté attaqué du 29 juillet 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé au réexamen de la situation de la requérante et a décidé de l'obliger une nouvelle fois à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

2. Mme E justifie du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle, sur laquelle il n'a pas déjà été statué. Par suite, il y a lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ".

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".

5. L'arrêté attaqué énonce les motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est estimé fondé à prendre les décisions le composant et notamment l'obligation de quitter le territoire en application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de sa motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, le préfet d'Ille-et-Vilaine a légalement fondé l'obligation de quitter le territoire, en application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur la circonstance que l'asile a été définitivement refusé à Mme E par la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 juillet 2023. Il n'a porté une appréciation sur le risque éventuel qu'elle courrait en cas de retour dans son pays d'être exposée à des peines ou traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que pour la fixation du pays de renvoi et pour examiner s'il n'existait pas un tel risque faisant obstacle à son éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis deux erreurs de droit en estimant qu'il était possible de l'éloigner dès lors que ses craintes avaient été jugées infondées par l'OFPRA et la CNDA, alors que ni l'OFPRA ni la CNDA ne se prononcent sur l'application des dispositions de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, manque en fait et ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme E n'est présente en France que depuis moins de quatre ans. Arrivée enceinte, elle a donné naissance à son premier enfant, C, le 7 avril 2020, lequel est actuellement scolarisé à l'école maternelle en moyenne section. Elle établit qu'il fait l'objet d'une prise en charge spécialisée en raison de son état de santé et présente des difficultés de langage, justifiant qu'il soit suivi par un orthophoniste depuis le mois de novembre 2022. Il bénéficie également d'un suivi par un ergothérapeute depuis le mois de novembre 2023 et d'une " aide humaine individuelle aux élèves handicapés " depuis le début de l'année 2024. Elle ne produit toutefois aucun élément établissant l'origine et l'importance de ce handicap et la nature et la gravité de l'éventuelle pathologie dont il résulterait et n'établit ni même ne soutient explicitement qu'une absence de prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier au Gabon d'une prise en charge appropriée à son état de santé. Mme E fait également valoir qu'elle vit depuis le mois de novembre 2021, à Saint-Jacques-de-la-Lande, chez M. B A, ressortissant gabonais né en 1973, et que de leur union est né le 2 août 2024, un garçon prénommé Kani, qui a été reconnu par M. B A. Toutefois, elle n'établit pas l'ancienneté de leur relation et de leur vie commune en produisant uniquement une attestation d'hébergement établie le 6 août 2024 par M. A B et une attestation de la même personne, datée du 4 octobre 2024, confirmant ses propos postérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué, alors que le courrier de la Maison départementale des personnes handicapées du 29 janvier 2024 qu'elle produit, lui a été adressé chez Coallia Spada 35 et qu'elle a déclarée à l'état civil, en août 2024, lors de la naissance de son second fils, être domiciliée au 4 rue du Breil à Rennes soit auprès de l'antenne de la Croix-Rouge à Rennes. Elle ne produit par ailleurs aucun élément attestant d'un début d'intégration dans la société française. Si Mme E fait valoir qu'elle a quitté le Gabon, car mariée de force en 2017 à un membre de sa famille, elle a subi ensuite des violences de la part de son époux ainsi que de ses autres épouses, elle ne produit aucun élément confirmant son récit lequel, présenté de façon détaillé devant l'OFPRA et la CNDA, n'a d'ailleurs pas été regardé comme établi. Au regard de l'ensemble de ces éléments et notamment du caractère récent de la présence en France F, et de sa relation avec M. B A, qui partage sa nationalité et qui ainsi peut se rendre librement au Gabon, ainsi que du caractère postérieur à l'arrêté de la naissance de leur enfant, le préfet a pu décider de l'obliger à quitter le territoire français sans porter une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts de cette mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas des circonstances qui viennent d'être rappelées que la décision portant obligation de quitter le territoire a pour la requérante des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. Pour les mêmes motifs et en l'absence, au vu des pièces du dossier, de considérations humanitaires qui pourraient justifier que soit reconnues à Mme E un droit au séjour, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un retour au Gabon aurait pour le fils aîné F, en raison de son état de santé et de son handicap, des conséquences sur sa santé et son développement d'une particulière gravité et d'une nature irréversible. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait omis d'accorder une considération primordiale à l'intérêt supérieur de son fils C. Par ailleurs, elle ne peut pas utilement invoquer les stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant pour contester la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, en se prévalant de la situation de son fils cadet qui est né postérieurement à l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte des points 3 à 10 que les conclusions de la requête F tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. Le présent jugement n'annulant pas la décision portant obligation de quitter le territoire dont Mme E fait l'objet, il n'y a pas lieu d'annuler la décision fixant le pays de renvoi par voie de conséquence.

13. L'arrêté attaqué énonce les motifs de droit et de fait au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est estimé fondé à prendre les décisions le composant et notamment la décision fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de cette décision doit être écarté.

14. L'autorité préfectorale ne s'est pas bornée, dans l'arrêté attaqué, à constater que l'asile avait été refusé à Mme E, mais s'est prononcée sur les craintes exprimées par la requérante d'être exposée, au Gabon, à des peines ou traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au vu non seulement des décisions prises par l'OFPRA et la CNDA, mais également des éléments que la requérante avait pu porter à la connaissance des services de la préfecture. À défaut pour Mme E d'établir que le préfet a omis de tenir compte d'un élément déterminant qu'elle aurait porté à sa connaissance, le moyen tiré du défaut d'examen complet de sa situation ne peut qu'être écarté.

15. Si Mme E soutient qu'un retour au Gabon l'expose à un risque d'être exposée à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les faits dont elle fait état à l'appui de ce moyen, que l'OFPRA, puis la CNDA, ont regardés comme non établis pour l'application du droit d'asile, ne sont appuyés d'aucun élément permettant de retenir une appréciation différente de celle de ces instances, pour l'application de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de cette convention doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

17. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

18. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

19. Alors qu'il est constant que Mme E n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence sur le territoire français ne constitue pas une menace pour l'ordre public, l'autorité administrative a motivé la décision d'interdiction de retour en soulignant uniquement que Mme E est entrée récemment en France, en fait, il y a un peu moins de quatre ans, qu'elle ne justifie pas de l'ancienneté de ses liens avec la France et ne justifie pas de liens familiaux ou personnels en France autre que la présence de son fils aîné. Dans le cadre de la présente instance, elle a ajouté que ses deux enfants nés en France sont encore jeunes et n'ont pas noué d'attaches importantes en France, que les troubles dont souffre son fils aîné et la disponibilité d'un traitement au Gabon ne sont pas établis et que ne sont démontrés ni l'existence d'une relation avec le père de son second enfant ni qu'il entretiendrait avec son fils une relation d'une particulière intensité ou participerait à son entretien et à son éducation. Or ces motifs pris dans leur globalité avec l'absence d'une précédente mesure d'éloignement et l'absence de menace pour l'ordre public ne sont pas de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour prise à l'encontre F, qui est ainsi fondée à en obtenir l'annulation.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :

20. Le présent jugement, qui annule uniquement la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de la requête F présentées aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

21. L'État ne pouvant pas être regardé comme la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par Mme E sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle est accordée à Mme E à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 29 juillet 2024, comprise dans l'arrêté attaqué, par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a interdit à Mme E le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête F est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à Me Le Strat et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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