jeudi 5 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2404996 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | TUYAA BOUSTUGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 août 2024, M. A F B, représenté par Me Tuyaa Boustugue, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2024 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a édicté à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2024 par lequel le préfet du Finistère l'a assigné à résidence ainsi que toutes les mesures prises sur la base de cet arrêté ;
4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été prise en violation des articles 3-1 et 8 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- le préfet n'a pas porté sa propre appréciation ;
- il encourt des risques de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour aux Comores ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- les mesures d'accompagnement sont disproportionnées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Moulinier, premier conseiller, en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Moulinier,
- les observations de Me Le Bourhis, substituant Me Tuyaa Boustugue, représentant M. B, présent, qui expose les moyens développés dans la requête ;
- les explication de M. B,
- les observations de M. D, représentant le préfet du Finistère.
La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Des pièces, présentées pour M. B, ont été enregistrées le 1er septembre 2024 après la clôture d'instruction.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. M. B justifiant du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu, en raison de l'urgence, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté du 22 août 2024 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a édicté à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour obliger l'intéressé, ressortissant de l'Union des Comores né en 1991, à quitter le territoire français. En particulier, il fait état de ce que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 26 avril 2023, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 27 septembre suivant et qu'il pouvait dès lors faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté en litige mentionne également les éléments relatifs à sa situation personnelle, notamment ses déclarations relatives à sa conjointe enceinte et l'enfant dont il aurait la charge.
3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Si M. B se prévaut de son arrivée en France en 2018, de sa relation avec sa compagne Mme E, actuellement enceinte de trois mois, et de la présence de leur enfant C, née le 24 mars 2023 à Brest, toutefois, les simples photographies versées au dossier, non datées, du requérant avec une jeune enfant ou les quelques tickets de caisse ou factures relatifs à des achats pour nourrissons ne suffisent à attester de la réelle contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant C par le requérant. De même, les autres documents photographiques présentant l'intéressé en compagnie d'une femme ne sauraient attester de la vie commune et de l'intensité de leur vie commune. En outre les feuilles de paie produites par le requérant comportent une adresse différente de celle mentionnée sur les documents versés afférents à la situation de Mme E. S'il soutient s'occuper de l'enfant C lors des rendez-vous de suivi obstétrique de Mme E, pour louable que soit ces efforts allégués, ils ne sont pas de nature à remettre en cause ce qui précède. Si en outre et par ailleurs, il fait valoir tenter de s'insérer par le travail, il n'établit n'avoir travaillé que du 21 juin 2023 au 7 août suivant. Au surplus, il n'a jamais bénéficié d'une autorisation de travail. Enfin s'il déclare être arrivé en France courant 2018, il n'établit pas être dépourvu de toute attache en Union des Comores où il a vécu jusqu'à l'âge de ses vingt-sept ans. Dès lors et compte-tenu, également des conditons dans lesquelles M. B a séjourné depuis son entrée en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet a porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale.
6. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. Comme mentionné au point 6 du présent jugement, l'intensité des liens entre le requérant et l'enfant Djawina n'est pas établit. En outre, quand bien même Mme E serait enceinte de l'intéressé, et que le requérant produit un acte de reconnaissance anticipée de paternité en date du 31 août 2024, postérieur à l'acte litigieux, celle-ci titulaire d'une carte de séjour vie privée et familiale valable pour une durée d'un an et de nationalité comorienne, ne démontre pas qu'à terme elle ne pourrait rejoindre M. B, quand bien même le fondement de ce titre serait sa qualité de parent d'enfant français. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte-tenu de l'âge de la fille du requérante, née en 2023 et de l'enfant à naître, le préfet n'aurait pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de ceux-ci en prenant la décision attaquée.
En ce qui concerne la décison fixant le pays de renvoi :
8. Si M. B fait valoir que le préfet se serait estimer lié par la décision de l'OFPRA, aucune de ses déclarations ne vient étayer d'éventuelles nouvelles menaces que celles déjà exposées devant les instances en charge de l'asile. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet, dont rien au dossier ne vient révéler qu'il s'est cru lié par l'appréciation de l'OFPRA ou de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), a pris sa décision en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme E, déjà mère d'un enfant avec le requérant, est enceinte, que M. B a reconnu l'enfant à naître le 31 août 2024, que la naissance de l'enfant serait prévue en février 2025, durant la période de l'interdiction édictée, privant le requérant de la possibilité d'assister à celle-ci. Dès lors et dans les circonstances très particulières de l'espèce, M. B est fondé à soutenir qu'en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation, porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de sa fille ou de son enfant à naître. Il y a lieu, par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français, d'annuler celle-ci.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
11. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). "
12. En premier lieu, l'arrêté comporte la mention des circonstances de droit et de fait qui le fondent, l'autorité administrative n'ayant pas l'obligation de justifier de la nécessité et de la proportionnalité de l'assignation à résidence prise pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
13. En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Le moyen doit donc être écarté.
14. En dernier lieu, en astreignant M. B à demeurer à son domicile entre 6 heures et 9 heures pour une durée de quarante-cinq jours et, en lui imposant de se présenter quotidiennement entre 10 heures et 12 heures aux services de la police nationale de Brest, le préfet n'a pas édicté des mesures qui ne seraient pas nécessaires ou qui seraient disproportionnées. De telles obligations étant au demeurant sans incidences, sur les contraintes médicales de Mme E.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. L'exécution du présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français, n'implique aucune des mesures d'exécution sollicitées. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. L'État n'étant pas, dans la présente instance, la partie essentiellement perdante, les conclusions présentées par M. B au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision d'interdiction de retour pour une durée d'un an sur le territoire français du 22 août 2024 est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A F B et au préfet du Finistère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
Y. MoulinierLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026