vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2405293 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DGR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Déborah Roilette, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions, opposées par un arrêté du préfet du Morbihan pris le 31 juillet 2024, l'obligeant à quitter le territoire français, relative au délai de départ volontaire, fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement, lui interdisant le retour en France pendant une durée d'un an, lui imposant la remise de son passeport et l'obligeant à se présenter, chaque mardi et jeudi à 10h00, au commissariat de Police de Vannes afin d'y indiquer les diligences accomplies dans les préparatifs de son départ ;
3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de procéder, dans un délai de quinze jours, à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Roilette en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté formalisant l'obligation de quitter le territoire français, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français a été signé par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation ;
- cette mesure méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il a été privé d'un délai de départ volontaire et cette décision est entachée d'erreur de droit, d'une méconnaissance de cet article 8 et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination n'est pas suffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen ;
- cette décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ainsi que les articles 1er et 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés ;
- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le préfet du Morbihan demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 15 novembre 2024 à 12h00.
Un mémoire, présenté pour M. B, par Me Roilette, a été enregistré le 27 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 novembre 2024 à partir de 9h15.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est un ressortissant afghan qui est né le 5 février 1999. Il est entré en France le 14 août 2022. La demande d'asile qu'il a présentée au cours du mois d'août de l'année 2023 a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 12 décembre 2023. Le recours qu'il a formé contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a été rejeté le 8 juillet 2024. Par un arrêté du 31 juillet 2024, le préfet du Morbihan a prononcé à l'encontre de M. B une obligation de quitter le territoire français, a pris une décision relative au délai de départ volontaire, a fixé son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France pendant une durée d'un an. Par ce même arrêté, le préfet du Morbihan l'a également obligé à remettre son passeport et à se présenter, chaque mardi et jeudi à 10h00, au commissariat de Police de Vannes afin d'y indiquer les diligences accomplies dans les préparatifs de son départ. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces décisions, y compris celle relative au délai de départ volontaire, estimant que le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé le bénéfice d'un tel délai.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger () lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ", c'est à dire d'un titre de séjour, ou d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour.
5. En premier lieu, l'article R. 613-1 du même code prévoit que le préfet de département est compétent pour prononcer une obligation de quitter le territoire français. Selon l'article 43 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif notamment aux pouvoirs des préfets : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 1° En toutes matières () 7° Aux agents en fonction dans les préfectures, pour les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur () ".
6. L'arrêté du 31 juillet 2024 a été signé, non par le préfet du Morbihan mais "pour le préfet" par Mme D C en qualité de cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité de la préfecture de ce département. Cette autorité signataire bénéficiait, en vertu de l'arrêté du préfet du Morbihan pris le 29 mai 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de ce même département, d'une délégation de signature. Cette délégation permet à Mme C de signer les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de l'arrêté opposant une telle mesure à l'encontre du requérant doit être écarté.
7. En deuxième lieu, en vertu des dispositions combinées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une obligation de quitter le territoire français doit être motivée c'est-à-dire que l'acte formalisant cette mesure doit énoncer les considérations de droit et de fait qui la fondent sans que l'autorité qui l'édicte soit tenue d'y faire état de l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé qui ont été soumis à son appréciation.
8. Il ressort de la lecture de l'arrêté du 31 juillet 2024 que le préfet du Morbihan, d'une part, se réfère aux dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en exposant les raisons pour lesquelles l'intéressé entre dans le champ d'application de ces dispositions, d'autre part, précise les motifs pour lesquels il estime qu'il n'y a pas lieu de ne pas prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation de motivation instituée par les dispositions évoquées au point précédent doit être écarté.
9. En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté du 31 juillet 2024 que le préfet du Morbihan n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de M. B avant de prononcer l'obligation de quitter le territoire français en litige.
10. En dernier lieu, une obligation de quitter le territoire français ne peut être légalement opposée si elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale et méconnait ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou si elle est entachée d'une erreur présentant un caractère manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du ressortissant étranger.
11. Si M. B justifie d'attaches amicales en France, suit des cours de français et exerce une activité caritative bénévole, il ressort également des pièces du dossier qu'il est célibataire, qu'il ne dispose d'aucune attache familiale en France, qu'il ne séjourne dans ce pays que depuis environ deux années à la date de l'obligation de quitter le territoire français en litige et qu'il ne justifie pas, ni même n'allègue, être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine qu'il a quitté à l'âge de 23 ans. Dans ces conditions, en prononçant cette mesure d'éloignement, le préfet du Morbihan n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B. A l'appui de ce dernier moyen, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir des risques qu'il allègue encourir en cas de retour dans son pays d'origine dès lors qu'une obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet, ni pour effet, d'imposer de revenir dans un pays déterminé.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision relative au délai de départ :
12. M. B soutient que la décision relative au départ volontaire méconnait différentes dispositions relatives à l'édiction des décisions privant un ressortissant étranger d'un délai de départ volontaire. Cependant, il résulte de la lecture de l'arrêté du 31 juillet 2024 que le préfet du Morbihan lui a laissé le bénéfice du délai de départ volontaire de trente jours, prévu par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, les moyens évoqués ci-dessus ne peuvent qu'être écartés.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi :
13. En premier lieu, l'arrêté du 31 juillet 2024 pris à l'encontre de M. B vise les articles L. 612-12 et L. 721-3 du même code, relatifs à la décision fixant le pays de renvoi en cas d'exécution d'office d'une obligation de quitter le territoire français. Il indique par ailleurs que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, l'arrêté du 31 juillet 2024 énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
14. En deuxième lieu, après avoir fait état, dans l'arrêté du 31 juillet 2024, de données ressortant de la décision par laquelle le directeur général de l'OFPRA a rejeté la demande d'asile présentée par M. B, et du rejet, par la CNDA, du recours contre cette décision, le préfet du Morbihan y indique que l'intéressé n'a transmis aucun élément de nature à contredire l'appréciation portée par les autorités compétentes pour examiner les demandes d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet du Morbihan n'aurait pas procédé à un véritable examen de la situation de M. B avant de fixer l'Afghanistan comme pays de renvoi doit être écarté.
15. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Selon cet article : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Par ailleurs, en vertu du paragraphe 1 de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, les autorités d'un Etat partie à cette convention ne peuvent pas, en principe, expulser ou refouler un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques.
16. M. B soutient qu'en cas de retour en Afghanistan, il sera exposé à des risques de traitements contraires aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il relate qu'avant sa fuite, il a été recherché par le père de sa compagne, une femme mariée avec laquelle il entretenait une relation extra-conjugale, son père l'ayant dénoncé aux talibans et qu'après sa fuite, ses propres frère et père ont été kidnappés et sa compagne a été assassinée par les talibans. Cependant, ces allégations, qui n'ont pas convaincu les autorités en charge de l'asile, ainsi que le montre en particulier la décision du 8 juillet 2024 rendue par la CNDA, ne sont assorties d'aucun élément de nature à établir la réalité des faits qu'il présente comme étant à l'origine des risques qu'il encourrait en cas de retour en Afghanistan. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie ou la liberté de M. B seraient menacées en cas de renvoi vers ce pays ou qu'il y serait exposé à des traitements contraires aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de cet article, de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, en tout état de cause, des stipulations du paragraphe 1 de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés doivent être écartés.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour en France pendant une durée d'une année :
17. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / () ". L'interdiction de retour en France prononcée à l'encontre de M. B par le même arrêté que celui qui l'oblige à quitter le territoire français a été prise sur le fondement de cet article dès lors qu'il n'est dans aucune des situations évoquées aux articles L. 612-6 et L. 612-7 du même code.
18. Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
19. En premier lieu, l'article R. 721-2 du même code prévoit que le préfet de département est compétent pour prononcer une interdiction de retour en France et en fixer la durée. La délégation de signature mentionnée au point 6 du présent jugement couvre également une telle décision. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire à prendre l'interdiction de retour en France pendant une durée d'un an opposée à M. B ne peut qu'être écarté.
20. En deuxième lieu, pour prononcer une telle mesure, le préfet du Morbihan a fait état dans son arrêté, qui se réfère aux dispositions évoquées au point 16, des données ressortant de la situation de l'intéressé qui sont en lien avec les différents critères d'appréciation devant être pris en considération pour décider d'interdire à un ressortissant étranger le retour en France et fixer la durée de cette interdiction. L'arrêté du 31 juillet 2024 énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui fondent l'interdiction de retour en France pour une durée d'un an prononcée à l'encontre de M. B.
21. En dernier lieu, compte tenu de l'ensemble des éléments mentionnés au point 11 du présent jugement, et en particulier de la circonstance que M. B ne dispose d'aucune attache familiale en France, l'interdiction de retour en France pendant une durée d'un an ne peut être regardée comme portant, au droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte présentant un caractère disproportionné au regard des buts en vue desquels a été prise cette mesure sur le fondement des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le requérant ne critiquent pas directement l'application qui en a été faite à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation des obligations de remise du passeport et de présentation bihebdomadaire auprès du commissariat de Vannes :
22. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. " Selon l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1. "
23. En premier lieu, l'article R. 721-5 du même code prévoit que le préfet de département est compétent pour prendre les décisions mentionnées aux articles L. 721-7 et L. 721-8 de ce code. La délégation de signature mentionnée au point 6 du présent jugement couvre également de telles décisions. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire à les édicter ne peut qu'être écarté.
24. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui se réfère aux dispositions précitées de ces mêmes articles, énonce qu'il convient, afin d'éviter un risque de fuite, d'astreindre M. B à se présenter deux fois par semaine auprès des services de police désignés dans cet arrêté et de remettre son passeport. Dans ces conditions, les décisions en cause, qui imposent des sujétions au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, doivent être regardées comme satisfaisant aux exigences de motivation découlant de cet article et de l'article L. 211-5 de ce même code.
25. En troisième lieu, il ne ressort pas de la lecture de l'arrêté du 31 juillet 2024 que le préfet du Morbihan n'aurait pas examiné les éléments de la situation de M. B avant de lui imposer la double obligation de remettre son passeport et de se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Vannes.
26. En quatrième lieu, ces mêmes décisions ne sont pas privées de base légale dès lors que l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ont été écartés.
27. En dernier lieu, M. B soutient que l'obligation de présentation bihebdomadaire au commissariat de police de Vannes méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en alléguant les contraintes en résultant dans la mesure où il a conclu un contrat à durée indéterminée à temps complet dans le domaine de la restauration. Cependant, aucun contrat de travail n'est produit. Par suite, le dernier moyen soulevé par le requérant ne peut qu'être écarté.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. David Labouysse, président,
M. David Bouju, premier conseiller,
Mme Catherine René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
D. E
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
D. Bouju
La greffière,
signé
É. Fournet
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026