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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405806

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405806

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405806
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationD
Avocat requérantCLAIRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Clairay, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de statuer expressément sur sa demande de titre de séjour enregistrée le 24 décembre 2021 sous le n° AESA062022, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocate contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il a sollicité la régularisation de sa situation administrative au titre de la vie privée et familiale et de l'admission exceptionnelle au séjour, le 24 décembre 2021 ; son dossier de demande a été complété en juillet 2022 et depuis novembre 2022, il est maintenu sous récépissé, régulièrement renouvelé ; de nouvelles pièces lui ont été demandées en octobre 2023, qu'il a immédiatement transmises ;

- sa demande de titre de séjour est instruite depuis presque trois ans, et il ne parvient pas à obtenir une décision de la préfecture ; il est maintenu dans l'incertitude de l'issue de sa demande, ce qui affecte sa situation tant familiale que professionnelle ;

- la mesure est utile dès lors qu'il ne dispose pas d'autre voie de droit pour obtenir une décision de l'administration ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, dès lors que son dossier est encore à l'instruction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite ; si le dossier de M. B n'a toujours pas pu être soumis à la commission du titre de séjour, il bénéficie de récépissés régulièrement renouvelés ; le dernier est valable jusqu'en novembre 2024 ;

- la mesure sollicitée n'est pas utile ; M. B ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer les titres de séjour qu'il sollicite et il ne se prévaut d'aucun élément nouveau dans sa situation ; pour autant, un nouveau rendez-vous lui été fixé pour le 10 octobre 2024 et une décision sera prise à son issue ; il sera décidé de sa régularisation, ou d'une décision de refus, laquelle nécessite toutefois la saisine de la commission du titre de séjour et, le cas échéant, l'examen d'une demande d'autorisation de travail ; il ne pourra être statué sur la situation dans le mois à venir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. M. B justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il y a par suite lieu de l'admettre provisoirement à son bénéfice.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

3. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. S'agissant de la condition d'urgence, il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Si le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3, ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave, la circonstance qu'une décision administrative refusant la mesure demandée au juge des référés intervienne postérieurement à sa saisine ne saurait faire obstacle à ce qu'il fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-3.

5. Aux termes par ailleurs de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code ". Aux termes de son article R. 431-3 : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ". Aux termes de son article R. 431-12 : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () Le récépissé n'est pas remis au demandeur d'asile titulaire d'une attestation de demande d'asile ".

6. M. B, ressortissant tunisien né le 25 décembre 1984 et entré en France, selon ses déclarations, le 13 juin 2006, a sollicité la régularisation de sa situation administrative le 22 décembre 2021. Il a complété son dossier de demande en juillet 2022 puis en octobre 2023 et bénéficie, depuis le 23 novembre 2022, de récépissés d'une durée de trois mois régulièrement renouvelés, l'autorisant à travailler depuis juin 2023, le dernier délivré étant valable jusqu'au 20 novembre 2024.

7. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'instruction de cette demande de régularisation est toujours en cours, le préfet du Finistère faisant au demeurant valoir qu'un nouveau rendez-vous a été fixé à l'intéressé le 10 octobre 2024, pour mettre à jour son dossier et le cas échéant actualiser sa situation et indiquant que la commission du titre de séjour n'a toujours pas été saisie de son dossier.

8. Eu égard au délai de presque trois ans écoulé depuis l'enregistrement de la demande de régularisation de M. B, dépassant, sans aucune justification avancée par le préfet du Finistère, le délai tant légal que raisonnable d'instruction des demandes de titre de séjour, et compte tenu de la précarité de la situation administrative, professionnelle et financière de l'intéressé découlant de son maintien sous récépissé le contraignant, bien que cela garantisse la régularité de son séjour et l'autorise à travailler, à entreprendre des démarches pour en obtenir le renouvellement tous les trois mois, sans aucune certitude quant au succès de la démarche et à la stabilité de sa situation, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme satisfaite.

9. Dès lors, ainsi qu'il a été dit, que le dossier de M. B est maintenu à l'instruction et que le préfet du Finistère s'abstient de prendre une décision, quel qu'en soit le sens, sur sa demande, la mesure sollicitée, tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de statuer expressément sur sa demande et sa situation, présente également un caractère utile, en l'absence, précisément, d'une autre voie de droit lui permettant d'obtenir une telle décision. La mesure ne fait par ailleurs obstacle, par définition, à l'exécution d'aucune décision administrative.

10. La seule circonstance qu'un rendez-vous en préfecture ait eu lieu le 10 octobre 2024 pour actualisation du dossier de M. B et que le préfet du Finistère indique, dans ses écritures en défense, qu'une décision devrait intervenir prochainement ne saurait caractériser une contestation sérieuse, dans la mesure où le service instructeur n'a manifestement jamais accompli les diligences procédurales requises, notamment pour soumettre le dossier de l'intéressé à la commission du titre de séjour, saisine qu'il avait indiquée mettre en œuvre en novembre 2022.

11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Finistère de statuer sur la demande de régularisation de M. B dans un délai qui ne saurait excéder un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

12. M. B ayant été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Clairay, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Clairay de la somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère de statuer sur la demande de régularisation de M. B dans un délai qui ne saurait excéder un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Clairay renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Clairay, avocate de M. B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Clairay et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Finistère.

Fait à Rennes, le 21 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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