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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405905

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405905

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantNOHE-THOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 30 octobre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. B, représenté par Me Nohé-Thomas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2024, modifié par un arrêté du 9 août 2024, par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai, lui a interdit de retourner en France pendant une durée d'un an et l'a obligé à remettre son passeport aux services de la police nationale, 15 rue Colbert à Brest, et à se présenter une fois par semaine à ce même service pour indiquer ses diligences en vue de son départ ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, ou de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le même délai de huit jours et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision lui refusant un titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui la fonde ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision lui interdisant le retour en France durant un an :

- elle est privée de base légale ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision l'obligeant à se présenter chaque semaine à la police :

- elle est privée de base légale ;

- elle est inutile et disproportionnée, dès lors qu'il ne présente aucun risque de fuite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Berthon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, est entré en France le 1er septembre 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valable du 30 août 2019 au 30 août 2020. À l'expiration de ce visa, M. A a obtenu un titre de séjour portant la mention " étudiant ", qui été renouvelé jusqu'au 30 septembre 2022. Par l'arrêté contesté du 2 août 2024, modifié par un arrêté du 9 août 2024, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il demandait sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai, lui a interdit de retourner en France pendant une durée d'un an et l'a obligé à remettre son passeport aux services de la police nationale situés 15 rue Colbert à Brest et à se présenter une fois par semaine à ce même service pour indiquer ses diligences en vue de son départ.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité des décisions refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français :

3. L'arrêté contesté du 2 août 2024, modifié le 9 août 2024, vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et cite les articles L. 435-1 et L. 661-1 (3°) de ce code. Il mentionne les éléments de fait pertinents sur lesquels il se fonde, en particulier ceux qui sont relatifs à la situation administrative de M. A, à sa situation privée et familiale et à son insertion. Il comporte donc les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé.

4. Dès lors que la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était uniquement justifiée par celui-ci en raison de sa situation privée et familiale et que le préfet a longuement examiné cette situation dans l'arrêté contesté, le moyen tiré de ce que cette autorité n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant doit être écarté alors même que le préfet a mentionné par erreur l'article L. 423-23 dans l'arrêté initial du 2 août 2024.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A peut se prévaloir depuis le 10 décembre 2022, ainsi que l'admet d'ailleurs le préfet, d'une vie commune avec une compatriote en situation régulière avec laquelle il a eu un enfant, né le 19 mai 2023. Il est également contant qu'il a exercé régulièrement une activité salariée entre 2020 et 2022, alors qu'il disposait d'un titre de séjour " étudiant ". Toutefois, eu égard au caractère récent de sa vie familiale à la date de la décision contestée et à l'absence de tout élément permettant de penser qu'il ne pourrait pas poursuivre sa vie familiale avec sa compagne et son enfant en Côte-d'Ivoire, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans et où il n'établit pas être sans attaches privées et familiales, l'arrêté contesté n'a pas méconnu les stipulations rappelées au point précédent. Pour les mêmes raisons, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Pour les raisons exposées au point 6, la mesure d'éloignement contestée n'implique pas que M. A soit séparé de son jeune enfant. Cette mesure n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui des conclusions qu'il a dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

10. La décision contestée, qui vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et expose les raisons pour lesquelles M. A peut être renvoyé dans son pays est suffisamment motivée. Il ressort des termes même de cette décision que le préfet a procédé à un examen de la situation particulière du requérant avant de prendre cette décision.

11. Le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les raisons déjà exposées au point 6.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français (). ". Selon l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Enfin, l'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement en France en 2019, qu'il y a résidé depuis sans interruption, y a suivi des études en situation régulière entre 2019 et 2022 et y a exercé une activité professionnelle. Il ressort de ces mêmes pièces que la famille de sa compagne réside en France, le père de celle-ci possédant d'ailleurs la nationalité française. Il est enfin constant que M. A ne menace pas l'ordre public. Dans ces conditions, alors même qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la décision contestée portant interdiction de retour en France durant un an est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit, pour ce motif, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, être annulée.

Sur la légalité de la décision obligeant M. A à remettre son passeport aux services de la police nationale, à Brest, et à s'y présenter une fois par semaine :

14. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui des conclusions qu'il a dirigées contre la décision l'obligeant à remettre son passeport et à se présenter une fois par semaine aux services de police.

15. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".

16. M. A, en se bornant à soutenir qu'il ne présente pas de risque de se soustraire à la mesure d'éloignement prise à son encontre, ne conteste pas utilement la décision contestée du préfet du Finistère, prise sur le fondement des dispositions rappelées au point précédent.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du préfet du Finistère en tant qu'il porte interdiction de retour en France pendant un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

18. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. A doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, l'État n'étant pas la partie perdante au principal, de mettre à sa charge une somme au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 2 août 2024, modifié par un arrêté du 9 août 2024, du préfet du Finistère est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français durant un an.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

E. BerthonL'assesseure la plus ancienne

dans le grade

signé

F. Plumerault

La greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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