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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406004

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406004

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBERTHET-LE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Berthet-Le Floch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 2 octobre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Berthet-Le Floch d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle procède d'un examen incomplet de sa situation et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie d'une vulnérabilité particulière et que sa situation médicale n'a pas été prise en compte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jouno, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jouno,

- les observations de Me Me Berthet-Le Floch, représentant Mme A, présente et assistée d'un interprète, qui retire le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte et soutient que Mme A n'a pas bénéficié d'un interprète lors de l'évaluation de sa vulnérabilité, ni n'a reçu lors de cet entretien l'information exigée par l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relative au risque que les conditions matérielles d'accueil soient refusées.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes des dispositions de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

3. Si la requérante soutient que l'entretien réalisé en application de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne s'est pas déroulé dans une langue qu'elle comprenait, il ressort des pièces du dossier que l'entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité a eu lieu en anglais, langue dont aucune pièce du dossier ne révèle qu'elle ne serait pas comprise par elle, et qu'ainsi, elle a pu obtenir dans cette langue l'information mentionnée à cet article. D'ailleurs, les mentions figurant sur le compte-rendu d'entretien, qui révèlent un échange véritable entre la requérante et l'agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ne sont pas contestées par la requérante. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions dont elle fait application soit notamment l'article L. 551-15 et l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que, sans motif légitime, la requérante n'a pas sollicité l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son arrivée en France. Elle a été prise après qu'un entretien de vulnérabilité eut été mené, le 2 octobre 2024. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

5. En troisième lieu, lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Le 3° de l'article L. 531-27 mentionne la situation dans laquelle, " sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la requérante, entrée en France en mars 2022, n'a présenté sa demande d'asile devant le guichet unique de la préfecture que le 2 octobre 2024, soit plus de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Par ailleurs, elle ne justifie ni n'invoque de motif légitime au sens du 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, elle est au nombre des personnes auxquelles les conditions matérielles d'accueil doivent, en principe, être refusées totalement ou partiellement.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'acte de naissance de la fille de la requérante, daté du 25 septembre 2023, qu'elle est domiciliée 11 square Pierre Merlat à Rennes. Aucun élément du dossier ne tend à révéler que cette adresse n'aurait plus été celle de la requérante à la date de la décision attaquée, alors qu'il n'est pas contesté que celle-ci vit en couple avec son conjoint de même nationalité qu'elle, lequel a été détenteur d'un titre de séjour sur un fondement autre que l'asile, non renouvelé. Dans ces circonstances, et nonobstant l'asthme, dont la gravité n'est au demeurant pas précisée, dont souffrirait la requérante, aucun élément du dossier ne révèle l'existence d'une situation de particulière vulnérabilité devant être prise en compte.

8. Par suite, la décision attaquée ne méconnaît ni les dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni celles des articles L. 522-1 et L. 522-3 du même code, qui imposent de tenir compte de la vulnérabilité des demandeurs. Pour les mêmes motifs, elle ne peut être regardée comme étant entachée d'une erreur quant à l'appréciation de la vulnérabilité de la requérante.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Berthet-Le Floch et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

T. JounoLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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