mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406264 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CABINET DGR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Roilette, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 15 octobre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de lui attribuer une place dans un centre d'accueil pour demandeur d'asile, de mettre à son profit un suivi social et de lui verser rétroactivement l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Roilette d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle ne procède pas d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît la garantie procédurale liée à l'entretien de vulnérabilité, rien ne vient attester que le médecin de l'OFII ait rendu un avis sur sa vulnérabilité ;
- si un entretien de vulnérabilité a eu lieu, il n'est pas démontré qu'il ait été conduit par une personne qualifiée ;
- la décision attaquée est entachée du défaut d'information préalable dans une langue qu'elle comprend des motifs de refus et de cessation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit résultant d'une transposition inexacte et de l'inconventionnalité des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de la directive dite " accueil " ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles L. 551-15 et L. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et l'article 23 de la directive dite " accueil ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Moulinier, premier conseiller, en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Moulinier a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 25 mars 1993, ressortissante mauritanienne, est entrée en France, le 27 juin 2024, a déposé une demande d'asile, enregistrée le 15 octobre 2024. Mme A demande l'annulation de la décision du même jour par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme A démontre avoir déposé une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué. Par suite, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Le 3° de l'article L. 531-27 mentionne la situation dans laquelle, " sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".
4. Il ressort certes des pièces du dossier que la requérante, entrée en France le 27 juin 2024, n'a présenté sa demande d'asile devant le guichet unique de la préfecture que le 15 octobre 2024, soit plus de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucun motif légitime au sens du 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, elle est au nombre des personnes auxquelles les conditions matérielles d'accueil doivent, sauf cas particulier, être refusées totalement ou partiellement.
5. Toutefois, d'une part, si un entretien a été mené, le 15 octobre 2024, il ne ressort pas du compte rendu de celui-ci que la requérante ait été particulièrement interrogée sur le suivi de sa grossesse, alors qu'à cette date elle était enceinte d'environ trois mois, et dont elle avait fait état. Par ailleurs, les motifs de la décision attaquée ne révèlent pas que l'état de grossesse de la requérante ait été pris en compte par l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant que cette décision soit adoptée. De telles circonstances révèlent, eu égard à la nature et à la gravité des troubles de santé dont il s'agit, un défaut d'examen complet de la situation de la requérante.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la requérante, ressortissante mauritanienne, née en 1993, est par ailleurs, mère de trois enfants mineurs âgés respectivement de neuf, sept et quatre ans. Un certificat médical confidentiel établi le 21 octobre 2024 par une sage-femme de la PMI du Morbihan confirme la grossesse de l'intéressée et mentionne une potentielle prise en charge d'un paludisme la concernant. Dans ces conditions, la requérante ne pouvait qu'être regardée comme étant vulnérable. En ne prenant pas dûment en compte cette vulnérabilité, l'OFII a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner le surplus des moyens.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. L'annulation prononcée au point précédent implique seulement que, dans un délai d'un mois à compter du prononcé du présent jugement, l'OFII réexamine la demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil présentée par Mme A en tenant effectivement compte de sa vulnérabilité. Il n'est pas nécessaire d'assortir une telle injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
9. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'OFII une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 15 octobre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de réexaminer la demande de Mme A dans un délai d'un mois à compter du prononcé du présent jugement.
Article 4 : Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Roilette et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
Y. MoulinierLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
4
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026