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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406392

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406392

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406392
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2024, M. A B représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays de destination, et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère d'examiner sa demande d'admission au séjour dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Buors, une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- s'agissant de l'ensemble des décisions comprises dans l'arrêté attaqué :

* l'arrêté a été pris par une personne incompétente, à défaut de justifier d'une délégation de signature ;

* il est entaché d'un défaut de motivation ;

* il est entaché d'un défaut d'examen ;

* il est entaché d'un vice de procédure, l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant été irrégulièrement émis ;

* il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

* elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* le préfet s'est cru lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis de la Cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande d'asile ;

- s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle porte une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le

31 juillet 1993, approuvée par la loi n° 94-532 du 28 juin 1994 et publiée par le décret n° 96-996 du 13 novembre 1996 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Bonniec a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, né en 1999 à Kinshasa, est entré en France le

2 novembre 2022, et a formé une demande d'asile le 20 décembre suivant. Par une décision notifiée le 22 juin 2023, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté cette demande. Le recours formé contre cette décision a ensuite fait l'objet d'une décision de rejet de la Cour nationale du droit d'asile, notifiée le 17 novembre 2023. Puis, M. B a sollicité du préfet du Finistère la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un avis du 15 avril 2024, le collège des médecins de l'Office français de l'Intégration et de l'Immigration (OFII) a précisé que, si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par un arrêté du 26 septembre 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions comprises dans l'arrêté attaqué :

3. En premier lieu, l'arrêté du 26 septembre 2024 a été signé par M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture du Finistère, qui par arrêté du préfet en date du 2 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Finistère du même jour, a reçu délégation à l'effet de signer à l'effet de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exclusion de la réquisition du comptable public. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué, qui en manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, après avoir visé les textes applicables, rappelle le parcours de demandeur d'asile de M. B, prend en considération son état de santé et l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a indiqué que si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine, que son état de santé ne remplit dès lors pas les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour, qu'il est célibataire et sans enfant sur le territoire national, qu'il n'établit pas disposer de lien privé ou familiale en France, qu'il ne dispose pas d'un logement autonome et que son activité en intérim ne lui permet pas de subvenir à ses besoins. Dans ces conditions, le préfet du Finistère a suffisamment motivé son arrêté.

5. En troisième lieu, une telle motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a notamment pris en compte la situation de l'intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen particulier suffisant de la situation de M. B et complet au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a statué expressément sur sa demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 de ce même code, en rejetant sa demande. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'examen, qui manque en fait, doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé/ Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article 6 dudit arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. (). ".

7. Le requérant se prévaut de l'irrégularité de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 11 juillet 2024. Il fait en particulier valoir qu'il n'apparaît pas que le collège des médecins se soit assuré qu'il puisse disposer d'un traitement approprié en République du Congo pour ses problèmes de santé, ni qu'il pouvait voyager sans risque pour sa santé. Il ressort toutefois de l'avis du collège des médecins produit par le préfet du Finistère que ce collège a estimé que si l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il était originaire, y bénéficier d'un traitement approprié et que son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Ce moyen manque ainsi en fait et doit être écarté.

8. En cinquième lieu, pour l'application des dispositions citées au point 6, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. En l'espèce, le préfet a estimé, dans l'arrêté attaqué, que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il était originaire, y bénéficier d'un traitement approprié.

Il ressort des pièces du dossier que le requérant présente des troubles psychiatriques, en l'espèce une " schizophrénie paranoïde compliquée d'un syndrome dépressif réactionnel ". Si le requérant soutient qu'il n'existe pas de traitement approprié en République du Congo, il n'apporte

cependant aucune précision ni aucune pièce au soutien de cette allégation, permettant d'infirmer l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il s'ensuit

que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. M. B fait valoir qu'il manifeste une réelle volonté de passer sa vie en France, où il réside depuis la fin 2022, qu'il est impératif qu'il y poursuive ses soins, que depuis son arrivée il n'a eu de cesse de faire ses meilleurs efforts pour s'insérer, au point de ne plus envisager son avenir ailleurs qu'en France. Il se prévaut également de son travail en tant qu'intérimaire, en joignant quelques bulletins de salaire. Toutefois, il n'est pas établi que M. B serait dépourvu de toute attache familiale ou personnelle dans son pays d'origine, où il n'est pas contesté qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans et il n'apporte pas d'élément probant de nature à démontrer une particulière insertion en France, nonobstant les six mois de travail en tant qu'intérimaire, et son implication en tant que bénévole au Secours Catholique sur l'année 2024, aussi louable soit-elle. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en prenant l'arrêté attaqué le préfet du Finistère aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'existence d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé une demande d'asile

qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du

16 juin 2023. Son recours à l'encontre de cette décision a été rejetée par la Cour nationale du

droit d'asile le 17 novembre 2023. M. B soutient que son renvoi en République du

Congo l'expose à des atteintes à sa vie et à sa santé en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il n'assortit, dans la présente requête, cette allégation d'aucune précision et d'aucune pièce jointe au dossier de nature à remettre en cause l'appréciation portée par la Cour nationale du droit d'asile dans sa décision précitée rejetant son recours. De plus, ainsi qu'il a été dit au point 9, M. B n'établit pas ne pas pouvoir suivre un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

14. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Finistère se serait senti lié par l'avis rendu par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, le 11 juillet 2024, dont il s'est approprié les termes et le sens, ni qu'il n'aurait pas procédé à un examen des risques encourus par le requérant en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de l'erreur de droit sera dont écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6

et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le

territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

16. En premier lieu, eu égard à la faible durée de la présence en France de M. B, à l'absence de lien personnel et familial établi, à sa faible insertion sociale et professionnelle, la décision lui interdisant d'y revenir pendant un an ne peut être regardée, en dépit des circonstances qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence ne constitue pas un risque pour l'ordre public, comme procédant d'une inexacte application des dispositions citées au point précédent.

17. En second lieu, pour les mêmes motifs que développés aux points 11 et 16, le moyen tiré de ce qu'en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an le préfet du Finistère aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de

M. B au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2024, par lequel le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière, et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

20. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que r demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

M. Le Bonniec, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

J. Le Bonniec Le président,

Signé

G. Descombes

Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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