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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2406521

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2406521

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2406521
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantDOLLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 octobre et 6 novembre 2024, M. C B, représenté par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a ordonné son transfert en Suède et l'arrêté du 27 octobre 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a assigné à résidence avec interdiction de sortir de la commune de Saint-Brieuc sans autorisation préfectorale ;

3°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté de transfert a été pris par une autorité incompétente dès lors que l'arrêté du 10 mai 2019 a attribué la compétence exclusive au préfet d'Ille-et-Vilaine pour les demandes d'asile concernant les demandeurs domiciliés dans un département de la région Bretagne ;

- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un défaut d'examen préalable particulier et d'une erreur de droit dans l'appréciation des critères de désignation de l'État membre responsable du traitement de la demande d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il méconnaît l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'arrêté d'assignation à résidence est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'arrêté portant interdiction de sortie de la commune de Saint-Brieuc sans autorisation préfectorale est insuffisamment motivé ;

- cette mesure est excessive dès lors qu'il doit se rendre à des rendez-vous médicaux en dehors de Saint-Brieuc ;

- l'arrêté portant interdiction de sortie de la commune de Saint-Brieuc sans autorisation préfectorale est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'État responsable de leur traitement (métropole) ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fraboulet, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fraboulet,

- les observations de Me Dollé, représentant M. B, présent assisté d'une interprète, qui reprend ses écritures,

- les observations de M. A, représentant le préfet des Côtes-d'Armor.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de transfert :

2. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. () ". Aux termes de l'article L. 751-2 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / () L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. / L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article ou placé en rétention administrative, n'a pas déféré à la décision de transfert dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire peut être à nouveau assigné à résidence en application du présent article. ".

3. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'État responsable de leur traitement (métropole) : " L'annexe II au présent arrêté fixe la liste des préfets compétents pour procéder à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile. À cette fin, les préfets désignés sont compétents pour : 1° Renouveler l'attestation de demande d'asile en application de l'article L. 742-1 du code précité ; 2° Prendre la décision de transfert en application de l'article L. 742-3 du même code ; 3° Assigner à résidence le demandeur en application du I - 1° bis de l'article L. 561-2 du même code et, le cas échéant, prendre les mesures prévues au II de l'article L. 561-2 et aux deuxième et troisième alinéas de l'article L. 742-2 du code précité. Cette annexe précise en outre les départements dans lesquels chacun de ces préfets est compétent ". L'article 3 du même arrêté prévoit que : " par dérogation à l'article précédent, en cas d'interpellation, le préfet compétent pour procéder à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile, prendre la décision de transfert en application de l'article L. 742-3 du code précité et mettre à exécution cette décision est le préfet du département du lieu d'interpellation ". L'annexe II de cet arrêté intitulée : " Préfets compétents pour la détermination de l'état responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée sur le territoire métropolitain " précise " Préfet d'Ille-et-Vilaine : pour les demandes d'asile concernant des demandeurs domiciliés dans un département de la région Bretagne ".

4. Il ressort des termes des décisions attaquées qu'elles sont fondées sur les articles L. 572-1 et L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet des Côtes-d'Armor était compétent pour édicter les mesures contestées en vertu des dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 10 mai 2019 précité dès lors qu'elles ont été prises à la suite de l'interpellation du requérant à Guingamp, situé dans les Côtes-d'Armor, le 27 octobre 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de ces arrêtés devra être écarté.

5. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / 2. L'entretien individuel peut ne pas avoir lieu lorsque : / a) le demandeur a pris la fuite ; ou / b) après avoir reçu les informations visées à l'article 4, le demandeur a déjà fourni par d'autres moyens les informations pertinentes pour déterminer l'Etat membre responsable. L'Etat membre qui se dispense de mener cet entretien donne au demandeur la possibilité de fournir toutes les autres informations pertinentes pour déterminer correctement l'Etat membre responsable avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'Etat membre responsable soit prise () / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, assisté d'un interprète par téléphone, a bénéficié d'un entretien individuel le 25 octobre 2024 et a pu porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des éléments qu'il avait en sa possession avant de signer le compte-rendu de cet entretien. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient l'intéressé, l'agent ayant conduit l'entretien peut être identifié par une signature inscrite en fin de compte-rendu et par le tampon du service de la préfecture en charge de l'accueil de la demande d'asile, établissant l'appartenance de cet agent au service préfectoral chargé des demandes d'asile et, portant, la qualification de cet agent, sur laquelle d'ailleurs il n'a fait aucune remarque en signant son entretien, dans lequel il est expressément indiqué que l'agent est qualifié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant devra également être écarté.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de la vie privée et familiale de M. B, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre son arrêté, aurait entaché la décision litigieuse d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Par ailleurs, le requérant ne se prévaut d'aucun élément de sa situation qui n'aurait pas été examiné par le préfet et qui serait susceptible d'influencer le sens de la décision litigieuse.

8. La circonstance que le requérant aurait été titulaire d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 26 avril 2024 ne fait pas obstacle à une procédure de transfert. Les moyens tirés d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant et d'une erreur de droit doivent donc être écartés.

9. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () ; / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté () à dix-huit-mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ". Aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ".

10. II résulte de la combinaison des dispositions précitées que si l'État membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'État membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'État membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la reprise en charge, dont dispose l'État membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.

11. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'État responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'État responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours.

12. Sans préjudice de ce qui a été dit au point précédent, l'étranger peut demander à l'administration de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et saisir le juge d'un éventuel refus fondé sur l'absence d'expiration du délai de transfert, le cas échéant dans le cadre d'une instance de référé. Il lui est également loisible de contester l'existence d'une cause de prolongation à l'appui d'un recours dirigé contre une mesure prise en vue de l'exécution du transfert, telle qu'un placement en rétention, ou d'une mesure tirant les conséquences du constat de la fuite, telle que la limitation ou la suspension des conditions matérielles d'accueil. Dans ces différentes hypothèses, l'étranger peut ainsi se prévaloir de l'expiration du délai de transfert.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'un premier arrêté préfectoral portant transfert à destination de la Suède le 23 janvier 2024, sur la base d'une acceptation de leur responsabilité par les autorités suédoises acquise le 22 novembre 2023. L'intéressé expose, à l'appui de sa requête, que le délai de six mois a commencé de courir à la date d'acceptation des autorités suédoises de prendre ou reprendre en charge le requérant, soit le 22 novembre 2023, n'a pas été interrompu. Toutefois, il n'est pas contesté que le requérant ne s'est pas présenté aux rendez-vous qui lui ont été fixés les 27 novembre et 21 décembre 2023 par la préfecture d'Ille-et-Vilaine. En outre, il est constant que l'arrêté du 23 janvier 2024 n'a pas été contesté. Par conséquent, le préfet des Côtes-d'Armor pouvait, sans méconnaitre les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, prendre la nouvelle décision de transfert attaquée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté l'assignant à résidence :

14. L'arrêté portant assignation à résidence comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Il résulte de cette motivation que le préfet des Côtes-d'Armor a procédé à un examen suffisant de la situation du requérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant interdiction de sortie de la commune de Saint-Brieuc sans autorisation préfectorale :

15. L'arrêté portant interdiction de sortie de la commune de Saint-Brieuc sans autorisation préfectorale comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

16. Si le requérant soutient que la mesure portant interdiction de sortie de la commune de Saint-Brieuc sans autorisation préfectorale est excessive dès lors qu'il doit se rendre à des rendez-vous médicaux en dehors de cette commune, il n'assortit cette affirmation d'aucun commencement de preuve et d'aucune précision permettant d'apprécier la réalité de la contrainte invoquée alors même qu'il lui suffit de solliciter une autorisation préfectorale pour s'y rendre. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 27 octobre 2024 portant transfert en Suède et assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. B à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Côtes-d'Armor.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

C. FrabouletLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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