jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406844 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DGR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2024, Monsieur A B, représenté par Me Roilette (cabinet DGR Avocats), demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 29 août 2024 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination de sa reconduite et l'a obligé à remettre l'original de son passeport et à se présenter, deux fois par semaine, au commissariat de Lorient ;
3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui remettre une autorisation de séjour durant cet examen ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il n'est pas suffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination :
- elles sont privées de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elles ne sont pas correctement motivées ;
- le préfet a commis une erreur de droit dans son interprétation de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne les mesures de surveillance :
-l'obligation de présentation au commissariat est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2024, le préfet conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Monsieur B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Berthon a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité centrafricaine, est entré en France le 4 septembre 2027 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", délivré le 18 août 2017. Titulaire de titres de séjour en qualité d'étudiant jusqu'en 2020, il a bénéficié à l'issue de son Master d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi et création d'entreprise ", puis d'un titre de séjour portant la mention " entrepreneur " en décembre 2021. Le 27 septembre 2022, il a sollicité auprès de la préfecture du Morbihan un changement de statut. Si le 12 juin 2023, il a déposé une demande d'asile auprès de l'Office français des réfugiés et apatrides, celle-ci a fait l'objet d'une décision de rejet le 7 février 2024, confirmée le 22 février 2024 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 29 août 2024, dont il demande l'annulation, le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et l'a obligé à remettre son passeport et à se présenter deux fois par semaine au commissariat de Lorient.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions en annulation :
3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier de demande de titre de séjour du 27 septembre 2022, que le requérant a invoqué à l'appui de sa demande les articles L. 421-4 et L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais également, ainsi qu'il en justifie, l'article L. 423-23 du même code. Ainsi qu'il ressort des propres écritures du préfet du Morbihan, celui-ci, a pourtant estimé qu'il n'était pas saisi d'une telle demande et s'est donc abstenu de se prononcer sur le droit au séjour de l'intéressé au regard de l'article L. 423-23 du code. Monsieur B est alors fondé à soutenir que la décision lui refusant un titre de séjour est, pour ce motif, entachée d'illégalité.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 29 août 2024 du préfet du Morbihan refusant à M. B un titre de séjour doit être annulée et, par voie de conséquences, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et obligeant l'intéressé à remettre son passeport et à se présenter régulièrement au commissariat.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
6. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Morbihan de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à Me Roilette, avocat du requérant, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à sa mission d'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 29 août 2024 du préfet du Morbihan est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Roilette en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Dans le cas contraire, la somme de 1 000 euros sera versée directement à M. B.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Morbihan et à Me Roilette.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025 à laquelle siégeaient :
M. Berthon, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.
Le président rapporteur,
signé
E. Berthon
L'assesseure la plus ancienne
dans le grade,
signé
M. ThalabardLa greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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