vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2406900 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | SEMINO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Semino, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 18 novembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil rétroactivement à compter du 18 novembre 2024 dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de procéder à un réexamen de sa situation dans un délai de trois jours ;
4°) de mettre à la charge de l'État, pris en la personne de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'un défaut d'examen et d'insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le formulaire d'évaluation de la vulnérabilité ne reprend pas tous les éléments fixés par l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ce qui l'a privé de la garantie de faire valoir tous les éléments de sa vulnérabilité de manière utile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Villebesseix, conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Villebesseix,
- les observations de Me Semino, représentant M. A qui maintient les conclusions de la requête et développe les moyens. Il soulève pour la première fois à l'audience le moyen tiré du vice de procédure au motif qu'il n'est pas établi que l'entretien de vulnérabilité aurait été réalisé par un agent ayant reçu une formation spécifique en méconnaissance de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité mauritanienne est entré en France le 17 avril 2019. Il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 16 juin 2020. Sa demande a été rejetée par la cour nationale du droit d'asile le 28 mars 2023. Le 18 novembre 2024, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. M. A justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Par suite, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". L'article L. 522-3 de ce code dispose que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ". Aux termes de l'article L. 522-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Aux termes de l'article R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. ". Enfin, aux termes de l'article R. 522-2 de ce code : " Si, à l'occasion de l'appréciation de la vulnérabilité, le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ils sont examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. "
4. La décision litigieuse qui vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise qu'après examen des besoins et de la situation personnelle et familiale de l'intéressé, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est totalement refusé au motif qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Ainsi, la décision litigieuse qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui a indiqué spontanément être asthmatique, aurait sollicité, lors de l'entretien de vulnérabilité dont il a bénéficié lors de l'enregistrement de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, l'avis d'un médecin ni produit des éléments médicaux justifiant que ce dernier soit sollicité. Dans ces conditions, il ne ressort ni des termes de la décision du 18 novembre 2024 ni des pièces du dossier et notamment de la seule ordonnance médicale produite par le requérant que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation et notamment pas tenu compte de son état de santé.
6. En troisième lieu, le requérant fait valoir que la fiche d'évaluation de vulnérabilité ne reprend pas l'ensemble des éléments fixés par l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 3 dès lors qu'il ne permet pas d'identifier les personnes victimes de la traite des êtres humains, et les personnes victimes d'actes de tortures ou d'autres formes graves de violences psychologiques. Toutefois, il apparait que cette fiche comporte une rubrique " parcours précèdent l'entrée en France " et une rubrique " Informations complémentaires éventuelles " permettant à l'étranger de faire état de ces situations. Dans ces conditions, il n'apparait pas que le requérant aurait été privé d'une garantie lors de son entretien de vulnérabilité au motif que le formulaire servant de base à cet entretien ne permettrait pas d'identifier l'ensemble des situations de vulnérabilité identifiées par l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, le 18 novembre 2024, lors du dépôt de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, M. A a bénéficié d'un entretien en langue peul, par l'intermédiaire d'un interprète. Cet entretien a été conduit par un auditeur de l'OFII qui a signé la fiche d'évaluation de vulnérabilité et y a apposé le cachet de cet office. Si le requérant soutient qu'il n'est pas établi que cet agent aurait reçu une formation spécifique lui donnant qualité pour mener cet entretien, aucune disposition n'impose que soit portée la mention, sur cette fiche, de l'identité et de la qualification de l'agent qui a conduit l'entretien, lequel en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme un agent habilité ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 3. Par suite, le moyen tiré de ce que cet entretien devrait être regardé comme ayant été mené par un agent n'ayant pas reçu une formation spécifique en méconnaissance de l'article L. 522-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En cinquième lieu, si le requérant fait valoir qu'il souffre d'asthme et de problèmes respiratoires et qu'il ne dispose pas de solution d'hébergement, il apparait qu'il a indiqué au cours de son entretien avoir deux frères sur le territoire et être hébergé parfois chez son grand-frère parfois ailleurs. Par la seule production d'une ordonnance médicale, le requérant ne justifie pas de la situation de vulnérabilité qu'il invoque. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation dans l'application de cet article doivent dès lors être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête sont rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Compte tenu du rejet des conclusions à fin d'annulation, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
J. Villebesseix La greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026