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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407451

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407451

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantZAEGEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Zaegel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français durant un an ainsi que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans les deux mois suivant la notification du jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Zaegel d'une somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée dès lors qu'en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a pas vérifié si sa situation médicale justifiait un droit au séjour et que cette décision ne fait pas état de la demande de réexamen qu'il a déposée le 5 juin 2024 ; l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen et viole l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour les motifs précités ; elle viole l'article 33 de la convention de Genève et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation et viole le 3° de l'article L. 612-2 et le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ; elle repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; elle viole l'article 33 de la convention de Genève et les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; elle souffre d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'assignation à résidence repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jouno, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jouno a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée conformément à l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale a adopté l'arrêté litigieux après un examen complet de la situation du requérant. D'ailleurs, l'arrêté attaqué fait, d'une part, état de la situation médicale du requérant. D'autre part, dès lors que le dépôt par le requérant, le 5 juin 2024, d'une seconde demande de réexamen ne lui conférait, en vertu du c) du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucun droit au maintien, la circonstance que l'arrêté attaqué ne mentionne pas cette seconde demande de réexamen n'est pas révélatrice d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant. Ainsi, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été mené doit être écarté.

4. En troisième lieu, eu égard à ce qui vient d'être dit, le préfet ne saurait être regardé comme n'ayant pas vérifié le droit au séjour du requérant avant de prendre l'obligation de quitter le territoire français attaquée. Dès lors, le moyen tiré d'une violation de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En quatrième lieu, dès lors que la qualité de réfugié n'a pas été reconnue au requérant, celui-ci ne saurait utilement se prévaloir de l'article 33 de la convention de Genève.

6. En cinquième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'ayant ni pour effet ni pour objet de fixer le pays de renvoi et ne constituant pas, par nature, un traitement inhumain ou dégradant, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.

7. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, ressortissant géorgien né en 1975, est entré en France une première fois en 2018 et a vu sa demande d'asile rejetée en définitive par la Cour nationale du droit d'asile par décision du 6 février 2019, à la suite de laquelle une obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre en juillet 2020. Il s'est néanmoins maintenu sur le territoire et y a déposé une demande de réexamen, rejetée par décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en septembre 2021, à la suite de laquelle une nouvelle obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre en décembre 2021, laquelle a été exécutée. Mais le requérant est revenu sur le territoire durant en 2024 et y a déposé une seconde demande de réexamen. En dépit de ce parcours sur le territoire depuis 2018, il n'est pas établi que le requérant ait noué en France des attaches particulières. Par ailleurs, s'il souffre d'une cirrhose consécutive à une hépatite C virale, laquelle est compliquée d'une hypertension portale importante, et s'il présente une baisse de l'acuité visuelle importante et bilatérale, laquelle le handicape sérieusement, il n'est pas établi qu'il ne puisse être soigné et bénéficier d'un suivi adéquat dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en l'éloignant du territoire, le préfet ne saurait être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, dès lors que le requérant a précédemment fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée, le préfet pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il faisait l'objet. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En deuxième lieu, la circonstance, à la supposer avérée, que le requérant n'entre pas dans les prévisions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est par elle-même sans incidence sur la légalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

11. En deuxième lieu, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté par les motifs énoncés au point 2.

12. En troisième lieu, le moyen tiré d'une violation de l'article 33 de la convention de Genève doit être écarté par les motifs énoncés au point 5.

13. En quatrième lieu, aucun élément du dossier, notamment à caractère médical, ne tend à révéler que le requérant serait susceptible de faire l'objet de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Géorgie. Dès lors, les moyens tirés d'une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

16. Compte tenu de la durée de la présence du requérant en France, de 2018 à 2021 puis en 2024, de la circonstance qu'il n'entretient pas de liens particuliers sur le territoire, de l'existence de précédentes mesures d'éloignements prises à son encontre et de la circonstance qu'il ne présente pas de risque avéré pour l'ordre public, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'assignation à résidence :

17. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er :M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

T. JounoLa greffière d'audience,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407451

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