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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407582

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407582

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCABINET DGR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. A, un ressortissant turc, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision de l'OFII, fondée sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas la directive européenne 2013/33/UE. Il a également estimé que l'administration avait procédé à un examen réel de la situation du requérant, sans erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et celles relatives aux frais de justice ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Roilette, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 17 décembre 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'OFII de Rennes, à titre principal, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement l'allocation pour demandeur d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la date du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen et d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a été entendu par un agent de l'OFII pour évaluer sa vulnérabilité, et que, en tout état de cause, il n'est pas établi que ce dernier était qualifié ;

- elle méconnaît l'article L. 511-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'a pas correctement transposé les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Le Bonniec, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Bonniec a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 11 septembre 1997, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 31 août 2023. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 28 mai 2024. Par une décision du 17 décembre 2024, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Rennes a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. A justifie avoir déposé une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle le 20 décembre 2024, sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, par conséquent, de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée () ". La décision attaquée vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise qu'après examen de sa situation personnelle et familiale, les conditions matérielles d'accueil lui sont refusées au motif qu'il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

4. D'autre part, M. A ne peut utilement soutenir que la motivation de la décision attaquée méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE dès lors que ces dispositions ont fait l'objet de mesures de transposition à l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié, le 17 avril 2023, d'un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité effectué par un auditeur de l'OFII en langue kurde, langue que l'intéressé a indiqué comprendre. Puis, le 17 décembre 2024, il a bénéficié d'un nouvel entretien de vulnérabilité par un auditeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, réalisé en langue turque avec le concours d'un interprète, langue qu'il a déclaré comprendre. Au cours de ces deux entretiens, réalisés à distance, ainsi que l'établissent les fiches d'évaluation de vulnérabilité produites par l'Office en défense, le requérant n'a fait état d'aucun élément de nature à caractériser une situation de vulnérabilité.

8. En outre, aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi que les entretiens du 17 avril 2023 et du 17 décembre 2024 n'auraient pas été conduit par un agent de l'OFII ayant reçu une formation spécifique à cette fin, ainsi que le prescrit l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié, avant l'intervention de la décision contestée, de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que l'OFII n'aurait pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité. Dès lors, le moyen tiré de l'absence d'entretien de vulnérabilité mené par un agent qualifié ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. "

10. Il ressort des pièces du dossier, notamment des deux fiches d'évaluation de vulnérabilité qui ont été signées par M. A le 17 avril 2023 et le 17 décembre 2024, que ce dernier a été informé, en langues kurde et turque qu'il a déclaré comprendre, des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions précitées de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En cinquième lieu, premièrement, aux termes du point 2 de l'article 20 de la directive 2013/33/CE du 26 juin 2013 : " Les Etats membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'Etat membre ". Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

12. En autorisant, au 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'administration, non pas seulement à refuser partiellement, mais aussi à refuser totalement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à un demandeur d'asile, lorsque celui-ci présente une demande de réexamen de sa demande d'asile, le législateur s'est borné à se saisir de la faculté qui lui était laissée par l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, tel qu'interprété au point ci-dessus. Ainsi, le moyen tiré de l'incompatibilité du 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec les dispositions de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.

13. Deuxièmement, aux termes de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

14. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré en France le 8 février 2023, a vu sa première demande d'asile rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 mai 2024. A la suite de cette décision, par un arrêté du préfet du Morbihan du 7 juin 2024, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il a alors demandé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au cours d'une demande de réexamen de sa demande d'asile. Ainsi, il était au nombre des personnes auxquelles les conditions matérielles d'accueil devaient, en principe, être refusées totalement ou partiellement.

15. D'autre part, si M. A soutient qu'il a quitté son pays d'origine en raison des persécutions dont il faisait l'objet pour son engagement politique, la décision attaquée n'a ni pour effet ni pour objet de l'obliger à retourner dans son pays d'origine. Par ailleurs, ni les comptes-rendus d'entretiens de vulnérabilité, ni aucune autre pièce du dossier ne font état d'une vulnérabilité particulière du requérant, alors que ce dernier n'apporte aucun élément nouveau de nature à étayer une situation de particulière vulnérabilité dont il se prévaut dans ses écritures. Par suite, c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que la décision attaquée a été prise.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 17 décembre 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions en injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

signé

J. Le Bonniec La greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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