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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2407655

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2407655

vendredi 27 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2407655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBEIGELMAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de Mme B... contestant la sanction d'avertissement qui lui a été infligée par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Rennes. Le tribunal a jugé que la commission de discipline était régulièrement constituée, en application des articles R. 234-2 et R. 234-6 du code pénitentiaire. Il a également estimé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 234-15 du même code, relatif à l'accès au dossier disciplinaire, n'était pas fondé. Enfin, le tribunal a écarté le moyen d'erreur manifeste d'appréciation, considérant que les faits reprochés constituaient une faute disciplinaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 25 décembre 2024, suivie d’un mémoire enregistré le 2 février 2026, lequel n’a pas été communiqué, Mme A... B..., représentée par Me Beigelman, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 25 octobre 2024 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand-Ouest a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Rennes du 3 octobre 2024 lui infligeant la sanction d'avertissement ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n’est pas démontré que la commission était régulièrement constituée ;
- aucune pièce de la procédure ne permet d’attester qu’elle a eu accès à son dossier disciplinaire au moins 24 heures avant la tenue de la commission de discipline, en méconnaissance des dispositions de l’article R. 234-15 du code pénitentiaire ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ; les propos qu’elle a tenus ne sauraient constituer une faute disciplinaire, compte tenu des éléments au dossier, notamment le fait qu’elle a agi en état de légitime défense.



Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2026, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bouchardon,
- les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public,
- et les observations de Me Beigelman, représentant Mme B....



Considérant ce qui suit :


1. Incarcérée au centre pénitentiaire de Rennes (Ille-et-Vilaine), Mme B... demande au tribunal d’annuler la décision du 25 octobre 2024 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires du Grand-Ouest a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Rennes du 3 octobre 2024 lui infligeant la sanction d'avertissement.

2. En premier lieu, aux termes de l’article R. 234-2 du code pénitentiaire : « La commission de discipline comprend, outre le chef d’établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. ». Aux termes de l’article R. 234-6 du même code, dans sa version applicable à la date de la décision en litige : « Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal judiciaire territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal judiciaire ». Aux termes de l’article R. 234-12 de ce code : « En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l’agent présent lors de l’incident ou informé de ce dernier. L’auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ». Aux termes de l’article R. 234-13 dudit code, dans sa version applicable à la date de la décision en litige : « A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef de l'établissement pénitentiaire. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline ».

3. En l’espèce, il ressort des pièces versées à l’instance par le ministre en défense que, lors de sa séance du 3 octobre 2024 à 14h15 au cours de laquelle a été évoquée la situation de Mme B..., la commission de discipline était régulièrement composée de son président, d’un assesseur pénitentiaire détenant le grade de surveillant, lequel n’est au demeurant pas celui ayant rédigé le compte-rendu d’incident ayant présidé à la convocation de cette séance, ainsi que d’un assesseur extérieur dûment habilité, nommément désigné sur la fiche de présence.

4. En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 234-15 du code pénitentiaire : « En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures ». Aux termes de l’article R. 234-16 du même code : « Chaque personne détenue dispose de la faculté de se faire assister par un avocat de son choix ou par un avocat désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats et peut bénéficier à cet effet de l'aide juridique ». Aux termes de l’article R. 234-17 de ce code : « La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. L'avocat, ou la personne détenue si elle n'est pas assistée d'un avocat, peut également demander à prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense existant, précisément désigné, dont l'administration pénitentiaire dispose dans l'exercice de sa mission et relatif aux faits visés par la procédure disciplinaire, sous réserve que sa consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. L'autorité compétente répond à la demande d'accès dans un délai maximal de sept jours ou, en tout état de cause, en temps utile pour permettre à la personne de préparer sa défense. Si l'administration pénitentiaire fait droit à la demande, l'élément est versé au dossier de la procédure. La demande mentionnée à l'alinéa précédent peut porter sur les données de vidéoprotection, à condition que celles-ci n'aient pas été effacées, dans les conditions fixées par un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, au moment de son enregistrement. L'administration pénitentiaire accomplit toute diligence raisonnable pour assurer la conservation des données avant leur effacement. Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, l'administration répond à la demande d'accès dans un délai maximal de quarante-huit heures. Les données de la vidéoprotection visionnées font l'objet d'une transcription dans un rapport versé au dossier de la procédure disciplinaire.». Aux termes de l’article R. 234-18 dudit code : « La personne détenue intéressée est convoquée par écrit devant la commission de discipline.  La convocation lui rappelle les droits qui sont les siens en application des articles R. 234-15 à R. 234-17 ».

5. D’une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B... a pu consulter et obtenir son dossier le 30 septembre 2024 à 12h00 et a plus particulièrement reçu copie du compte rendu d’incident, du rapport d’enquête, du compte rendu professionnel, de la convocation devant la commission de discipline, du bordereau de remise de pièce, de la décision sur rapport d’enquête et de l’inventaire de son paquetage au quartier disciplinaire.

6. D’autre part, si la convocation à la commission ne mentionnait pas qu’elle avait la possibilité de faire des demandes d’acte, en méconnaissance des dispositions de l’article R. 234-17 du code pénitentiaire, il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que Mme B... a pu, en amont de la réunion, effectuer une telle demande s’agissant de l’audition de deux témoins et a pu produire des conclusions à fin de nullité.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 6 3.c de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales manque en fait dès lors que Mme B... a pu bénéficier de l’assistance d’un défenseur tout au long de la procédure.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l’article R. 232-2 du code pénitentiaire : « Les fautes disciplinaires sont classées selon leur gravité, selon les distinctions prévues par les dispositions des articles R. 232-4, R. 232-5 et R. 232-6, en trois degrés. ». Aux termes de l’article R. 232-4 du même code : « Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : (…) 13o De proférer des insultes ou des menaces à l'encontre d'une personne détenue (…) ». Aux termes de l’article R. 233-1 dudit code : « Peuvent être prononcées à l'encontre des personnes détenues majeures les sanctions disciplinaires suivantes : 1° L'avertissement (…) ».

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment des comptes-rendus du surveillant pénitentiaire témoin des faits reprochés à Mme B... que, le 7 septembre 2024, cette dernière a prononcé à l’endroit de deux codétenues les termes suivants : « fermez vos gueules, espèces de connes, moi aussi je vais vous niquer ». Ces faits, qui constituent des insultes et des menaces à l'encontre d'une autre personne détenue sont, en application de l’article R. 232-4 du code pénitentiaire, des faits fautifs, constitutifs d’une faute du premier degré.

10. Si la requérante soutient qu’elle a agi dans le cadre d’une légitime défense, il ressort en tout état de cause desdits comptes-rendus produits par le ministre de la justice, que Mme B... a proféré des menaces physiques à l’encontre de ses co-détenues, à savoir « je vais vous niquer, j’ai pas peur pourquoi vous partez, venez », lesquelles ont été adressées alors que ces dernières quittaient les lieux de l’incident et que la surveillante était en cours d’intervention, ce qui est de nature à traduire une volonté d’escalade de l’intéressée, disproportionnée par rapport à la provocation subie. Dans ces conditions, eu égard à la nature et à la gravité de ces agissements, la sanction d’avertissement, laquelle n’est d’ailleurs pas la sanction la plus lourde prévue par les dispositions de l’article R. 233-1 du code pénitentiaire citées au point 8, est proportionnée à la faute de premier degré qu’elle a commise. Le moyen tiré de l’erreur d’appréciation doit, dès lors, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.



D É C I D E :



Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.






Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au garde des sceaux, ministre de la justice.


Délibéré après l’audience du 6 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Bouchardon, président,
M. Terras, premier conseiller.
M. Louvel, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2026.


Le président,


signé


L. Bouchardon
L’assesseur le plus ancien,


signé


F. Terras
La greffière,


signé


P. Lecompte

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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