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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2500328

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2500328

lundi 10 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2500328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMSS 2ème chambre M. GOSSELIN
Avocat requérantALIBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2025, Mme B C, représentée par Me Alibert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2025 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'arrêté du 13 janvier 2025 l'assignant à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté d'assignation à résidence est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2025, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gosselin, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gosselin,

- les observations de Me Alibert, représentant Mme C, absente, qui reprend ses écritures,

- les observations de M. A, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Mme C ne justifiant pas avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

2. Mme C, de nationalité béninoise, est entrée régulièrement en France en 2023 sous couvert d'un visa de saisonnier et d'une autorisation de travail. Mais elle n'a pas complété son dossier de demande de titre de séjour. Constatant que l'intéressée n'était plus titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, et qu'elle travaillait comme serveuse de café sans disposer d'une autorisation, le préfet du d'Ille-et-Vilaine pouvait légalement prendre, par décision du 13 janvier 2025 et sur le fondement des 2° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français et fixer le pays de destination de Mme C.

3. L'arrêté vise notamment le 2° de l'article L. 611-1 et les articles L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressée, notamment qu'elle s'est maintenue en situation irrégulière après l'expiration de son visa sans demander un titre de séjour ainsi qu'elle travaille sans autorisation préalable. Le préfet indique que l'intéressée présente un risque de soustraction à la mesure d'éloignement du fait de son maintien en situation irrégulière sans solliciter de titre de séjour, de son refus de regagner son pays d'origine et de l'absence de garanties de représentation suffisantes justifiant l'absence de délai de départ. Il indique également le caractère récent de son séjour, l'absence de lien avec la France, l'absence de précédente obligation de quitter le territoire français, l'absence de menace à l'ordre public et l'absence de circonstance humanitaire. Le préfet mentionne enfin que Mme C n'établit pas encourir de risque personnel en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté, dans son ensemble, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

4. Une telle motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a notamment pris en compte la situation de l'intéressée au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la situation de Mme C même s'il n'a pas mentionné tous les emplois qu'elle a tenus. Par ailleurs, contrairement à ce qu'elle soutient, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait en considérant que son visa était valide jusqu'au 30 juin 2023.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée très récemment en France en avril 2023. Elle est célibataire et ne fait état d'aucune attache depuis sa séparation d'avec son ami. Si elle fait état de son investissement auprès de sa paroisse, elle n'établit pas l'ancienneté et l'intensité de ces liens amicaux. Elle n'établit pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine où elle a résidé l'essentiel de sa vie et où réside sa famille. Dans ces conditions, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Si Mme C fait état de l'impossibilité de compléter sa demande de titre de séjour en raison du comportement de son ami lors de leur rupture, cette circonstance est sans influence sur la légalité de la décision qui se fonde, notamment, sur son travail en contrat à durée déterminée qui ne pourrait être autorisé puisqu'elle ne disposait que d'un visa de saisonnier ne lui permettant pas de travailler et de résider autrement que pour une période déterminée, visa dont elle ne dispose d'ailleurs plus. Dans ces conditions et pour les motifs qui viennent d'être retenus, et même si elle participe à des activités charitables, le préfet n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Mme C, qui n'a d'ailleurs pas présenté de demande d'asile mais est seulement venue en France au vu d'un visa de travail saisonnier, n'apporte aucun élément susceptible d'établir les risques qu'elle allègue en cas de retour au Bénin. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté d'assignation à résidence :

10. L'arrêté vise les articles L. 731-1, L. 733-1, L. 733-2 et L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressée, notamment l'obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet et dont le délai d'exécution n'a pas été accordé, et la perspective raisonnable de son départ. Le préfet indique également les modalités de l'assignation et du pointage. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

11. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. ". Aux termes de l'article L. 733-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. () ".

12. La seule circonstance que Mme C ait un domicile connu de l'administration n'est pas de nature à établir le caractère excessif de l'assignation à résidence. Par ailleurs, l'intéressée n'apporte aucun élément personnel ou médical susceptible d'établir que l'obligation de pointage deux fois par semaine et l'interdiction de quitter Saint-Malo seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et ne lui permettrait pas de bénéficier de soins médicaux si elle en avait besoin.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du 13 janvier 2025 portant obligation de quitter le territoire français et assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de Mme C à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme C présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : Mme C n'est pas admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

O. GosselinLa greffière,

Signé

A. Chapalain

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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