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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2500477

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2500477

lundi 10 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2500477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantMESSAOUDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 janvier 2025 et 3 février 2025, M. A B, représenté par Me Messaoudi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2025 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a assigné à résidence aux fins d'exécution d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2025 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a prolongé de deux ans la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an, notifiée par arrêté préfectoral du 22 mai 2023 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour en France pendant un an ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- le préfet des Côtes-d'Armor a entaché sa décision portant assignation à résidence d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur dans la qualification des faits et d'un détournement de pouvoir ;

- S'agissant de la décision portant prolongation d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée et ne comporte pas un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et présente un caractère disproportionné, dès lors qu'il justifie de son intégration sur le territoire français, où il réside de manière stable, exerce une activité professionnelle et subvient à ses besoins de manière autonome ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2025, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

La procédure a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire, qui n'a fait valoir aucune observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thalabard, qui informe les parties, en application des articles R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, de ce qu'est susceptible d'être opposée d'office l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté préfectoral du 22 mai 2023, à raison de leur tardiveté ;

- les observations de M. C, représentant le préfet des Côtes d'Armor, qui confirme ses observations en défense.

M. B n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 22 août 1996 à Gabes (Tunisie), est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations. Par arrêté du 22 mai 2023, notifié le jour même, le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour en France pendant un an. Après son interpellation le 21 janvier 2025 par les services de gendarmerie et son placement en garde à vue, le préfet des Côtes-d'Armor a décidé, par un premier arrêté du 22 janvier 2025, de l'assigner à résidence aux fins d'exécution de l'arrêté préfectoral l'obligeant à quitter le territoire français. Il a également décidé, par un second arrêté du même jour, de prolonger la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés du 22 janvier 2025 du préfet des Côtes-d'Armor mais également de l'arrêté du 22 mai 2023 du préfet d'Indre-et-Loire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 22 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire français :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date où l'arrêté préfectoral du 22 mai 2023 en litige a été signé : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. () ".

3. En vertu de l'article R. 421-5 du code de justice administrative, le délai de recours contentieux contre une décision administrative n'est opposable qu'à la condition d'avoir été mentionné, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision contestée.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 22 mai 2023 du préfet d'Indre-et-Loire, faisant notamment obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, lui a été notifié le jour même à 16h40 et que la notification de cet arrêté comportait l'indication des voies et délais de recours ouverts contre cette décision, et notamment la faculté, dans le délai de quarante-huit heures, de former un recours devant la juridiction administrative. Or, les conclusions présentées par M. B, tendant à l'annulation de cet arrêté préfectoral l'obligeant à quitter le territoire français, n'ont été enregistrées au greffe du tribunal administratif que le 23 janvier 2025, soit après l'expiration du délai de quarante-huit heures suivant sa notification, fixé par les dispositions précitées de l'article L. 612-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces conclusions sont donc tardives et par suite, irrecevables.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 mai 2023 du préfet d'Indre-et-Loire l'obligeant à quitter le territoire français sans délai doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'arrêté du 22 janvier 2025 portant assignation à résidence :

6. Aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. ()". Selon l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Enfin, l'article L. 732-3 de ce code précise que : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 22 mai 2023, notifié le 28 septembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai. L'intéressé ne s'est toutefois pas soumis à cette mesure d'éloignement et s'est maintenu sur le territoire français. M. B se trouve ainsi dans le cas où le préfet des Côtes-d'Armor pouvait décider son assignation à résidence, en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 6. En ce qu'il se borne à soutenir que cet arrêté préfectoral du 22 janvier 2025 serait entaché d'une erreur d'appréciation des faits, d'une erreur dans la qualification des faits et d'un détournement de pouvoir, sans autre précision, M. B ne conteste pas utilement la décision d'assignation à résidence litigieuse.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 janvier 2025 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'assigne à résidence doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'arrêté du 22 janvier 2025 portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor a décidé de prolonger l'interdiction faite à M. B de retour sur le territoire français, qui cite les textes applicables et fait état, contrairement à ce que soutient l'intéressé, d'éléments de fait propres à sa situation, énonce de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée ni des autres pièces du dossier que le préfet des Côtes-d'Armor n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé au regard de sa situation personnelle, compte tenu notamment des éléments que celui-ci a fait valoir lors de son audition le 21 janvier 2025 par les services de police et des justificatifs qu'il lui appartenait de produire. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen doit être écarté.

11. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". L'article L. 612-10 du même code prévoit que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

14. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France, selon ses déclarations, le 27 août 2020 et qu'il se maintient depuis sur le territoire français sans avoir entrepris de démarches pour régulariser sa situation au regard des droits au séjour. Il a, de surcroît, fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, assortie d'une interdiction du territoire français pendant un an, à laquelle il n'a pas déféré. S'il soutient avoir créé une activité professionnelle stable et solide en tant que technicien fibre optique, la copie du contrat de travail à durée indéterminée, signé le 2 novembre 2022, qu'il produit ne peut suffire à établir l'intégration réussie et ancrée sur le territoire français dont il se prévaut. En tout état de cause, la seule invocation de cette activité professionnelle récente ainsi que d'attaches personnelles et familiales ne permettent pas d'établir que la mesure contestée porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Côtes-d'Armor aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en décidant de prolonger la mesure d'interdiction du territoire français dont il faisait déjà l'objet. Il n'est pas davantage établi que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ou quant au caractère disproportionné de sa durée.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 janvier 2025 portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés préfectoraux en litige, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. B ne peuvent dès lors être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Côtes-d'Armor.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2025.

La magistrate désignée,

signé

M. Thalabard

La greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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