Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistré le 1er décembre 2025, M. F... B... A..., représenté par Me Gourlaouen, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 5 novembre 2025 par lequel le préfet d’Ille-et-Vilaine lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d’exécution d’office et lui a interdit de retourner en France pendant une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre au préfet d’Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour sous trois jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé avec autorisation de travail ;
3°) d’enjoindre au préfet d’Ille-et-Vilaine de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B... A... soutient que :
- sauf à ce que l’administration justifie que son signataire bénéficiait d’une délégation régulière de signature, l’arrêté litigieux est entaché d’incompétence ;
- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et entachée d’un défaut d’examen complet de sa situation ;
- elle est entachée d’un vice de procédure et méconnaît les dispositions de l’article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du même code
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 412-5 du même code ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision d’interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2026, le préfet d’Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code des relations entre le public et l’administration,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Vennéguès,
- et les observations de Mme D..., sous la supervision de Me Vaillant, substituant Me Goulaouen, représentant M. B... A....
Considérant ce qui suit :
M. B... A..., ressortissant marocain né en 1973, déclare être entré régulièrement en France fin 2017 sous couvert d’un titre de séjour Italien. Il a sollicité le 28 février 2024 la délivrance d’un titre de séjour, sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par arrêté du 5 novembre 2025, le préfet d’Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer le titre demandé, l’a obligé à quitter le territoire dans le délai trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d’exécution d’office et lui a interdit de retourner en France pendant une durée d’un an. M. B... A... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En ce qui concerne la compétence :
Le préfet d’Ille-et-Vilaine a donné délégation, selon l’arrêté du 31 juillet 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à M. E... C..., directeur adjoint des étrangers en France et signataire de l’arrêté attaqué, aux fins de signer, notamment, les décisions de refus de titre de séjour et d’éloignement. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
Aux termes de l’article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…° ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ».
L’arrêté litigieux mentionne les textes dont il fait application et notamment les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise les conditions d’entrée en France de l’intéressé, sa situation administrative et professionnelle, ainsi que ses attaches personnelles et familiales en France et dans son pays d’origine. Il mentionne en outre la condamnation pénale dont M. B... A... a fait l’objet par un jugement du tribunal correctionnel de Rennes du 15 octobre 2020 pour des faits d’agression sexuelle ayant entrainé une blessure, une lésion ou une incapacité de travail supérieure à huit jours, pour en déduire que sa présence constitue une menace pour l’ordre public. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée en droit comme en fait et a été précédée d’un examen complet de sa situation particulière.
Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ».
Il ressort des pièces du dossier que M. B... A... est arrivé en France en 2017, qu’il a effectué plusieurs missions de travail intérimaire avant d’exercer une activité professionnelle de maçon finisseur dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée depuis novembre 2021 et qu’il entretient des liens affectifs en France, résidant en concubinage avec une ressortissante française depuis 2020 et justifiant par ailleurs de relations avec la famille de celle-ci ainsi que de relations amicales. Toutefois, M. B... A... s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire français pendant plusieurs années avant de demander à régulariser sa situation. C’est en parfaite connaissance de cette situation et de la précarité en résultant qu’il a tissé en France des liens affectifs et amicaux qui ne peuvent, dans ces conditions, être considérés comme déterminants. En outre, si M. B... A... se prévaut de la présence en France de ses parents et de plusieurs membres de sa fratrie, il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d’origine où il n’établit pas qu’il n’aurait plus d’attaches. Surtout, son insertion dans la société française est sérieusement remise en cause par sa condamnation le 15 octobre 2020 par le tribunal correctionnel de Rennes à une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis, assortie d’une interdiction d’exercer une activité impliquant un contact habituel avec des mineurs pendant cinq ans, pour des faits d’agression sexuelle. Compte tenu de l’ensemble de ces éléments particuliers, en dépit des attaches affectives et amicales nouées par le requérant en France et de sa relative insertion professionnelle, le refus de délivrance d’un titre de séjour n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ». Il appartient à l’autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l’admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d’une carte portant la mention « vie privée et familiale » répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s’il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire ». Dans cette dernière hypothèse, un ressortissant étranger qui justifie d’une promesse d’embauche ou d’un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des « motifs exceptionnels » exigés par la loi. Dans ce cas, l’autorité administrative est tenue d’examiner, sous le contrôle du juge, notamment, si la qualification, l’expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l’intéressé ferait état à l’appui de sa demande, tel que par exemple, l’ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
Si M. B... A... se prévaut de liens affectifs, familiaux et amicaux en France ainsi que d’une présence de huit ans sur le territoire français, ces circonstances ne constituent pas en elles-mêmes un motif exceptionnel d’admission au séjour. Il en est de même de son intégration professionnelle et sociale. En effet, il ressort des pièces du dossier que M. B... A... fait valoir l’exercice d’une activité professionnelle depuis novembre 2021 de maçon finisseur au titre d’un contrat de travail à durée indéterminée et qu’avant cela, il a travaillé en intérim. Ces quelques expériences professionnelles, peu qualifiées et de courtes durées, ne constituent pas non plus un motif d’admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le préfet d’Ille-et-Vilaine n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Aux termes de l’article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile « La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance (…) de la carte de séjour temporaire (…) ». Selon l’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ».
Il ressort des pièces du dossier que pour établir que la présence de M. B... A... représente une menace grave pour l’ordre public au sens des dispositions précitées, le préfet d’Ille-et-Vilaine s’est fondé exclusivement sur la condamnation pénale, précédemment évoquée, dont a fait l’objet l’intéressé par un jugement du tribunal correctionnel de Rennes du 15 octobre 2020. Cette unique condamnation prononcée il y a plus de cinq ans suffit, en raison de la nature et de la gravité des faits qu’elle sanctionne, à caractériser l’existence d’une menace réelle et actuelle pour l’ordre public. En tout état de cause, il résulte de l’instruction que le préfet d’Ille-et-Vilaine aurait refusé de délivrer un titre de séjour au requérant en se fondant sur les seules dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 412-5 du même code ne peut donc qu’être être écarté.
Selon les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection des droits et libertés d’autrui ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, la décision de refus de titre de séjour ne peut être regardée comme portant une atteinte grave et disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être également écarté.
Aux termes de l’article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :/ 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; »
Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, M. B... A... ne remplit pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Ainsi, en s’abstenant de consulter la commission du titre de séjour, le préfet d’Ille-et-Vilaine n’a pas commis de vice de procédure ni méconnu l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Il s’ensuit que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
Aucun des moyens dirigés contre de refus de titre de séjour n’étant fondé, le moyen tiré de l’exception d’illégalité de cette décision ne peut qu’être écarté.
Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, le moyen tiré de ce que la mesure d’éloignement litigieuse méconnaîtrait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne peut qu’également être écarté.
Il s’ensuit que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :
Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…), l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ».
Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l’autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux. Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu’invoque l’autorité compétente sont de nature à justifier légalement, dans son principe et sa durée, la décision d’interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l’étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu’il est saisi d’un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d’interdiction de retour sur la situation personnelle de l’étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l’article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l’excès de pouvoir de s’assurer que l’autorité compétente n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation.
L’arrêté litigieux vise notamment ces dispositions et indique que M. B... A... n’a pas fait l’objet d’une mesure d’éloignement à laquelle il se serait soustrait mais que sa présence en France constitue une menace à l’ordre public. Il évoque également la nature de ses liens en France et dans son pays d’origine. Si l’arrêté contesté ne précise pas la durée de la présence de M. B... A... sur le territoire français dans son paragraphe concernant l’interdiction de retour, l’année d’entrée en France de l’intéressé figure à l’entame de sa motivation. L’arrêté ajoute que la durée de séjour en France du requérant résulte essentiellement de son maintien en situation irrégulière et des délais d’examen de la demande de titre de séjour déposée le 28 février 2024. Il en résulte que le préfet d’Ille-et-Vilaine a bien tenu compte de la durée de présence de M. B... A... sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet d’Ille-et-Vilaine n’aurait pas suffisamment motivé sa décision d’interdiction de retour et de ce qu’il n’aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant doivent être écartés.
Compte tenu de ce qui vient d’être dit au point précédent, le préfet d’Ille-et-Vilaine a bien pris en compte chacun des critères énoncés par l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. En raison de la nature et de la gravité des faits pour lesquels le requérant a été condamné en 2020, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que le préfet d’Ille-et-Vilaine a retenu qu’il présentait une menace réelle et actuelle pour l’ordre public. Ainsi, malgré les liens personnels tissés en France par le requérant, notamment de la relation de concubinage entretenue avec une ressortissante française depuis 2020, le préfet d’Ille-et-Vilaine n’a pas commis d’erreur d’appréciation ni méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en lui interdisant tout retour sur le territoire français pendant un an.
Il s’ensuit que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.
Il résulte de tout ce qui précède que M. B... A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté attaqué du 5 novembre 2025.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation de la requête, n’implique aucune mesure d’exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. B... A... aux fins d’injonction et d’astreinte.
Sur frais d’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l’octroi d’une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B... A... présentées sur ce fondement.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F... B... A... et au préfet d’Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 12 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Vennéguès, président,
Mme Pellerin, première conseillère,
M. Desbourdes, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2026.
Le président-rapporteur,
signé
P. Vennéguès
L’assesseure la plus ancienne dans le grade le plus élevé,
signé
C. Pellerin
La greffière d’audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d’Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.