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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2508469

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2508469

jeudi 19 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2508469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantNOHE-THOMAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour étudiant et ordonnant l'éloignement. Le tribunal a annulé la décision du préfet du Finistère, considérant que le refus de titre de séjour était entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment en ne tenant pas compte de la bonne scolarité et de l'intégration du requérant. En conséquence, les mesures d'éloignement, d'interdiction de retour et d'obligation de se présenter au commissariat, qui en dépendaient, ont également été annulées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Nohe-Thomas, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 10 mars 2025 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il est susceptible d’être reconduit en cas d’exécution d’office, lui a interdit de retourner en France pendant une durée d’un an et l’a astreint à remettre son passeport aux services de la police nationale de Brest et à s’y présenter une fois par semaine ;

2°) à titre principal, d’enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant » dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l’attente, de lui accorder une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette notification ;

3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros toutes taxes comprises au titre des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :

S’agissant du refus de titre de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée sur sa situation personnelle et familiale au regard des dispositions des articles L. 211-2 à L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen pour les mêmes motifs ;
- elle est entachée d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que son maintien sur le territoire français est justifié par le bon niveau de sa scolarité et la poursuite de ses études pour valider sa dernière année de sa formation de bachelor « E-business et marketing » afin de travailler au Sénégal ainsi que par sa bonne intégration sociale ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, dès lors qu’il la prive de la possibilité de valider son diplôme en France en dépit de l’investissement intellectuel et financier qu’il consacre à sa préparation depuis deux ans ;

S’agissant de l’obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen complet et approfondi de sa situation ainsi que d’une motivation insuffisante, en méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’elle est dépourvue de tout élément factuel ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation pour les mêmes motifs que ceux exposés pour contester la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

S’agissant du pays de destination :
- cette décision est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S’agissant de l’interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen complet et approfondi de sa situation ainsi que d’une motivation insuffisante, en méconnaissance de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors qu’elles le privent de tous liens avec sa famille ;

S’agissant de l’obligation de se présenter au commissariat :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
- elle est disproportionnée, dès lors qu’il ne présente aucun risque de fuite.


Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2026, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.


Par une décision du 23 octobre 2025, M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Pellerin.



Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant sénégalais, né le 20 septembre 2001, est entré en France le 27 décembre 2021 sous couvert d’un visa de court-séjour délivré par les autorités italiennes valable jusqu’au 23 janvier 2022 et ce, afin d’y poursuivre ses études. Après avoir intégré l’école de commerce « Brest Business School » dans le cadre d’un bachelor « E-business et marketing » en septembre 2022, M. A... a validé les deux premières années. Admis en troisième année de cette formation le 9 juillet 2024, l’intéressé a alors sollicité la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « étudiant ». Par un arrêté du 10 mars 2025, dont M. A... demande l’annulation, le préfet du Finistère a refusé de faire droit à sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il est susceptible d’être reconduit en cas d’exécution d’office, lui a interdit de retourner en France pendant une durée d’un an et l’a astreint à remettre son passeport aux services de la police nationale de Brest et à s’y présenter une fois par semaine


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance d’un titre de séjour :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…). ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ».

L’arrêté attaqué mentionne les textes dont il fait application, notamment les articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il fait état de la situation administrative et familiale de l’intéressé, en indiquant notamment qu’il a effectué ses deux premières années de scolarité en étant en situation irrégulière, qu’il ne justifie pas de la détention d’un visa de long séjour lors de son entrée sur le territoire français, qu’il n’est pas inscrit dans un établissement d’enseignement pour l’année scolaire 2024-2025 et en conclut qu’il ne remplit pas les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant » prévues par l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Finistère a également refusé d’admettre l’intéressé au séjour à titre exceptionnel sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile au motif de son maintien irrégulier sur le territoire français depuis la fin de validité de son visa en janvier 2022 et de l’absence de démarches de régularisation, de l’absence de relations anciennes et stables avec les membres de sa famille présents en France, du soutien financier de sa mère qui réside au Sénégal, de l’absence de perspectives professionnelles en France et du peu d’ancienneté de sa présence en France. Ainsi, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision portant refus de titre de séjour doit, en conséquence, être écarté.

En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l’arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet du Finistère n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A... au regard des éléments effectivement portés à sa connaissance avant de prendre la décision contestée. Par suite, le moyen tiré d’un défaut d’examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur de fait, il n’assortit son allégation d’aucune précision permettant d’en apprécier le bien fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ».

Pour refuser de délivrer à M. A... le titre de séjour sollicité, le préfet du Finistère a notamment retenu qu’il ne justifiait pas être inscrit dans un établissement d’enseignement pour l’année scolaire 2024-2025. Le requérant ne conteste pas cette circonstance, laquelle n’est pas davantage contredite par les pièces du dossier alors que la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant » est subordonnée à cette inscription selon l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet du Finistère n’a pas fait une inexacte application de ces dispositions et le moyen doit être écarté.

En cinquième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ».

M. A... fait état de son intégration dans la société française et de ce que son maintien sur le territoire français est justifié par son bon niveau de scolarité et la nécessité de réaliser sa dernière année d’étude en France pour valider sa formation et à terme, travailler au Sénégal. Toutefois, ces considérations sont sans lien avec la vie privée et familiale ou l’activité professionnelle en France, qui sont les seuls motifs pour lesquels une admission exceptionnelle au séjour peut être accordée par le préfet. Par suite, le moyen tiré d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En dernier lieu, l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales stipule que : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

M. A... fait valoir que le refus de lui délivrer un titre de séjour met à mal son investissement intellectuel et financier réalisé durant les deux premières années d’étude et le prive de la possibilité d’obtenir son diplôme de bachelor « E-business et marketing ». Toutefois, ces seules circonstances ne caractérisent pas l’existence d’une vie privée et familiale en France. Par suite, le préfet n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa vie personnelle doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.






En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour n’est fondé. Par suite, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision, soulevé à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : (…) 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (…). ». Selon l’article L. 613-1 du même code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ».

La décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée ainsi qu’il a été dit. La décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions permettant au préfet d’édicter une telle décision, n’avait pas à faire l’objet d’une motivation distincte, par application des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de l’arrêté attaqué doit, en conséquence, être écarté.

Il ne ressort ni des termes de l’arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet du Finistère n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A... au regard des éléments effectivement portés à sa connaissance avant de prendre la décision attaquée. A cet égard, la durée de la présence en France de M. A..., l’avancement de sa scolarité en France, la nature de ses liens avec la France et sa situation personnelle ont été pris en considération. Par suite, le moyen tiré d’un défaut d’examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 12, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa vie personnelle doivent être écartés.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.





En ce qui concerne le pays de destination :

Aucun des moyens invoqués à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour n’est fondé. Par suite, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision, soulevé à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :

Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ». Selon l’article L. 613-1 du même code : « (…) Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, (…) les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ».

En application des dispositions de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet peut, dans le respect des principes constitutionnels et conventionnels et des principes généraux du droit, assortir une obligation de quitter le territoire français pour l’exécution de laquelle l’intéressé dispose d’un délai de départ volontaire, d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée maximale de cinq ans, en se fondant pour en justifier tant le principe que la durée, sur la durée de sa présence en France, sur la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France, sur la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et sur la menace à l’ordre public que représenterait sa présence en France.

Il est constant que M. A... n’a fait l’objet d’aucune mesure d’éloignement précédente et que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public. Il est également constant que M. A... a validé les deux premières années de la formation de bachelor « E-business et marketing » et qu’il lui reste seulement la dernière année de cette formation à effectuer pour valider son diplôme. L’investissement financier et intellectuel de l’intéressé implique qu’il puisse revenir en France pour achever sa formation en obtenant préalablement le visa de long séjour exigé par l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droits d’asile. Ainsi, dans les conditions particulières de l’espèce, le préfet du Finistère a commis une erreur d’appréciation en édictant à l’encontre de M. A... une mesure d’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.

Il résulte de ce qui précède que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision lui faisant interdiction d’un retour sur le territoire français pendant une durée d’un an.


En ce qui concerne l’obligation de présentation aux services de police :

En premier lieu, l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français n’étant pas établie, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision, invoqué par voie d’exception à l’encontre de la décision portant remise du passeport et de l’obligation de se présenter au commissariat, doit être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article L. 721-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être contraint de résider dans le lieu qui lui est désigné par l'autorité administrative. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ». L’article L. 721-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit que : « L’étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l’autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l’expiration du délai de départ volontaire. ». Selon l’article L. 721-8 du même code : « L’autorité administrative peut prescrire à l’étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l’article L. 814-1. ».

Au regard du pouvoir d’appréciation dont dispose, aux termes de la loi, l’autorité administrative pour apprécier la nécessité d’imposer une obligation de présentation sur le fondement de l’article L. 721-7, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de vérifier que l’administration n’a pas commis d’erreur manifeste tant dans sa décision de recourir à cette mesure que dans le choix des modalités de celle-ci.

Il résulte des dispositions citées au point précédent que M. A... ayant fait l’objet d’un délai de départ volontaire pouvait se voir astreint à remettre son passeport et à se présenter aux services de police. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l’obligation de remettre son passeport et de se présenter une fois par semaine aux services de police à Brest serait disproportionnée dans son principe. L’obligation de présentation hebdomadaire mise à sa charge n’est pas davantage disproportionnée dans sa fréquence. Le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit, par suite, être écarté.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision obligeant le requérant à se présenter aux services de police doivent être rejetées.


Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

Le présent jugement qui annule uniquement l’arrêté du 10 mars 2025 du préfet du Finistère en tant qu’il fait interdiction à M. A... de retourner sur le territoire français pendant un an, implique seulement que le signalement dont l’intéressé a fait l’objet dans le système d’information Schengen soit effacé. Il y a lieu, par application des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de procéder à cette modification dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.



Sur les frais liés au litige :

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre une somme à la charge de l’État, qui n’a pas la qualité de partie perdante au principal, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions présentées à ce titre par M. A... doivent dès lors être rejetées.


D É C I D E :


Article 1er : La décision du 10 mars 2025 du préfet du Finistère faisant interdiction à M. A... de retourner sur le territoire français pendant un an est annulée.

Article 2 : Il est fait injonction au préfet du Finistère de procéder à l’effacement du signalement dont M. A... a fait l’objet dans le système d’information Schengen dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. A... est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Finistère.


Délibéré après l'audience du 5 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Poujade, président du tribunal,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2026.


La rapporteure,


signé


C. Pellerin
Le président,


signé


A. PoujadeLa greffière,


signé


I. Le Vaillant


La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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