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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2508658

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2508658

jeudi 2 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2508658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantNKOGHE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant le renouvellement d'un titre de séjour étudiant, prononçant une obligation de quitter le territoire et une interdiction de retour. Le tribunal a annulé l'arrêté, considérant que l'administration avait commis une erreur d'appréciation en jugeant insuffisamment sérieux et progressifs les études de la requérante, sans tenir compte de l'ensemble de son parcours académique. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2025, Mme B... A..., représentée par la Selarl Le Stiff Avocats, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 5 mai 2025 par lequel le préfet du Finistère a refusé de renouveler son titre de séjour étudiant, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
S’agissant du refus de renouvellement du titre de séjour :
- cette décision est entachée d’un vice d’incompétence ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation ;

S’agissant de l’obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’un vice d’incompétence ;
- elle est entaché d’erreur d’appréciation dans l’application de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

S’agissant de l’interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d’un vice d’incompétence ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2026, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 6 novembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Villebesseix a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Mme A..., de nationalité gabonaise, est entrée en France le 15 septembre 2020, sous couvert d’un visa étudiant. Elle a obtenu la délivrance de titres de séjour portant la mention « étudiant » dont le dernier était valable jusqu’au 31 octobre 2024. Le 22 juillet 2024, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 5 mai 2025, le préfet du Finistère a refusé de le renouveler, l’a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Mme A... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le refus de renouvellement du titre de séjour :

En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par M. Drapé, secrétaire général de la préfecture du Finistère, en vertu d’un arrêté de délégation du 29 novembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré du vice d’incompétence doit être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. /En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ». Pour l’application de ces dispositions, il appartient à l’administration, saisie d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour présentée en qualité d’étudiant, d’apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu’elles puissent être regardées comme constituant l’objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et leur caractère cohérent.

Pour refuser à Mme A... le renouvellement de sa carte de séjour en qualité d’étudiante, le préfet du Finistère s’est fondé sur l’absence de sérieux et de progression de ses études. Il ressort des pièces du dossier que l’intéressée est entrée en France en septembre 2020, sous couvert d’un visa étudiant. Elle a validé une première année de « prépa professionnelle intégrée », dans le domaine du commerce, de la communication et du management au titre de l’année universitaire 2020-2021 mais a choisi de se réorienter en 1ère année de brevet de technicien supérieur (BTS) « management commercial opérationnel » au titre de l’année 2021-2022. Elle n’a pas validé cette année et a redoublé au titre de l’année 2022-2023. Puis, elle a effectué au titre de l’année 2023-2024 une 2ème année de BTS, qu’elle n’a pas validée et a suivi une formation dispensée par le CFA IBEP de Brest aux fins d’obtenir un titre professionnel de « manager d’unité marchande » qui ne lui a pas été délivré. Elle a décidé de se réorienter au titre de l’année universitaire 2024-2025 vers un titre professionnel « manager d’unité marchande ». Ainsi, alors qu’elle était présente en France depuis 2020, la requérante n’a validé que deux années universitaires, s’est réorientée à plusieurs reprises et n’a obtenu aucun diplôme. Elle n’apporte aucune explication permettant de justifier ces échecs. Par ailleurs, si Mme A... soutient, sans en justifier, avoir obtenu un titre professionnel le 28 juillet 2025, postérieurement à la date de la décision attaquée, cette circonstance n’est pas de nature à remettre en cause l’appréciation portée par le préfet sur le sérieux de ses études dès lors que la légalité de sa décision s’apprécie au regard des circonstances de droit et de fait existantes à la date de son édiction. Par suite, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation dans l’application de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

Il s’ensuit que les conclusions à fin d’annulation du refus de renouvellement de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, le moyen tiré du vice d’incompétence doit être écarté par les motifs retenus au point 2.

En second lieu, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation dans l’application de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est inopérant pour contester l’obligation de quitter le territoire français qui n’est pas fondée sur ces dispositions mais sur l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Il s’ensuit que les conclusions à fin d’annulation de l’obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an :

En premier lieu, le moyen tiré du vice d’incompétence doit être écarté par les motifs retenus au point 2.

En second lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l’étranger n’est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de quitter le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l’édiction de l’interdiction de retour mentionnée à l’article L. 612-8 (…) ».

En l’espèce, Mme A... est arrivée en France en 2020 et y a séjourné régulièrement. Toutefois, elle a bénéficié de titres de séjour en qualité d’étudiante, ne lui donnant pas vocation à s’installer durablement en France. Elle ne justifie pas d’attaches stables et intenses sur le territoire national à la date de la décision attaquée. Par suite, quand bien même son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public, l’interdiction de retour sur le territoire d’une durée d’un an édictée à son encontre par le préfet du Finistère n’est pas disproportionnée.

Il s’ensuit que les conclusions à fin d’annulation de l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an doivent être rejetées.


Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

Eu égard au rejet des conclusions à fin d’annulation, le présent jugement n’implique aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte doivent être rejetées.


Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.


D É C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet du Finistère.


Délibéré après l'audience du 19 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,
M. Desbourdes, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2026.


La rapporteure,
signé
J. Villebesseix
Le président,
signé
T. Jouno



La greffière d’audience,


signé


J. Jubault



La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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