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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2600595

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2600595

vendredi 20 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2600595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantLE BIHAN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rennes rejette la requête de M. B... contre l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine l'assignent à résidence. Le tribunal écarte les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, jugeant la décision régulière au regard de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il estime que le transfert vers l'Allemagne reste une perspective raisonnable, nonobstant l'état de santé de l'intéressé. Les conclusions accessoires sont également rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2026, M. C... B..., représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 14 janvier 2026 par lequel le préfet d’Ille-et-Vilaine l’a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- l’arrêté portant assignation à résidence a été signé par une autorité incompétente ;
- l’arrêté d’assignation à résidence est insuffisamment motivé ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen suffisant de sa situation ;
- il méconnaît l’article L. 751-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gosselin, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l’article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Gosselin,
- les observations de Me Le Bihan, représentant M. B..., présent, qui reprend ses écritures en indiquant sa prise en charge médicale pour des soins psychologiques,
- les observations de M. D..., représentant le préfet d’Ille-et-Vilaine, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience, en application de l’article R. 922-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.



Considérant ce qui suit :

Sur l’aide juridictionnelle :

1. M. B... justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d’aide juridictionnelle, il y a lieu de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité de l’arrêté portant assignation à résidence :

2. Le préfet d’Ille-et-Vilaine a donné délégation, selon arrêté du 10 novembre 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à M. A... E..., chef de l’unité régionale Dublin au bureau de l’asile et signataire de l’arrêté attaqué, aux fins de signer, notamment, les décisions portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté attaqué doit être écarté.

3. L’arrêté vise notamment l’article L. 751-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l’intéressée, notamment la décision de transfert dont il fait l’objet et dont l’exécution demeure une perspective raisonnable ainsi que la précédente assignation. Le préfet indique également les modalités de l’assignation et du pointage. L’arrêté comporte, de manière non stéréotypée, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l’insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

4. Une telle motivation et l’ensemble des considérants de l’arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a notamment pris en compte la situation de l’intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la situation de M. B.... Par ailleurs, l’intéressé, qui avait été entendu par l’administration le 25 août 2025 pour la détermination de l’État membre responsable de sa demande d’asile, ne fait état d’aucun élément nouveau dont il n’a pu faire part à l’administration. Dans ces conditions, la circonstance qu’il n’ait pas de nouveau été entendu ne caractérise pas une absence d’examen suffisant de sa situation.

5. Aux termes de l’article L. 751-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) L’étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article ou placé en rétention administrative, n’a pas déféré à la décision de transfert dont il fait l’objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire peut être à nouveau assigné à résidence en application du présent article. ».

6. Si M. B... fait état de sa prise en charge par le Centre d’accueil médicalisé Point H pour la poursuite de son traitement, le certificat médical du 21 janvier 2026, rédigé postérieurement à l’arrêté attaqué, se borne à évoquer au conditionnel une rechute possible de son état physique et psychologique en cas d’exécution de la procédure Dublin. M. B... n’apporte aucun élément sur l’impossibilité pour lui de poursuivre ses soins en Allemagne, pays européen dont le système de santé est équivalent à celui de la France pour le traitement de l’état physique et psychologique des patients. Dans ces conditions, le requérant n’établit pas que son transfert en Allemagne ne demeure pas une perspective raisonnable. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 751-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 14 janvier 2026 portant assignation à résidence.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l’octroi d’une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B... présentées sur ce fondement.



D É C I D E :



Article 1er : M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au préfet d’Ille-et-Vilaine.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2026.


Le magistrat désigné,


signé


O. GosselinLa greffière d’audience,


signé


A. Bruézière

La République mande et ordonne au préfet d’Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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