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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2601737

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2601737

mardi 24 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2601737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantLE STRAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus d'accorder des conditions matérielles d'accueil à un demandeur d'asile géorgien. Le tribunal a annulé la décision de la directrice territoriale de l'OFII, estimant qu'elle était insuffisamment motivée et méconnaissait les obligations d'évaluation individuelle de la situation de vulnérabilité du requérant. La juridiction a fondé sa décision sur les articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les articles 17, 20 et 21 de la directive européenne 2013/33/UE relative aux normes d'accueil.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Gaëlle Le Strat, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 27 février 2026 par laquelle la directrice territoriale de Rennes de l’office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

2°) d’enjoindre à la directrice territoriale de Rennes de l’OFII, à titre principal, de lui accorder rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d’accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans un délai de trois jours ;

3°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat, pris en la personne de la directrice territoriale de l’OFII, le versement au profit de son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée et est entachée d’un vice de procédure, faute d’évaluation effective de sa situation de vulnérabilité et d’examen de la possibilité de lui accorder partiellement les conditions matérielles d’accueil ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen, d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d'appréciation, et méconnait les dispositions des articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 17,20 et 21 de la directive 2013/33/UE.



Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2026, le directeur général de l’office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par M. B... n’est fondé.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thalabard,
- les observations de Me Le Strat, représentant M. B..., présent, qui maintient ses conclusions écrites, par les mêmes moyens, qu’elle développe, et qui soulève un nouveau moyen tiré de ce que l’intéressé n’a jamais rencontré la directrice territoriale de l’OFII, qui était pourtant la personne compétente pour apprécier sa situation de vulnérabilité.

Le directeur général de l’OFII n’était ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience, en application de l’article R. 922-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., ressortissant géorgien né le 7 juin 2003 à Tbilissi (Géorgie), est entré en France le 23 novembre 2024. La demande qu’il a déposée le 7 janvier 2025 pour obtenir le bénéfice de l’asile a fait l’objet d’une décision de refus de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 8 avril 2025, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 28 novembre 2025. Le 27 février 2026, il a sollicité le réexamen de sa demande d’asile. Le même jour, la directrice territoriale à Rennes de l’office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Par la présente requête, il demande l’annulation de cette décision du 27 février 2026.




Sur l’aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’accorder à M. B..., ainsi qu’il le demande, le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

3. Aux termes du 2 de l’article 17 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : « Les Etats membres font en sorte que les mesures relatives aux conditions matérielles d’accueil assurent aux demandeurs un niveau de vie adéquat qui garantisse leur subsistance et protège leur santé physique et mentale. Les Etats membres font en sorte que ce niveau de vie soit garanti dans le cas des personnes vulnérables, conformément à l’article 21, ainsi que dans le cas de personnes placées en rétention. ». Aux termes du 5 de l’article 20 de cette directive : « Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d’accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l’article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l’accès aux soins médicaux conformément à l’article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. ». Enfin, selon l’article 21 de la même directive : « « Dans leur droit national transposant la présente directive, les Etats membres tiennent compte de la situation particulière des personnes vulnérables, telles que les mineurs, les mineurs non accompagnés, les handicapés, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d’enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes ayant des maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d’autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, par exemple les victimes de mutilation génitale féminine. ».

4. Aux termes de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (…) 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (…) La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur.». L’article L. 522-2 de ce code prévoit que : « L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ». Enfin, aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ».

5. Aux termes de l’article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ».


6. En premier lieu, la décision par laquelle la directrice territoriale de l’OFII a refusé à M. B... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, cite l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application, mentionne l’examen qui a été fait de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale et la circonstance que l’intéressé a sollicité le réexamen de sa demande d’asile. Bien que sommairement, la décision contestée énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui en sont le fondement. Dès lors, le moyen tiré d’une insuffisante motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B... a bénéficié d’un entretien mené par un agent de l’office français de l'immigration et de l'intégration, le 27 février 2026, portant sur l’évaluation de sa vulnérabilité. Il a notamment été interrogé sur ses besoins d’hébergement et sur la présence de membres de sa famille sur le territoire français. En l’état de l’instruction, il n’apparait donc pas que le requérant a été privé d’une garantie lors de son entretien de vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré d’un vice de procédure doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse ni des autres pièces du dossier que la directrice territoriale de l’OFII n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B..., notamment au regard de sa vulnérabilité et des informations portées à sa connaissance lors de l’entretien qui a été mené le 27 février 2026, avant de prendre la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l’absence d’examen complet de la situation de M. B... doit être écarté.

9. En quatrième lieu, la seule circonstance que la directrice territoriale de l’OFII, signataire de la décision contestée, n’était pas présente lors de l’entretien dont M. B... a bénéficié ne peut suffire à considérer que la décision contestée a été prise sans que l’évaluation de la vulnérabilité de l’intéressé ne soit effectuée ou sans qu’il ne soit tenu compte des réponses faites par l’intéressé lors de l’entretien mené par un agent de l’OFII. Aucune illégalité ne résulte d’une telle circonstance. Ce moyen ne peut donc qu’être écarté.

10. En cinquième lieu, il est constant que M. B... a déposé, le 27 février 2026, une demande de réexamen de sa demande d’asile. Il se trouvait ainsi dans le cas où les conditions matérielles d’accueil devaient, en principe, lui être refusées totalement ou partiellement, sauf situation de vulnérabilité. La seule circonstance que la grand-mère du requérant, qui l’a élevé et chez laquelle il vit, souffre de troubles cognitifs se traduisant par des épisodes délirants et a pu, sans qu’il n’en soit cependant justifié, ponctuellement refuser de le laisser entrer dans le domicile, ne peut suffire, en l’espèce, à établir que sa situation relève d’une particulière vulnérabilité au sens des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, d’autant que M. B... a également fait état de la présence, en France, d’une tante et de cousins. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B... aurait mentionné l’état de santé de sa grand-mère lors de l’entretien de vulnérabilité et l’insécurité matérielle et psychologique qui en résulterait le concernant. Dans ces conditions, et au regard des éléments qui ont été porté à sa connaissance, la directrice territoriale de l’OFII a pu, sans commettre d’erreur de droit ou d’erreur d’appréciation dans l’application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme de la directive 2013/33/UE, refuser d’accorder, totalement et partiellement, à M. B... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B... aux fins d’annulation de la décision du 27 février 2026 par laquelle la directrice territoriale de l’OFII à Rennes lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil doivent être rejetées.



Sur les conclusions à fin d’injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d’annulation de la décision contestée, n’implique aucune mesure particulière d’exécution. Les conclusions à fin d’injonction présentées par M. B... ne peuvent dès lors être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l’article L. 121-13 du code de l’action sociale et des familles : « L’Office français de l’immigration et de l’intégration est un établissement public administratif de l’État qui exerce les missions définies à l’article L. 5223-1 du code du travail ».

14. L’OFII étant un établissement public administratif doté d’une personnalité morale et d’une autonomie financière, il ne se confond pas avec l’État. Ainsi, l’État n’étant pas partie à l’instance, il ne peut en tout état de cause être mis à sa charge une quelconque somme au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.



DECIDE :


Article 1er : M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au directeur général de l’Office français de l'immigration et de l'intégration.


Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 mars 2026.



La magistrate désignée,


Signé


M. ThalabardLa greffière,


Signé


E. Douillard


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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